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LE GRAND SCANDALE DU MAL-LOGEMENT

06/07/2015

 

Voilà vingt ans que, faute de statistiques de l’État, la Fondation Abbé-Pierre (FAP) dresse l’état des lieux du mal-logement en France. Son dernier diagnostic, publié en février, est implacable : le phénomène s’enracine et se stabilise à un haut niveau (3,5 millions de personnes mal logées) sous l’effet d’une crise interminable. Plus grave, « les dispositifs imaginés dans les années 1990 sont à bout de souffle et s’empilent, illisibles, ce qui alimente le sentiment d’injustice », tranche Christophe Robert, délégué général de la FAP. Si le logement est en effet le premier poste de dépense des Français, tous ne sont pas logés à la même enseigne. Et pour cause, on estime à 17 000 le nombre de personnes vivant dans des bidonvilles en France hexagonale, la situation est tout autre par ailleurs, puisqu’il sont plus de 150 000 rien qu’en Guadeloupe, Martinique, Guyane et Réunion vivant dans des logements insalubres, généralement informels.

 

Souvent présentée comme l’un des territoires de la diversité, la Guadeloupe n’échappe pas à cette image dès lors qu’on s’intéresse aux enjeux qui ont à voir avec la question du logement. En effet, derrière des traits généraux qui parfois distinguent, parfois rapprochent la réalité guadeloupéenne de celle de la métropole, émergent des phénomènes plus complexes et ambigus, révélateurs d’une société fragilisée. L’affirmation progressive du modèle urbain et la forte croissance du parc de logements ne doivent pas occulter la croissance alarmante des situations d’isolement (personnes seules, familles monoparentales…), ainsi que le recours de nombreux ménages à des conditions d’habitats dégradées et souvent à la marge du droit commun, moins soumis à la pression foncière, mais aussi éloignés des aménités (services, équipements, commerces) à même de leur apporter des perspectives durables d’insertion. À l’analyse, se dessine ainsi un territoire en clair-obscur, un territoire où les évidences – besoins familiaux, densification des villes, amélioration des logements, moyens mis en œuvre  par les pouvoirs publics – détournent d’autres réalités pourtant difficiles : l’isolement d’une part croissante de ménages, la recrudescence de l’habitat  de fortune  qui fait persister le phénomène d’habitat dégradé, le déficit de coordination entre les acteurs locaux. Finalement, beaucoup d’indices laissent à croire que les enjeux sociaux liés au logement restent encore trop mésestimés. Les données récoltées auprès des divers acteurs du logement de l’île permettent ainsi d’avoir un aperçu  des manières selon lesquelles se manifestent les cinq formes de mal-logement définies par la FAP: les personnes sans domicile personnel, les difficultés d’accès au logement, les personnes contraintes de vivre dans de mauvaises conditions de logement, les ménages en difficultés pour se maintenir dans leur logement et la mobilité difficile. Le poids des vulnérabilités sociales comme les fragilités de l’aménagement du territoire guadeloupéen exposent  ainsi la population de l’île à d’importantes difficultés pour accéder ou se maintenir dans un logement digne, adapté à leurs besoins comme à leur capacité. Chez nous, où la faiblesse des revenus, la précarité de l’emploi et l’extrême difficulté de bénéficier d’un logement social expliquent un passage au marché de l’insalubre d’une grande partie de la population. En effet, le nombre de ménages concernés est estimé à près de 15 000 selon la Direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DEAL), dont 7000 se situant à Pointe-à-Pitre  et aux Abymes.  Toutefois, les habitations de fortune et les cases traditionnelles ne représentent plus que 3,9 % des résidences principales en 2009 contre 15 % en 1999. Néanmoins, selon le recensement 2009 de l’Insee, environ  3 300 ménages vivent sans électricité  et 4 700 sans salle de bain ni douche.

 

Cet éclairage transversal sur le mal-logement en Guadeloupe permet de constater à quel point la prise en compte de cette problématique doit désormais s’inscrire au cœur des politiques de développement, social et urbain. C’est en effet à une véritable urgence sociale que sont confrontés les acteurs locaux : développement diffus de l’habitat informel, publics « oubliés » par le droit commun, «reste à vivre» plus proches du « reste à survivre », etc., sont autant de symptômes d’un mal-logement qui appellent à une mobilisation partenariale des institutions impliquées dans les politiques du logement et de l’habitat. Mais dans un contexte de réduction des dépenses publiques, la tentation est grande de resserrer toujours plus les critères d’éligibilité aux aides, de restreindre encore davantage la cible des populations visées par les différents dispositifs. Toutefois, les situations de fragilité qui n’obtiennent aucune réponse de la part des pouvoirs publics finissent par s’aggraver, leurs conséquences de plus en plus lourdes et les coûts toujours plus élevés pour la collectivité, qui paie finalement au prix fort son insuffisante mobilisation en amont.

 

crédit photo : Cédrick Isham Calvados

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