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LE CANNABIS, LE TABOU FRANÇAIS.

J’ai commencé à fumer jeune, vers 14 ans. C’est à la suite d’un traumatisme qui m’avait laissé angoissée et nerveuse que j’ai commencé à observer des fumeurs et envisager sa consommation. Je fume donc depuis près de 17 ans et on ne peut compter qu’une seule période d’abstinence d’un peu plus de 6 mois jusqu’à aujourd’hui. La « weed » reste pour moi un antistress efficace, au fil du temps, je lui ai trouvé d’autres avantages… elle facilite les voyages intérieurs, le lâcher prise, exalte l’inspiration, amplifie les sensations, amène à la contemplation, à l’observation, à la réflexion…(and more). Chacun a son propre rapport avec cette substance et loin de moi l’idée d’en faire l’apologie, cela dit, en tant que personne nerveuse, facilement angoissée, artiste, chercheuse de vérité et de paix… je la considère comme étant un atout. Bien sur, sa consommation présente des risques,…d’abord l’addiction…dur de ne pas y sombrer, puis l’isolement, les problèmes de santé,… sans compter qu’elle favorise l’évolution de maladies psychiatriques chez les personnes prédisposées (comme moi), la passivité, le fléchissement affectif et intellectuel… Le jeu en vaut il la chandelle? Cette question me turlupine depuis un moment, mais sincèrement, je n’ai jamais réellement pensé à m’en séparer, mais aspire plutôt à une consommation non pas addictive, mais consciente et maîtrisée… quoi ? si j’y arrive ? …hum, des fois plus que d'autres… la vie !

 

DOVE, 31 ans

En outre, en Guadeloupe, selon l’Office des nations unies contre la drogue et le crime, plus de 8 % des 16-64 ans auraient consommé au moins une fois du cannabis en 2012.

Comme Dove,17 millions de Français âgés de 11 à 75 ans ont déjà expérimenté le cannabis, de plus, 5 millions en ont consommé au cours de l’année 2014 et un tiers d’entre eux se déclare être des consommateurs réguliers. En outre, en Guadeloupe, selon l’Office des nations unies contre la drogue et le crime, plus de 8 % des 16-64 ans auraient consommé au moins une fois du cannabis en 2012. Si le phénomène n’est pas nouveau, force est de reconnaître qu’il devient aujourd’hui incontournable.  Les recherches sur le cannabis thérapeutique changent l’image de la plante et font bouger les lois dans le monde entier. Bientôt la légalisation ? Pas sûre en France le débat reste miné. Mais, le sujet est revenu au centre du débat public en France en raison de nombreuses publications. Notamment en raison de deux publications sorties en 2011 et dont les titres sont éloquents : ‘‘Pour mieux lutter contre le cannabis : sortir de l’hypocrisie’’, rapport du groupe socialiste de l’Assemblée nationale (42 pages), et ‘‘Pour en finir avec les dealers’’, le livre de Stéphane Gatignon, maire écologiste de Sevran (Seine-Saint-Denis) en collaboration avec l’ex-commandant de police Serge Supersac. Par ailleurs, en juillet 2012, le débat est sérieusement mis sur la table par la sénatrice communiste du Val-de-Marne, Laurence Cohen via la charte en faveur d’une nouvelle politique des addictions élaborée avec la MILDT (Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie). Alors que François Hollande, n’a cessé de répéter à son arrivée au pouvoir, qu’il se positionnait contre une éventuelle dépénalisation du cannabis et que le sujet n’était pas à l’ordre du jour…, que des déclarations fusaient de toutes parts et venaient déstabiliser la solidarité gouvernementale. Il y a de ça quelques semaines, des voix s’élevaient à nouveau à gauche et pas des moindres, pour relancer le débat sur la dépénalisation du cannabis, voire sa légalisation pour permettre à l’État d’encadrer la vente ! Un tabou que François Hollande et Manuel Valls se gardent bien, eux, de briser. La garde des Sceaux, Christiane Taubira, considère quant à elle qu’il faut arrêter de « fermer les yeux », alors que 17 millions de Français ont déjà goûté au paradis artificiel. Après le mariage gay, le « pétard pour tous » ? Ne rêvons pas, le projet n’est pas du tout dans les cartons du gouvernement et Manuel Valls a prévenu qu’il ne prendrait aucune initiative « qui légalise, autorise ou encore dépénalise ». Notons tout de même, que s’il refuse toute dépénalisation, il avait glissé du bout des lèvres en janvier 2014 avoir « fumé peut-être une fois ».

 

Politiciens, experts et pseudo-experts, de quoi ont-ils peur au juste ? De perdre un sujet porteur, facile à manier, qui leur permet de mettre en valeur leur volonté d’agir et de protéger le bon peuple. En démocratie, les élites sont obligées de nous convaincre de les élire. Or, pour convaincre, rien de plus facile que de faire peur et de rassurer simultanément. Les drogues se prêtent fort bien à ce jeu, toujours efficaces. Elles secouent des tabous profondément enracinés dans notre culture, à commencer par celui qui associe abstinence, vertu individuelle et salut collectif. Nous oublions que ces tabous ont des origines religieuses et foncièrement racistes. La légalisation du cannabis en France se fera-t-elle ? Certainement pas. Tous les pays occidentaux tardent à se doter d’un savoir axé sur l’usage intelligent des drogues. La prohibition nous a profondément et durablement marqué : nous préférons toujours le stigmate et la fascination des plaisirs interdits.

 

 

Une prohibition qui « fait des ravages ».   Selon Stéphane Gatignon, se prononcer pour la légalisation du cannabis est la seule solution pour casser les réseaux de trafiquants et mettre fin aux règlements de comptes entre bandes rivales. « Sortir de la société de prohibition, c’est libérer des territoires entiers de l’emprise des trafics et de la violence », écrit-il dans son ouvrage. Un moyen d’éviter les dizaines de décès dus aux guerres de territoires chaque année. Pour Stéphane Gatignon et Serge Supersac, la prohibition du cannabis est comparable à celle de l’alcool aux États-Unis dans les années 1920. Une interdiction qui a décuplé les ventes sous le manteau et boosté une économie souterraine, donc sans aucun profit pour l’État, ni aucun moyen de contrôle. Même problème, même solution, les auteurs préconisent donc « une politique de santé publique » très encadrée, similaire à celle réglementant la commercialisation de l’alcool ou du tabac, accompagnée de campagnes préventives.

 

Le cannabis moins nocif que l’alcool ? D’abord, il faut le dire sans détour et sans crainte : il est une erreur majeure de mettre le cannabis dans le même panier que les drogues dures. Contrairement à ce qui nous est couramment enseigné, la tradition scientifique reconnaît que la consommation de cannabis n’est pas plus nocive que celle de l’alcool. Quand l’un peut causer des cancers comme celui de l’estomac, de l’œsophage, des poumons, du pancréas et du foie, rappelons que l’autre peut être, lui, prescrit pour les patients souffrant d’effets secondaires. Mais ne soyons pas dogmatiques : la fumée de cannabis contient trois fois plus de goudron et cinq fois plus d’oxyde de carbone que le tabac ce qui montre par ailleurs que le produit a ses dangers (et qu’il n’est pas non plus une drogue douce). Mais concernant ses effets addictifs, rappelons que sa consommation « n’entraîne pas de dépendance physique comme l’héroïne, la morphine ou même l’alcool et le tabac ». Moins addictif que l’alcool, plus dangereux que le tabac, s’il est fumé, le cannabis n’en reste pas moins une grande source de THC (sa molécule active) et principal moyen d’atténuer les douleurs des patients subissant par exemple des chimiothérapies ou souffrant de sclérose en plaques. Lorsque les anti-inflammatoires n’ont plus d’effet, les patients les plus téméraires (ceux qui ne sont pas encore dévorés par la maladie) doivent se fournir via les trafics, donc à leurs frais, avec tous les risques encourus.  Aujourd’hui de nombreux pays comme l’Espagne, le Canada, le Royaume-Uni ou 24 Etats américains ont dépénalisé le cannabis pour les malades avec une prescription médicale obligatoire. De plus, des pays comme l’Australie, la Jamaïque, l’Uruguay, la Suisse, l’Allemagne, le Danemark ou les Pays-Bas ont particulièrement assoupli leur législation au cours des dix dernières années, si bien que la consommation de cette substance y est tolérée. L’Europe, qui l’a majoritairement dépénalisé, commence progressivement à l’autoriser. Les États-Unis ont déjà mis le pied à l’étrier, alors pourquoi pas nous ? Existe-t-il une exception culturelle française qui nous rendrait intolérant au cannabis ? 

 

En France, on soupçonne, encore sans le dire, que la légalisation menacerait directement les mineurs, comme si le marché noir qu’ils apprennent tôt à connaître était au fond préférable. De mémoire, aucun groupe pro-marijuana, aucun chercheur, aucun législateur et aucun politicien n’a proposé un marché du cannabis exempt de toute régulation, encore moins d’en faire fumer les enfants. Ainsi, la légalisation du cannabis ne fait pas que des émules, notamment au sein du corps médical. Beaucoup de médecins mettent en avant les dangers de la consommation de ce stupéfiant, qui entraine une modification des perceptions de l’environnement pouvant s’avérer dangereuses, ainsi que, dans certains cas, de graves intoxications. Le gouvernement avance également le fait que les trafiquants se déporteront sur d’autres trafics, et donc que les réseaux ne cesseront pas d’exister et de poser des problèmes. Aussi, si la dépénalisation – puis la légalisation – sont souvent évoquées, la France reste en retrait sur ce débat. Pourtant, sa légalisation – et l’encadrement de son commerce – représenterait une plus-value non négligeable pour l’État. Cela endiguerait également l’économie souterraine, notamment dans les banlieues et les quartier dits « zone de danger », où le trafic est devenu un véritable fonds de commerce.

 

La légalisation du cannabis a un triple enjeu : Tout d’abord, c’est un enjeu de santé publique. La levée du tabou et de l’illégalité sur la drogue permettrait de casser l’attrait de l’interdit et de faire diminuer la consommation de cannabis. Quand la marijuana a été légalisée aux Pays-Bas, les autorités sanitaires ont constaté une baisse de la consommation de cannabis. Il n’y a donc pas d’effet d’aubaine. De plus, la légalisation est l’occasion de créer une agence gouvernementale chargée du contrôle de la qualité. Aujourd’hui, l’illégalité et le marché au noir ne permettent pas de contrôler la qualité des substances présentes sur le marché. Bon nombre de marijuana sont de mauvaises qualités ou sont le fruit d’expérimentations génétiques ou sont coupées avec des substances chimiques ou naturelles mais nocives. En matière de santé publique, la légalisation permettrait d’avoir un discours public sur le cannabis et sa consommation. Cela permettrait également de mettre en œuvre des campagnes de prévention générales et ciblées vers les publics à risque. L’illégalité entraine cet effet pervers de poser une omerta sur la prévention publique de cette substance. Deuxièmement, c’est un enjeu fiscal. La légalisation pourrait permettre d’envisager la mise en place d’un circuit de distribution légal pour le cannabis. Cette vente devrait se faire évidemment sous diverses conditions. Une des conditions à la vente serait de la soumettre à des accises. L’État pourrait ainsi récolter des taxes sur la vente de cannabis. Ces taxes récoltées seraient une manne importante pour l’État, soit 2 milliards d’euros selon une étude publiée   en décembre 2014 par Think Thank Tera Nova. De plus, cette vente légalisée créerait de l’emploi et rapporterait donc à la collectivité de nouvelles cotisations sociales et participerait à la baisse du chômage. Lors de la légalisation, l’État doit prendre l’engagement de reverser une partie de la fiscalité prélevée sur la vente de cannabis pour financer la prévention des risques liés aux assuétudes et pour financer l’agence gouvernementale chargée notamment de contrôler la qualité. En dernier lieu, c’est un enjeu de sécurité. Aujourd’hui, la vente du cannabis crée un marché au noir accompagné d’une criminalité polymorphe. La légalisation du cannabis couperait ces circuits criminels ce qui ferait donc diminuer la criminalité. 

 

DEUX INTERROGATIONS : Avec l’hypothèse d’une légalisation, l’État serait confronté à deux problèmes. D’abord, le risque d’augmentation du nombre de consommateurs. Bien que les expériences américaines – vingt-trois Etats l’ont légalisé – démontrent que ce nombre reste stable, il est impossible d’évaluer l’impact sur la population française. De plus, l’encadrement de sa vente resterait à définir : via prescription médicale, dans un « coffee-shop » ou directement chez le buraliste. Il apparaît clairement que la question – récurrente – du cannabis et de sa légalisation prendra du temps avant d’être sérieusement abordée. Pour qu’une loi autorisant son usage soit votée, il faudra que le gouvernement à son origine soit à même d’apporter des solutions aux problèmes de société les plus urgents tels le chômage ou la dette. À l’heure actuelle, François Hollande et le gouvernement Valls seraient donc incapables de proposer une telle mesure. 

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