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"APARTHEID", LA FRANCE FRACTURÉE PAR UNE SÉGRÉGATION NON DITE ?

 

Une telle question peut apparaître comme particulièrement saugrenue tant le régime inique et impie de l’apartheid qui a existé en Afrique du Sud de 1948 à 1991 n’a jamais eu son pareil en France sur le sol hexagonal. L’apartheid a eu pour but de réaliser une politique de développement séparé affectant la population selon des critères raciaux et ethniques. Ce système raciste a également eu droit de citer en Namibie entre 1959 et 1979. La ségrégation raciale états-unienne qui fut le fruit de nombre d’administrations entre 1896 à 1967 entretient à bien des égards des convergences avec le modèle sud-africain, singulièrement en s’appuyant sur un postulat de départ qui consiste à mettre en lumière la supériorité de la communauté dite blanche sur toutes  les autres. La République, dont le fondement repose sur le principe d’égalité a-t-elle été tant pervertie, donnant alors l’occasion de dire que l’apartheid n’est pas étranger à la France ? Le propos étant tenu par un des plus hauts responsables politiques français : le Premier Ministre.

 

La République française et l’apartheid : un rapport antagonique

Dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 qui gouverne encore l’actuelle Constitution en vigueur, l’article 1er exprime avec la plus grande limpidité la conviction qui suit : « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit ». Le texte politique fondamental qui constitue le premier instrument de régulation sociale en France, autrement dit la Constitution, notamment celle du 4 octobre 1958, sous l’empire de laquelle nous vivons, dresse un rempart contre toute tentative de ségrégation raciale en énonçant que : « la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion ». On y trouve par ailleurs une affirmation symbolique emportant pour autant des conséquences juridiques, et qui concerne la devise républicaine, inscrite sur le fronton des édifices républicains : « liberté, égalité, fraternité ». Dans le même ordre d’idées, en s’intéressant aux sphères supranationales de décisions politiques qui obligent par conséquent la France, on invoquera volontiers la Charte européenne des droits fondamentaux qui pose l’interdiction de « toute discrimination fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, les origines ethniques…». Au regard de ce qui précède Manuel Valls, Premier Ministre du Gouvernement de la République, aurait-il été submergé par un climat singulier ayant fait suite aux dramatiques événements du 7 janvier 2015 ? On peut en douter. Le Premier Ministre, haut responsable politique, dit la parole de la France, mais agit également en politicien soucieux de conserver le pouvoir qu’il a tout en souhaitant en conquérir d’autres. En ce qui le concerne, il ne fait guère mystère de son ambition d’occuper à terme la magistrature suprême dont le siège matériel est à l’Élysée. Après avoir réagi sur le terrain de la fermeté ; ordonné aux uns et aux autres en vue de rétablir la sécurité et la pacification du territoire national, il place en dernier lieu le débat sur le terrain social. En effet, les terroristes qui tueront dans les locaux du journal Charlie Hebdo et dans l’hypermarché casher en ce début d’année 2015 sont des ressortissants nationaux issus de quartiers populaires. De ce fait, les attaques qualifiées de « terroristes » perpétrées en France comportent des explications qu’il convient de rechercher au sein même de la communauté nationale.

 

La République française et l’apartheid : un rapport d’attraction

Le principe d’unité et d’indivisibilité de la République, aussi fondamental que celui d’égalité fait trop souvent oublier la réalité du territoire national, tant d’un point de vue matériel que d’un point de vue social. On peut bien sûr comprendre le désir de construire pied à pied la cohésion nationale. C’est louable ! Cependant, la nation qui traduit le besoin de vivre ensemble pour perdurer ne peut se contenter du lyrisme du discours pour que l’effectivité de l’ambition soit au rendez-vous. La France est diverse dans sa manière d’envisager le rapport à Dieu, à la mort, à la vie, aux libations festives, à ce qui est aussi élémentaire que de se nourrir. Et ce, pour la simple et bonne raison que des communautés humaines ontologiquement différentes la composent. A vouloir le nier à tout prix est créateur de désordres. Des progrès ont certes été enregistrés à l’image de la promotion constitutionnalisée des langues régionales. Même si les minorités ne sont pas reconnues par le droit français, cela veut-il autant dire qu’elles n’existent pas ? Evidemment non ! Et quand leur reconnaissance survient, c’est à un ton plutôt condescendant auquel on a recours. Mohamed Coulibaly et les frères Kouaschi faisaient partie de ce qu’on a coutume d’appeler aujourd’hui en France : « les minorités visibles» sans qu’on ne sache exactement l’interprétation réelle et surtout latente à donner à cette expression. D’autres manières de désigner certains français ont une tonalité tout aussi dévalorisante. On songe à titre d’exemples à : « français d’origine étrangère» ou encore «membres de la diversité ». Au final, insidieusement mais résolument, est introduite une diffraction de la communauté nationale laissant penser qu’il faut désormais raisonner par catégories, par communautés, bref de façon « séparée ». Et le mot est lâché. Parce que, à la vérité, la coexistence séparée ne constitue pas un leurre. Le département de la Seine-Saint-Denis en est certainement l’exemple le plus emblématique. L’apartheid français s’il en existe un, réside vraisemblablement dans les inégalités trop criantes entre les citoyens, les territoires, les quartiers, les institutions éducatives. Trop fréquemment, les politiques de la ville et d’éducation dite prioritaire ont eu comme corollaire pervers de légitimer des territoires clos où on trouve en très grand nombre des familles issues de la politique coloniale française. Plus d’un tiers des municipalités assujetties à la loi Solidarité et renouvellement urbain (SRU) ne remplissent toujours pas leurs obligations de construction de logements sociaux. Et les aides au logement ont d’abord bénéficié aux organismes d’habitations à loyers modérés qui ont organisé la répartition ethnique dans les logements sociaux. Les Gouvernements ont mal à la diversité de l’être de la France. Ils font ainsi de l’égalité, un principe qui a encore beaucoup de promesses à honorer. 

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