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KONJIGÉ LANMOU A LENFINI

18/09/2015

 

Il y a des dates que je tâche d’oublier, celles des départs… Je fête plus volontiers celle des naissances, des débuts, pour sans doute remercier un Dieu, des parents ou la vie, de nous avoir offert le plaisir de rencontrer cette personne… et la côtoyer pendant 20ans… Comme chacun d’entre nous, Patrick a grandit avec Kassav’ et a aussi fait grandir Kassav’. J’appelais Jean-Philippe et lui, mes petits frères, je suis leur aînée de deux ans, mais en fait, en plus des autres, ils étaient mes grands frères musicalement. Depuis plusieurs années je reviens régulièrement sur les textes du groupe, chose que font peu de gens… et lorsqu’on jette un œil sur ceux de Patrick on est agréablement surpris par tant de diversité de thèmes. Patrick qui a commencé comme un latin lover, mignon et plaisant à un grand nombre de femmes avait une grande sensibilité, de l’amour très certainement, un sens de l’observation, de la retenue et de la discrétion. On les retrouve dans ses chansons. Il y a un style St Eloi qui a inspiré plus d’un. Je me souviens des débuts où les hommes n’en étaient pas très fan, sans doute parce qu’il plaisait trop aux femmes…? Le fait est qu’il avait les mots pour nous séduire. Nous rêvions toutes que nos hommes nous parlent ainsi, et ces derniers ont mis du temps à juste comprendre que c’était ce qu’il fallait faire pour au final l’apprécier… Jean-Philippe avec « Bel Kréati » initie le zouk-love, et Patrick le sublime ensuite.

 

Jean Philippe était sans doute le plus proche, son ami-frère. Il m’a souvent raconté leurs passions communes. Patrick jouait bien de la batterie de la guitare et du tambour. C’est d’ailleurs lui qui joue de la batterie sur plusieurs titres du premier album de Pipo « Ti Coq ». Il n’est pas étonnant que, parallèlement à la combinaison Georges-Jacob, ils enregistrent deux CD en collaboration :

« Bizness » et « Martheloi ». Il n’était pas question de critiquer la société pour les deux, mais de livrer un regard lucide et pousser chacun à réfléchir sur son rôle. A Paris, ils furent colocataires d’un appartement et Patrick qui aimait cuisiner, excellait en la matière. Du blaff de poisson au bœuf bourguignon, Pipo se régalait. Amoureux du silence, la pêche était leur autre passion. Avec son ami-frère dès que l’occasion se présentait, pêche à la ligne ou pêche au gros à Tahiti, l’île Maurice ou au pays, les compères ne la rataient pas. Ils étaient aussi inséparables lors de sorties en boite les jours off. Patrick ne critiquait pas les gens, et si il livrait un agacement quelconque, c’était une confidence entre amis qui devait s’évanouir. Sa famille comptait beaucoup et quitter Kassav en 2002 fut une douloureuse décision qui lui permettait, entre autres, de la retrouver.

 

Nous avions des rapports pleins de tendresse. J’étais plus explosive que lui et m’énervais au quart de tour. Il me calmait. C’est un cadeau d’avoir quelqu’un qui sent lorsque ça ne va pas et vous appelle… Comme beaucoup d’entre nous, antillais, la susceptibilité était un de ses traits de caractère et j’avoue que quelques fois on n’osait pas tout dire pour éviter de le froisser, car Patrick sous son air calme était aussi plein d’une énergie que nous ne voulions pas éteindre avec des histoires qui n’auraient plus d’importance le lendemain. Il fallait le voir à son premier Olympia posséder la scène, bouger, danser et interpréter tous ces titres qu’avec le timing des concerts du groupe chacun a du mal à proposer. Pince sans rire, il faisait des blagues en douce et ne riait pas le premier, mais ses fossettes que j’aimais redécouvrir béatement, le rendaient encore plus beau. Nous suivions son parcours hors Kassav’ et allions voir ses concerts lorsque nous le pouvions tout comme il venait voir jouer le groupe, son groupe. 

 

Il me manque, alors je me console en l’écoutant conjuguer l’amour à l’infini… 

 

crédit photo Jocelyne Beroard

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