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VIH-SIDA, LA PEUR DU DÉSASTRE

02/12/2015

Je suis séropositive depuis 1993. Seul mon mari le sait. Le cacher n’a pas été facile, car j’ai été souvent malade et suivi plusieurs traitements », raconte Sandra, 42 ans. « Mais j’ai préféré garder le silence, car je n’ai pas envie d’être définie par ça. […] En Guadeloupe, sida rime avec vie sexuelle débridée. […] Je me disais que si j’arrivais en phase terminale, je l’annoncerais à mon entourage. »

En Guadeloupe comme dans le reste de la Caraïbe, le sida reste une maladie honteuse, synonyme d’exclusion, et donc un sujet tabou : le silence est de mise pour les malades qui seraient beaucoup plus nombreux que ne laissent entrevoir les statistiques officielles. Ainsi, ils seraient quelques 1849 personnes vivant aujourd’hui avec le VIH. En 2013, selon le COREVIH 80 personnes ont découvert leur séropositivité, les hommes représentent 59% de ceux-ci et les femmes 41%. On note 15 décès en 2013 contre 36 en 2012. Et par ailleurs, on estime que 300 à 500 autres seraient contaminées par le VIH sans le savoir. Grâce à la trithérapie, l’espérance de vie des malades est aujourd’hui égale à celle de la population en bonne santé. Mais le VIH-Sida traîne encore une sale réputation, celle d’un signe de mauvaise vie, de débauche… En plus des effets secondaires des médicaments, les séropositifs doivent composer avec le tabou qui entoure leur état, jusqu’à, cacher parfois la vérité à leur propre famille.

 

Conservatrice comme tous les « pays » attachés à la religion, la Guadeloupe ignore la gravité du manque d’information dans la propagation du sida. Les idées fausses sur le VIH/Sida sont d’ailleurs aussi très répandues. Certains croient que le VIH peut se transmettre par des piqûres de moustiques ou par la sorcellerie. D’autres pensent qu’on peut l’éviter en allant voir un guérisseur ou ayant des rapports sexuels avec une personne vierge. À cause d’un réflexe inconscient issu de la culture locale, beaucoup de personnes, comme dans les familles par exemple, ne parlent pas ouvertement de la maladie. Ils éprouvent une espèce de gène et de réserve forte déplorable, dont les conséquences sont dramatiques. Le tabou subsiste car le virus se transmet par des voies qui touchent aux sources même de la vie : le sang et le sperme. Ceci implique des phénomènes de rejet et d’incompréhension. En Guadeloupe, la sexualité a toujours été un tabou du fait du poids de la religion. Nombreux sont les religieux qui décrètent en effet que la sexualité ne peut exister en dehors de la relation du mariage. Un(e) seul(e) partenaire et la fidélité permettraient d’éviter tout risque ! Dans les faits, force est de constater que la réalité est bien différente. La Guadeloupe est, de loin, l’un des départements français le plus concernés par l’épidémie. En cause : le multi-partenariat, la prostitution, la toxicomanie, un comportement pro-nataliste, l’immigration clandestine et surtout une précarité. Le problème du virus du Sida aux Antilles est que non seulement il progresse fortement, mais ce qui lui donne autant de force pour se diffuser, c’est le poids du tabou et de la stigmatisation. En 2015, le VIH reste inavouable. Le sida est encore et toujours vu comme le virus de la mauvaise vie, alors qu’il peut toucher n’importe qui. On est plus indulgent avec quelqu’un qui a un cancer du poumon et fumait trois paquets par jour. C’est la mauvaise maladie ! Développer des actions de prévention en valorisant les individus. Offrir une position plus importante aux membres de la communauté dans la lutte contre le VIH/SIDA. Exprimer et libérer la parole taboue est nécessaire pour informer et sensibiliser les jeunes, les exclus, les femmes et ceux qui sont le plus exposés à la réalité de l’épidémie. La rendre voyante à travers des actions menées par les militants associatifs et de réseaux d’aides ciblant des lieux spécifiques tels que les marchés, boites de nuit, fêtes «communautaires» lieux de commerce etc.... adaptées aux conditions de vie de chacun : interpeller, faire passer un message à ceux qui ne disposent pas de télévision, ni radio, parfois analphabètes ou ne parlant pas le français. C’est toute une communication à réinventer qui demande un investissement et une créativité considérable. Or les ressources sont maigres, les actions restent isolées et insuffisantes. Seul une vraie action politique changerait la donne.

 

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