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LA PROSTITUTION, ENTRE NON-DITS ET FANTASME LIBÉRATEUR.

21/12/2015

 

Notre société antillaise comme toutes les autres d'ailleurs,est hyper-sexualisée. Chansons explicites, tenues féminines toujours plus suggestives, littérature érotique...Pourtant,aussi étonnant que cela puisse paraître, « le plus vieux métier du monde » reste encore un sujet sensible. Bien sûr,  l'exercice devient facile lorsqu'il s'agit d'associer prostitution à son quartier de prédilection à savoir : Carénage. Mais en revanche ce qui semble tabou est de parler de prostitution sans tous les présupposés et préjugés qu'il y a autour. Alors, plutôt que d'affronter les non-dits tout le monde préfère se rassurer en pointant du doigt essentiellement ce que l'on voit ou plutôt ce que l'on veut bien voir. Il y a cette espèce de pudeur hypocrite qui règne dans les médias lorsqu'il s'agit de parler de prostitution. On en montre pas beaucoup mais juste assez pour construire une opinion que tout le monde aura peur d'ébranler. Le reportage de Canal 10 à ce sujet n'est qu'un énième et triste exemple de la manipulation de la population par les médias,surtout lorsqu’il s'agit des « travailleurs du sexe ».Dans ce reportage, tous les stéréotypes répondent présents : des riverains peu cultivés, des prostituées feignant d'assumer ce qu'elles font et des clients qui, eux, n'assument pas. Ce reportage plus que d’être aberrant est rassurant. Rassurant, car il ne choque pas les consciences, n'alarme pas les esprits,du moins comme il le faudrait. Il n'a servi qu'à amuser le peuple. Se servir de la misère humaine comme moyen de divertissement, Canal 10 ainsi que les autres médias,y arrivent bien. 

 

À trop vouloir centraliser le phénomène de prostitution en Guadeloupe, on en a fini par dissimuler un autre,beaucoup plus grave, plus dangereux et plus révélateur d'un malaise social. L'année est sur le point de toucher à sa fin,et le temps des bonnes résolutions approche. Il serait peut-être temps de ne plus se voiler la face ou plutôt d'enlever le voile que politiques et médias ont soigneusement posé sur nos yeux. L'apologie de l'individu-objet qui se vend et achète va plus loin que le quartier de Carénage,on le sait tous, mais peu voire personne n'en parle. Nous fermons les yeux et bouchons les oreilles devant cette fille qui se déshabille pour payer ses études,devant ce jeune homme qui accepte de jouer l'escort-boy pour une promotion au Macdonald et devant cette mère de famille qui monnaye son corps pour nourrir ses enfants. Quand est-ce que les médias se décideront à parler véritablement de ce fléau qui sclérose le développement social de l’île ? 

 

 

Il y a un élément très révélateur dans le reportage de Canal 10 et qui est peut-être la réponse à ma question. On assiste à une héroisation de la prostituée,elle incarne selon les riverains et certains commentaires  « une Wonder-Woman » qui fait office de défouloir aux détraqués afin d'éviter le viol de jeunes gens et enfants. Personne n'est choqué de constater jusqu'où va cette crise sociale. Il y a là cette obsession de ne pas être une victime,de ne pas se considérer victime. On revendique cette liberté de disposer de son corps, cette « indépendance » quitte à nier la domination et l'exploitation évidentes. Là, est le véritable tabou. Par peur d'admettre qu'on est victime ou que l'autre est victime, on se tait,on banalise et on justifie. En effet,si on ne reconnaît même pas  que les prostituées de Carénage sont en réalité des victimes comment enfin assumer les autres types de prostitution ? Et surtout reconnaître,que la prostitution ne rend pas libre mais asservit autant celui qui se prostitue que celui qui en achète les services. Une prise de conscience personnelle permettrait d'abord d’être plus honnête puis d'assumer l'existence de d'autres formes de prostitution et de dépasser peurs,tabous et opinions à ce sujet. En tout cas, c'est mon souhait, pour vous et moi.

 

 Illustrations Cédrick Isham Calvados

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