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MOUSITIQUES « AEDES », FAUT-IL LES CRAINDRE ?

12/04/2016

 

Aedes aegypti, Aedes albopictus… Ces deux noms latins cachent des bestioles aussi inquiétantes que mystérieuses. Ainsi, la Terre compte quelques 3500 espèces de moustiques. Parmi elles, seule une centaine sont « anthropophiles », autrement dit se gavent de sang humain. Et, au sein de cette minorité, deux espèces véhiculent la fièvre jaune, la dengue, le chikungunya et le Zika, tuant environ 60 000 personnes chaque année. En termes de mortalité humaine, on reste loin de l’hécatombe provoquée par les moustiques du genre anophèle, vecteurs du paludisme et responsable de 430 00 morts en 2015. Mais la plasticité de ces incestes, le nombre de virus dangereux qu’ils transportent et leur expansion à travers le monde à la faveur du réchauffement climatique et de la mondialisation des échanges rendent urgente la compréhension du phénomène. 

 

Au commencement était la forêt. La canopée africaine pour aegypti, la jungle asiatique pour albopictus (le moustique-tigre). Comme d’autres espèces du genre Aedes, les deux cousins se nourrissaient de sucs de plante, sauf qu’avant la ponte les femelles allaient se gorger de sang animal, essentiellement les singes, pour disposer des protéines nécessaires. Quand sont apparus les terribles virus ? On l’ignore, mais il est clair qu’ils ont trouvé avec Aedes un hôte de choix. « C’est ce qu’on appelle une coévolution » explique Anna-Bella Failloux, responsable du groupe arbovirus et insectes vecteurs à l’Institut Pasteur. Ingéré lors du repas sanguin par le moustique, le virus doit, pour prospérer, franchir une double barrière en principe hermétique. Sauf à disposer de la bonne clé. « Les deux se sont trouvés, le virus a pu passer de l’estomac au sang du moustique, l’infecter sans le tuer, puis dans les glandes salivaires, prêt à contaminer une prochaine victime », poursuit la chercheuse. Quand les hommes sont entrés dans la forêt, « certains moustiques en ont profité, se sont spécialisés, raconte Frédéric Simard, entomologiste à l’IRD de Montpellier. Avec la destruction forestière, ils ont gagné la ville et trouvé là un supermarché à portée de la trompe. Une source de nourriture inépuisable, pas ou peu de prédateurs et des gîtes larvaires à profusion. » En effet, les moustiques pondent dans de petites réserves d’eau où les larves se développeront. En forêt, ce sont les trous d’arbres, où des prédateurs les menacent. En ville, les pots de fleurs, les gouttières ou l’intérieur des vieux pneus…

 

Encore fallait-il s’adapter à ce nouveau milieu. « Les Aedes sont très forts. Ils ont vaincu les polluants comme ils se jouent aujourd’hui des insecticides », souligne Frédéric Simard. Ne s’éloignant pas de plus de 300 mètres de leur base, ils ont su profiter des échanges internationaux pour se répandre. Partis d’Afrique, les aegypti, ou plutôt leurs œufs (capables de rester au sec de longs mois avant d’éclore en milieu humide), ont gagné l’Asie par la route du commerce et l’Amérique du Sud dans les bateaux chargés d’esclaves, tandis que les albopictus quittaient l’Asie pour l’Afrique, l’Amérique, puis l’Europe. « Ils seraient arrivés des États-Unis à Gênes dans un stock de pneus », assure Anna-Bella Failloux.

Si la chercheuse emploie un conditionnent, c’est que la connaissance reste parcellaire. Réalisée en 2005, la synthèse du génome d’aegypti a laissé de nombreux points obscurs. Celle d’albopctus n’est toujours pas achevée. Parcellaire et évolutive. Il y a encore vingt ans, aegypti, identifié dès 1900 comme vecteur de la fièvre jaune, puis de la dengue, semblait la menace la plus sérieuse. « On s’est aperçu que pour la dengue et le chikungunya albopictus était au moins aussi performant dans la transmission et qu’en il était capable de s’adapter aux climats tempérés, ajoute Frédéric Simard. Avec Zika, c’est la même chose. On l’a d’abord retrouvé chez aegypti. Mais nos travaux de 2014 montrent que lors de l’épidémie de dengue de 2007, au Gabon, il y avait Zika, et que le coupable était albopictus. » Entre les deux moustiques, le match est donc ouvert. Il a déjà fait exploser l’épidémie de la dengue. Avec Zika, ils ont trouvé un nouveau terrain de jeu.

 

Sources : Institut Pasteur, www.siganelemnt-moutique.fr, le journal le Monde, france-science, science mag.

 

 

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