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CHALUS POLITICUS

07/03/2016

Les élections régionales de Guadeloupe ont rendu leur verdict avec une victoire nette (plus de 25 000 voix d’avance) de la liste « Changer d’avenir » conduite par Ary Chalus sur la liste « La Guadeloupe toujours mieux » conduite par Victorin Lurel. Victoire surprise pour certains, logique pour d’autres. Surprise pour certains tant Victorin Lurel était présenté partout comme étant l’homme fort de la Guadeloupe. Il est vrai que son CV plaide encore pour lui : ancien locataire de la rue Oudinot, ancien député, 2 mandatures à la tête de la Région Guadeloupe. L’homme fort de la fédération du Parti Socialiste est également celui qui a inauguré le très reconnu Mémorial ACTe en présence d’un parterre de personnalités politiques venues de partout, qui a accompagné la mobilisation populaire pour la mise en place en Guadeloupe d’un Tep-Scan et d’un cyclotron, qui a de plus une loi et un décret à son nom. Enfin, sa culture et sa gouaille sont pour lui autant d’atouts qui lui ont permis d’apparaître comme étant incontournable lors de la campagne. C’est ainsi que l’intelligentsia de Guadeloupe, la majorité du paysage médiatique Guadeloupéen, sans parler du paysage politique Guadeloupéen, attendaient relativement sereinement la victoire du président sortant. Son parti et ses alliés venaient de s’imposer en faisant élire Josette Borel Lincertin à la présidence du conseil départemental. Victoire logique pour d’autres, tant les indicateurs montraient depuis plus de 3 ans la montée en puissance d’Ary Chalus, celui-ci étant très largement au dessus de la classe politique en termes de scores de confiance. L’homme est à la fois populaire et dynamique, réélu très confortablement maire d’une des plus grosses communes de l’île, élu en 2012 député de la 3e circonscription de Guadeloupe. C’est d’ailleurs lors de cette campagne législative que les 1ères passes d’arme entre les Victorin Lurel et Ary Chalus, alors proches furent observées. Le 1er, soutien de Max Mathiasin – alors 1er secrétaire de la Fédération Socialiste - n’a pas hésité à qualifié Ary Chalus de « député de Baie- Mahault », laissant entendre par là qu’il n’avait certainement pas les épaules assez larges pour occuper un siège au palais Bourbon. Enfin, bien qu’Ary Chalus ne bénéficiait pas du soutien de la plupart des politiques, il pouvait compter sur celui, affiché du GUSR, mais également d’une partie de la droite Guadeloupéenne, sa part « Chevryste » pour ses élections. La campagne a donc été dure, marquée par cette bipolarisation régulièrement observée dans nos scrutins. Cette âpreté de la campagne était nourrie par le fait que les 2 adversaires aient longtemps été amis politiques au sein du désormais feu socle de gauche. Les divorces sont toujours douloureux...Et en pareil cas, c’est toujours celui qui s’estime victime qui fait preuve de maladresse. 

 

C’est ainsi que l’équipe de Victorin Lurel a d’abord sous-estimé Ary Chalus, essayant de faire passer dans l’opinion publique que ce dernier n’était pas qualifié pour conduire la région Guadeloupe. «  Y’a pas photo, y’a que toto ! » clamaient alors ses soutiens, laissant entendre que sans Toto, c’est le déluge. Il s’agissait alors tant d’une erreur de forme que de fond. On ne peut pas disqualifier un adversaire a priori, d’autant qu’il est un politique de 1er plan en Guadeloupe dont le travail est apprécié de ses administrés. Cette tentative de disqualification sonnait aussi, en creux, comme une discrimination intellectuelle: « on ti élèktrisyen pé pa jéré péyi an nou ! » entendait-on alors. Avec le désamour que porte une grande partie de la Guadeloupe profonde pour ses intellectuels, leur semblant hautains et déconnectés du «pays réel », on sait que cette arme risquait de se retourner contre ceux qui l’ont employée. Une déconnection avec ce qu’éprouvait le « pays réel » et qui se retrouvait dans le slogan officiel de campagne « La Guadeloupe toujours mieux ». Slogan qui a été tourné en dérision sur les réseaux sociaux, très actifs pendant la campagne avec des contributeurs des deux camps, suivis, féroces et avertis. La maladresse de l’équipe du président sortant a atteint son pinacle lors de ce que l’on a appelé « l’affaire de Grand-Bourg ». On se souvient que sur le marché de Grand Bourg et en pleine campagne électorale, Victorin Lurel y est allé de son bébélé de mots acides à l’encontre de Maryse Etzol, incontournable sur l’île. On imagine le retour de bâton après ces propos : il a eu lieu dans les urnes, de façon spectaculaire ! Les journalistes et les sondeurs ont également reçu leur lot de critiques, les uns pour leur manque d’objectivité (critique recevable mais que l’ont pouvait plutôt attendre des autres concurrents), les autres pour avoir tenté de manipuler l’opinion. Le président de la fédération locale du PS et son candidat n’ont pas hésité à saturer les médias à coups de communiqués pour condamner le parti pris (?) de QualiStat, laissant entendre qu’ils saisiraient la commission des sondages. La précision des résultats de QualiStat a été un cinglant désaveu pour l’équipe sortante. Est-il encore nécessaire de rappeler que les sondages sont des instruments ne permettant de connaître l’état de l’opinion qu’à un instant précis ? L’agitation de l’équipe sortante qui se renforçait à l’approche du 1er tour s’est transformée en nervosité entre les 2 tours. Sommés de s’expliquer, les maires des grandes villes ont multiplié les bourdes à l’instar du désormais célèbre « sauvez-moi ! Sauvez votre Maire» d’Eric Jalton. Les soutiens n’étaient pas en reste : le Mémorial acte allait fermer, les travaux de la piscine de Ravine Chaude, Ary Chalus ne présiderait pas la Région en cas de victoire, etc.

 

En face, l’équipe Chalus, toute heureuse et peut-être surprise de ce qu’elle voyait sur le terrain lors de la campagne décidait de ne pas répondre aux attaques et d’en faire le moins possible. Une proposition phare de son programme déclinée à l’envie, « une région stratège, une Guadeloupe inscrite dans la croissance verte et la croissance bleue », une présence active sur le terrain - renforçant son image de proximité déjà forte - une relative absence dans le grands médias... Il est vrai que le débat organisé sur la chaine publique avant le 1er tour n’avait pas clairement été à son avantage. Cette campagne simple, dynamisée sur le terrain par une jeunesse active a remarquablement porté ses fruits.

 

Au final, c’est vraisemblablement le président sortant lui même et une partie de son bilan qui auront été sanctionnés. Victorin Lurel est resté clivant. Ses 2 victoires précédentes avaient été acquises à des moments bien particuliers. En 2004 il a surfé sur le « non » Guadeloupéen de 2003, puis en 2009 il s’est opposé aux acteurs du mouvement social pour être triomphalement réélu l’année suivante. Ce faisant, il nourrissait des inimitiés peu oublieuses. Ses coups de menton « je reviens mettre de l’ordre » quand il quitte le ministère n’ont pas non plus été oubliés. D’un autre côté, si ses actions ont été réelles, sa notoriété et son omniprésence ont fait cristalliser sur lui toutes les insatisfactions de la population. Et elles sont nombreuses ! Sur fond de chômage persistant, les problèmes d’eau, de transport, de déchets (qui pourtant ne relevaient pas directement de ses compétences) et bien sûr de pouvoir d’achat continuent de préoccuper les Guadeloupéens. « La Guadeloupe toujours mieux » en a alors fait les frais.

Se pose aujourd’hui la question de la conduite de la Guadeloupe par l’équipe Chalus. Une région n’est pas une commune, disaient ses détracteurs, lesquels avaient oublié que Toto était maire de Vieux-Habitants avant de piloter le conseil Régional. Son équipe est composée de bric et de broc pestent encore d’autres, oublieux que le président sortant parvenait à fédérer une ex-personnalité éminente de la droite locale, Gabrielle Louis Carabin, mais également, récemment, un ex opposant forcené, Cédric Cornet, alors empêtré dans une affaire de mœurs. Bref, on sait aujourd’hui qu’un bon leader parvient à manager ses troupes et à faire preuve de suffisamment de charisme pour les motiver. C’est avant tout, peut-être, une façon de pratiquer la politique qui changera à la région. Davantage d’écoute, de proximité, de prise en compte de ce que souhaite vraiment la population. Le nouvel homme fort de la région Guadeloupe ne connaîtra pas d’état de grâce. Entre ceux qui le trouveront quoiqu’il fasse illégitime et les fortes attentes de la population, il faudra se retrousser les manches, et vite !

 

La demande de renouvellement déjà observée à l’occasion des élections municipale est toujours prégnante au sein de l’électorat Guadeloupéen. En cela, le temps politique se réduit, ici comme ailleurs considérablement, obligeant son personnel à avoir des résultats rapides. Le temps politique est donc devenu un temps de consommation, les clivages traditionnels sautent - l’exemple récent en Martinique le montre- et seule compte alors la capacité du candidat telle que la perçoit l’électeur. Le manque de résultat se paie donc cash et les jeunes politiques (les quadras comme ceux briguant un 1er mandat important) peuvent sereinement envisager l’avenir. En cas de manque de résultat de l’équipe Chalus, qu’ils soient de droite ou de gauche, pour peu qu’ils parviennent à toucher le cœur et l’âme de l’électeur, l’alternance viendra rapidement. Cette alternance interdira de plus en plus le retour au 1er plan des « vieux chevaux », ceux-ci ayant déjà fait leur temps, à l’image de ce que l’on perçoit dans les grandes démocraties modernes. La globalisation, c’est aussi ça !

 

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