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CHRISTIANE TAUBIRA, ILS L'ONT TANT AIMÉ.

 

« Je quitte le gouvernement sur un désaccord politique majeur. Je choisis d’être fidèle à moi-même, à mes engagements, à mes combats, à mon rapport aux autres, fidèle à nous tels que je nous comprends. »

« Parfois résister c’est rester, parfois résister c’est partir. Par fidélité à soi, à nous. Pour le dernier mot à l’éthique et au droit ». Le Tweet a claqué à toute volée. En quelques mots sibyllins, registre devenu sa signature depuis son entrée au gouvernement, Christiane Taubira résume ce qui a manifestement toujours guidé son itinéraire politique : ne jamais se laisser enfermer dans une case, quitte à dérouter son monde. « Parfois résister c’est rester, parfois résister c’est partir ». Une phrase avec trois verbes : Résister, rester et partir. Une alternative : dedans ou dehors, comme réponse à ce dilemme qui la taraudait depuis son ultime camouflet: l’annonce de l’abandon de la déchéance de nationalité démentie dès le lendemain par l’Élysée. « C’est une mesure à caractère hautement symbolique, une sanction lourde que la Nation est légitimement en droit d’infliger à celui qui la trahit au plus haut point », déclarait le Premier ministre lors d’une conférence de presse. Ainsi, comme le rappelle Le Monde, l’exécutif suit l’avis du Conseil d’État, qui ne s’était pas opposé à une mesure avant tout symbolique. 

Devenue une icône en défendant courageusement et non sans talent la « réforme de civilisation » du quinquennat que fut l’adoption du mariage pour tous, cible de toutes les outrances, Christiane Taubira n’a pas volé son statut d’exception. Un statut qui lui aura permis de s’affranchir de la plupart des règles gouvernementales en vigueur pendant de très longs mois, au prix de nombreuses couleuvres avalées. Il y a eu les divergences économiques comme lors du débat sur la loi Macron ou après le virage social-libéral de 2014 qui a conduit Arnaud Montebourg, Benoît Hamon et Aurélie Filippetti hors du gouvernement. Il y a également eu les différends sur la politique sécuritaire et judiciaire du gouvernement comme lors de la loi renseignement, contre laquelle elle aurait sans doute manifesté si elle n’avait pas été ministre. Mais c’est finalement la réforme constitutionnelle qui aura eu raison de la présence de l’ancienne candidate à la présidentielle - c’était en 2002 - place Vendôme.  Et sans doute plus précisément la question d’étendre la déchéance de nationalité à tous les binationaux, même ceux nés français. En effet, l’affaire de la déchéance de nationalité aura été le point d’orgue qui l’a contraint à quitter son poste de Garde des Sceaux qu’elle occupait depuis plus de 3 ans…

Ainsi donc, la capacité de résistance de Christiane Taubira avait des limites... Elle a pris tout le monde par surprise. À gauche, plus grand monde ne s’attendait à voir Christiane Taubira démissionner. Et de l’autre côté, les ténors de la droite et de l’extrême droite qui réclamaient à intervalles réguliers son départ n’imaginaient plus à voir ce plaisir avant la fin du quinquennat. Coïncidence ? Le départ de la Garde des Sceaux intervient le jour où le Premier ministre vient présenter le projet définitif du texte sur la déchéance de nationalité à la Commission des Lois de l’Assemblée Nationale. « Je pars sur un désaccord politique majeur », dit-elle à cet instant, se targuant d’être « fidèle à elle-même ». À la fois souriante et comme soulagée avant de s’envoler pour les États-Unis... en voyage privé. Un nœud en moins pour elle. Un nœud en plus pour le Président... Le mystère Taubira tient autant à l’ambiguïté poétique de ses tweets qu’à sa position de frondeuse ministérielle, condamnée à n’exprimer ses désaccords, souvent publiquement, que pour perdre ses arbitrages dans le bureau présidentiel. « Parfois résister c’est partir ». Le plus important réside peut-être dans la suite du message : « Par fidélité à soi, à nous. Pour le dernier mot à l’éthique et au droit ». Et pour réussir sa sortie. Notons, qu’il y a un point sur lequel Christiane Taubira fait l’unanimité: elle est une personnalité imprévisible.

« Ne vous en faites pas pour moi, je n’aurai aucun blues, même s’il est forcément difficile de quitter un ministère au moment où vient la récolte des fruits du travail fourni. »

Son avenir politique. Pour le moment, on ne sait pas les suites qu’elle entend donner à sa carrière, elle qui n’a désormais aucun mandat. Se présentera-t-elle à la primaire de la gauche, contre François Hollande ? Quittera-t-elle la vie politique ? L’avenir le dira. Toutefois, lors de son voyage à New York, quelques jours après son départ du ministère de la Justice, à des journalistes lui posant la question d’une possible candidature à la présidentielle de 2017, elle a déclaré : « Je ne réponds pas à cette question parce qu’elle est nulle et non avenue. (…) Je participerai à la campagne. Comment ? Vous verrez bien ! », semblant agacée par ce feu de questions sur son avenir politique. « (…) J’ai une vie politique depuis plusieurs années. Il y a des choses qui se sont arrêtées, il y en a d’autres qui continuent : les engagements, les prises de parole publiques, les choses que j’écris. Je me crée des espaces d’expression et de combat.», a martelé l’ex-ministre. À gauche du PS, beaucoup semblent déjà prêts à faire de Christiane Taubira leur championne. Mais jusqu’au sommet de l’Etat pas sûr. D’autant que les socialistes ne manqueront pas de lui rappeler l’expérience malheureuse de 2002. À l’époque, Mme Taubira, qui défendait les couleurs du Parti radical de gauche, fut accusée, avec ses 2,32 %, d’avoir contribué à l’élimination de Lionel Jospin au premier tour de la présidentielle.  

 

Son réquisitoire contre la déchéance.  « Les choses que j’écris ». Oui, les choses qu’elle écrit. Cette envie de se créer son espace d’expression et de combat. Le verbe, toujours le verbe… C’est en se sens que Christiane Taubira quelques jours après sa démission surprend encore, avec la sortie d’un livre ‘‘Murmures à la jeunesse’’ Ed. Philippe Rey. Un objet littéraire non identifié, dans la galaxie des livres politiques qui paraissent à un rythme accéléré en ce début d’année 2016. Pas une petite phrase assassine, pas le moindre mea culpa, pas même une promesse ni un renoncement qui pourrait laisser croire à un quelconque agenda électoral. Un court réquisitoire de 96 pages contre la déchéance de la nationalité dans lequel l’ancienne garde des Sceaux explicite son opposition à cette mesure emblématique qui a précipité son départ du gouvernement. Des pages truffées de références littéraires et poétiques, marquées de ce style tantôt charnel, tantôt éthéré qui est devenu la signature de Christiane Taubira dans ses écrits comme sur les réseaux sociaux. Aux antipodes des autres livres qui annoncent ou succèdent à des candidatures, «Murmures pour la jeunesse» ne revendique qu’un seul objet : convaincre le lecteur que face à l’abomination du terrorisme, la déchéance de la nationalité ne peut et ne doit pas constituer une arme de dissuasion massive. Convaincre par l’argumentation et non l’anathème. « Je prétends, là, éclairer. Non par la Vérité, car je ne sais si elle est majuscule ou singulière. Mais par la cohérence et la fidélité à moi-même», prévient Christiane Taubira qui consacre presque le tiers de son ouvrage à décortiquer méthodiquement les ressorts néfastes d’une déchéance jugée inopérante dans son application, inique dans son principe et destructrice par son symbole et ce qu’elle autorise pour la suite. « Il est des choses trop inflammables pour s’en approcher sans méfiance avec deux silex à la main. L’un des silex est cette déchéance de nationalité, l’autre est la triste et possible capacité pour la cheffe d’un juteux négoce familial d’accéder au pouvoir suprême », conclut-elle en évoquant Marine Le Pen dans cet ouvrage rédigé peu avant son départ du gouvernement. On ignore justement si la rédaction de ce livre préfigurait sa démission ou bien si elle l’a précipitée. « Murmures pour la jeunesse » n’a en tout cas rien d’un règlement de comptes. C’est là une autre marque de sa singularité dans un quinquennat où les ministres sortants ou sortis n’ont que rarement retenu leurs coups à l’endroit du président qui les avait nommés. On ne retrouve ni la déception froide de Cécile Duflot (« De l’intérieur. Voyage au pays de la désillusion ») ni la colère revancharde de Delphine Batho (« Insoumise») chez Christiane Taubira. Peut-être l’ex-garde des Sceaux y viendra-t-elle plus tard, un autre livre devant paraître dans moins de deux mois. Aux antipodes, là encore, du dogmatisme que lui prêtent ses adversaires, celle-ci semble douter encore sur la nécessité de s’opposer frontalement à une mesure qui pourrait ne jamais s’appliquer. « Je ne suis sûre de rien. Peut-être est-ce faire trop de bruit pour peu de chose», reconnaît-elle. « Lorsqu’un pays est blessé, qu’il saigne encore, qu’il est tout de courbatures et d’ecchymoses, ne faut-il pas marcher sur la pointe des pieds, chuchoter et laisser faire en se défaussant sur le temps ? », esquisse-t-elle encore. Avant de conclure : « Je ne suis sûre de rien sauf de ne jamais trouver la paix si je m’avisais de bâillonner ma conscience ». Toutefois, la publication surprise de son livre est une nouvelle occasion pour les Républicains de dénoncer le bilan de l’ancienne garde des Sceaux. «Quand vous avez quelqu’un qui prend le temps d’écrire un livre, qui est apparemment un livre de contestation de la politique menée par Manuel Valls, ça veut dire qu’il n’y avait plus de ministre de la Justice », a dénoncé l’eurodéputée Rachida Dati sur BFMTV et RMC. En somme, avec son livre l’ex-garde des sceaux veut manifestement peser dans les débats : « J’espère que la déchéance de nationalité ne sera pas inscrite dans la Constitution. Oui, j’espère très sincèrement que la gauche n’aura pas à assumer une telle décision. » Y croit-elle ? « Je ne suis pas seule à l’œuvre, assure-t-elle. Il y a une dynamique. J’ai vu des députés pourtant archi-loyaux à l’égard de la majorité avoir le courage d’écrire des tribunes en ce sens dans la presse de leur circonscription. La gauche, ce n’est pas un chef bonapartiste ! C’est un mouvement et le sens de la délibération collective. » 

 

« Femme, noire, pauvre, quel fabuleux capital ! Tous les défis à relever. Une vie d’épuisement en promesse. »

Du Taubira bashing au laxisme. Elle a été ciblée tout au long de son passage au gouvernement. Un procès en grande partie nourri de fantasme. Dans un dernier cri de joie, la droite et l’extrême droite saluent en fanfare la fin d’une ère de laxisme à la chancellerie. Rien de surprenant puisque pendant presque quatre ans, la ministre de la Justice a été leur cible. Avec une confondante mauvaise foi. Icône pour une partie de la gauche, détestée par une partie de la droite, Christiane Taubira a cristallisé l’attention médiatique et politique depuis son arrivée en 2012 place Vendôme au ministère de la Justice. Adepte du bon mot, l’ancienne députée de la Guyane a toujours défendu fermement son bilan face aux critiques. Mais son bilan à la tête de la chancellerie peut-il se résumer à une réforme sociétale comme le mariage pour tous, si emblématique soit-elle ? Non avenue, à quelques heures de la passation de pouvoir le 27 janvier dernier, l’ex-ministre a défendu son action, en mettant en avant « un travail législatif considérable: plus de 25 textes de lois en trois ans et demi. Le mariage pour tous, la réforme pénale, [une] politique très volontaire d’aide et de suivi individualisé des victimes, la réforme de la justice pour le XXIe siècle ». Autre avancée : « Le budget de la justice augmente de 450 millions d’euros en trois ans », s’est-elle félicitée. « Les recrutements ont été augmentés et, surtout, nous avons travaillé dans la sérénité. Elle a eu un vrai respect pour l’indépendance de la justice et pour l’action des magistrats », dit Cécile Parisot, secrétaire générale de l’Union syndicale des magistrats (USM). « Elle a inscrit son nom dans un grand texte de la République, qui restera gravé dans le marbre », estime quant à lui Pierre-Olivier Sur, ancien bâtonnier du barreau de paris de 2014 à 2016, en évoquant le mariage pour tous. Sa loi du 15 août 2014 relative à l’individualisation des peines et à la prévention de la récidive a aussi supprimé les peines planchers, mises en place sous Nicolas Sarkozy et très critiquées à gauche. Ce texte a aussi créé une nouvelle peine en milieu ouvert, la contrainte pénale, qui vise à éviter les sorties de prison sans mesure d’accompagnement. Une disposition dénoncée par la droite, qui n’a eu de cesse d’attaquer le « laxisme » de la ministre. « Elle a fait preuve de maestria de panache et de talent, mais ses résultats ne sont pas à la hauteur des espérances, reconnaît Pierre-Olivier Sur. Le bilan de cette icône est très décevant. Elle a perdu beaucoup d’arbitrages. Résultat, les grandes réformes n’ont pas été menées à terme. » Ainsi, le projet de réforme intitulé « la justice du XXIe siècle », après avoir été maintes fois retardé, a été adopté au Sénat le 5 novembre mais ne figure toujours pas au calendrier de l’Assemblée. La réforme de la justice des mineurs n’a pas été présentée en Conseil des ministres et a désormais très peu de chance d’aboutir. Jean-Jacques Urvoas, le nouveau garde des Sceaux, l’a implicitement enterrée le jour de la passation. « Christiane Taubira n’a pas cassé le lien entre le ministère et le parquet, comme François Hollande s’y était engagé, déplore la secrétaire générale de l’USM. Ce fut pour beaucoup un ministre de la parole, mais nettement moins celle de l’action», résume-t-elle. Pendant ces quatre ans, toutes les professions juridiques, ou presque, se sont mises en grève. Les notaires contre la loi Macron sur les professions réglementées ; les huissiers contre le projet de justice du XXIe siècle ; les juges, le personnel pénitentiaire et les Spip contre le manque latent de moyens; les avocats contre la réforme du financement de l’aide juridictionnelle. Christiane Taubira était vouée à devenir une grande ministre de la Justice. Mais accablée par l’opposition et surtout par son propre camp, elle part en laissant un grand goût d’inachevé à la chancellerie.

 

Ministre emblématique des gouvernements Ayrault puis Valls, elle a été l’objet d’attaques d’une telle violence de l’extrême droite mais également de toute une partie de la droite parlementaire qu’elle en était devenue une icône pour la gauche. Et de ce fait, une caution pour le gouvernement de Manuel Valls qui s’est progressivement coupé de l’aile gauche du PS. Par fidélité à soi, à vous. « Ne vous en faites pas pour moi, je n’aurai aucun blues, même s’il est forcément difficile de quitter un ministère au moment où vient la récolte des fruits du travail fourni. Mais je n’ai pas été seule à le faire et cette frustration peut être partagée par mes équipes. », dit-elle au cours d’une interview accordée au journal le Monde. La question qui se pose est la suivante: Comment expliquer qu’elle, la femme de convictions, ait tant toléré sans tirer les conséquences de son isolement plutôt ? Toutefois, en cas de réélection de François Hollande, ne soyons pas étonné de revoir Christiane Taubira sur les bancs des ministres. Surpris ? Non, car il aura – s’il est le candidat désigné par le PS - comme en 2012 besoin de cette gauche profonde pour espérer gagner en 2017.  Là voilà enfin « libre » comme elle se plaît à le proclamer. « Femme, noire, pauvre, quel fabuleux capital ! Tous les défis à relever. Une vie d’épuisement en promesse. » Christiane Taubira.

 

 

 

 

 

 

 

 

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