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LA GRANDE INTERVIEW : ARY CHALUS

Certaines personnes ont le don de susciter l’espoir chez leurs congénères, alors que tout semble perdu. Le député de la 3e circonscription a su effacer de nombreux compétiteurs et, avec l’appréciable humilité réaliste de celui qui préfère l’action raisonnée à l’agitation brouillonne, il entend occuper la fonction de président de Région en réinventant l’offre politique. Ainsi, par son élection et sa vision de l’appareil, Ary Chalus semble redonner du sens et de la crédibilité à l’action politique.  Dans son entourage on le présente comme un homme nouveau avec un style différent, un programme créatif et novateur pour un projet censé répondre aux grands défis de notre société. Mais, la question est de savoir, au-delà du style –et des erreurs de style–, si Ary Chalus incarne vraiment la nouveauté et à quel titre, il changerait de paradigme et sortirait du cadre ?  Ainsi, aurait-il l’audace d’un sauveur, celui que tous ceux croyant en l’homme providentiel attendent depuis tant d’années ? Obtiendra-t-il ne serait-ce que l’espace pour affirmer et imposer les vues de sa politique, sans décevoir une population inévitablement lassée par ses représentants ? Réussira-t-il à fuir le mimétisme « petit bras » de ses prédécesseurs ?

La rupture assumée du GUSR au socle de gauche due à la discorde opposant Victorin Lurel et Jacques Gillot entraînant à la tête du Conseil Départemental Mme Josette Borel Lincertin, a-t-elle été votre principal leitmotiv afin de vous présenter au régionale de 2015 ? 

La situation de la Guadeloupe exige que nous ayons une vision plus large que le simple différent entre deux décideurs politiques. De plus, j'ai toujours été animé d'une unique ambition ; le développement harmonieux et durable de la Guadeloupe et contribuer à ce que chaque guadeloupéen vive dignement grâce à son travail et puisse s'épanouir ici en Guadeloupe ! Je n’ai jamais été candidat à une élection pour des raisons négatives. J’ai décidé, avec mes colistiers, d’être candidat à la présidence de la Région parce que j’étais porteur d’un projet positif pour la Guadeloupe, un projet destiné à sortir notre archipel de la torpeur. Et si nous étions nombreux à partager le diagnostic d'une région trop immobile face aux nombreux défis qui nous frappent, j'ai pensé qu'il fallait proposer aux guadeloupéens un projet, une alternative démocratique au projet porté par l'ancien président de région qui me paraissait marqué par un certain conservatisme. Ce projet s'appuie sur une nouvelle approche du pilotage des affaires régionales et invitait chaque guadeloupéen à prendre en main l'avenir de notre archipel. La population l’a compris et m’a suivi. 

 

Cette alliance gauche-droite caractérisée par votre ancien adversaire de « migan de mauvais goût » était-ce le seul moyen pour vous de gagner ces élections ?

C’est une question qu’il aurait fallu aussi poser au président sortant, qui dans son appréciation se pose en expert en cuisine de mauvais goût, puisqu'il comptait des élus de droite sur sa liste en 2010 et en 2015. Notre liste a été composée d’hommes et femmes qui ont décidé de s'engager pour porter ce projet de changement. Aux alliances convenues ou de circonstances nous avons préféré un pacte moral pour servir les guadeloupéens. C'est le projet qui importe, rien en dehors du projet et rien au-dessus du projet. Notre méthode consiste à permettre à tous, citoyens ou élus, de prendre part à la décision au lieu de la subir. Ce projet n'est pas celui d'un homme, mais celui d’une équipe de femmes et d'hommes au service d’une même cause, soucieux de la réussite de la Guadeloupe, à travers l’adhésion à ce dessein commun.

 

En prenant pour exemple le socle de gauche, aujourd’hui décimé. Peut-on réellement croire en cette union d’hommes et de femmes de tous bords ?

En politique, c’est la volonté des hommes qui prime. Le socle de gauche s’est rompu parce que saboté par ceux qui voulaient assurer leur main mise sur les deux assemblées, et donc mettre la Guadeloupe en coupe réglée. Certains ont voulu tout régenter et choisir ceux qui sont dociles et se débarrasser des autres. A l’inverse, notre majorité régionale est réunie autour d’un projet et des méthodes de travail qui en garantissent la pérennité. Si un élu se sent en opposition avec le groupe, il en sortira individuellement. Et l’équipe continuera d’assumer ses missions au service de la Guadeloupe, sur la base du programme validé le 13 décembre 2015.

 

On a souvent du mal à vous encarter à une idéologie politique… Aujourd’hui êtes-vous en mesure de clarifier les choses ? 

Vouloir ce qu’il y a de mieux pour mes compatriotes, pour tous les Guadeloupéens ; cela a toujours été mon «idéologie politique ».  Aucun parti politique ne détient à lui seul une «solution absolue » aux problèmes de notre archipel. Je n’ai jamais hésité, dès lors que cela semblait utile à la Guadeloupe, à faire appel à tous ceux qui proposaient de vraies solutions !

 

 

Vous avez fait de la problématique de l’eau l’un des piliers de votre campagne. Pour mémoire vous avez été vice-président du Conseil Général de 2004 à 2012, pourquoi n’avez vous rien fait à ce moment? Nous pourrions également prendre pour exemple les questions des déchets, du transport, de la dépendance des personnes âgées, de l’exclusion sociale… Peut-on à juste titre parler d’immobilisme ?

Nous proposons aux guadeloupéens de mettre en place une collectivité régionale stratège. Cela signifie anticiper, s'appuyer sur les grands schémas de prospective (le SAR, schéma régional de développement économique remis à jour en 2010) pour rattraper les retards pris et préparer la Guadeloupe de demain (horizon 2030). C'est ce qui n’a pas été fait dans la gestion des grandes politiques de l'eau, des déchets et des transports. Il faut sortir de l'urgence, des politiques précaires pour offrir de nouvelles perspectives, et cela à plusieurs niveaux : Il faut, d'une part, une maîtrise absolue des finances régionales et d'autre part, œuvrer à un rééquilibrage plus juste et harmonieux de tout notre territoire. Si les politiques publiques mises au profit des guadeloupéens fonctionnent, notre territoire va redevenir attractif y compris pour les touristes.

 

Le bilan de votre adversaire a lourdement été critiqué par votre équipe de campagne. Pourtant en 2010, vous étiez sur la liste de ce même candidat et avez soutenu sa politique. À quel moment avez-vous perçu un décalage entre vous et la politique de Victorin Lurel ?

Je n’ai pas siégé à la Région de 2010 à 2015. Cependant, en qualité de maire, puis de député, j’ai suivi la mise en œuvre du programme qui avait été proposé en 2010. Et j’ai constaté l’écart de plus en plus grand avec les attentes de la population. J’ai également été témoin de la dérive autocratique du chef de l’exécutif régional. Et j’ai vu à quel point l’intérêt personnel pouvait l’emporter sur l’intérêt général.

 

On dit que les grands événements comme les grands hommes arrivent deux fois dans l’histoire, la première comme une tragédie et la deuxième comme une farce. Aujourd’hui, à trois mois de votre élection comment qualifiez-vous cette dernière ? 

Je ne suis pas certain que l’on puisse qualifier un renouvellement normal et démocratique des conseillers régionaux de la Guadeloupe comme un grand événement. En ce qui me concerne, la population vit le résultat du scrutin comme une chance, comme une espérance que nous ne devons pas décevoir.

 

Durant ces élections vous avez été attaqué de tout bord, notamment sur vos compétences à gérer le Conseil Régional, sur votre rapport à la religion juxtaposé à la politique ou encore sur votre profession d’origine… Comment avez-vous vécu cela ?

Je suis au coté de la population depuis plus de trente ans, dont quinze à la tête de la ville de Baie-Mahault et trois ans en qualité de député de la Guadeloupe ! J’ai l’audace de penser que mon action en qualité de maire, puis de député a été positive, d’ailleurs, mes adversaires politiques le reconnaissent, cela a même été un argument dans leur tentative, paradoxale, de démobilisation de l’électorat Baie-Mahaultien : vous avez un bon député-maire, gardez le à Baie-Mahault... Mes compétences, je n’ai pas eu à les déclamer, ma proximité avec notre population lui a permis de juger ma capacité à gérer les affaires régionales. Sur ma religion, tout le monde le sait, je suis croyant. En conséquence je ne dis pas n’importe quoi sur ma foi, ni sur les croyances des autres. Je ne suis pas un missionnaire de Dieu en politique. Je suis charge d’une mission par les électeurs et eux seuls . Par ailleurs, je vous rappelle que la République est laïque ; la laïcité édicte le respect des convictions de chacun. Cela ne doit pas constituer un argument électoral.

"La Guadeloupe a été une puissance agricole, elle peut le redevenir."

98 466 voix, soit 57,49 % des suffrages exprimés. Une victoire écrasante. Toutefois, ne craignez-vous pas que votre élection ne soit que le résultat d’un vote sanction à l’encontre de Victorin Lurel qu’un vote d’adhésion ? 

Il ne s'agit pas d'une victoire écrasante, c'est une élection qui s'est jouée sur deux tours ! Une majorité nette des électeurs s'est prononcée pour notre liste et le projet que nous proposions. Ce résultat m'engage personnellement à continuer à œuvrer, à la tête de l'exécutif régional, à redresser la situation de la Guadeloupe sur tous les fronts en lien direct avec les compétences régionales. Mais je m'attends aussi à être sollicité et n'hésiterai pas non plus à intervenir sur tous les sujets qui touchent aux intérêts de la Guadeloupe et des guadeloupéens.

 

Au-delà de votre élection, le vote Front National semble s’implanter de façon très franche en Guadeloupe et en Outre-mer. Si bien, qu’aux dernières régionales que la liste FN conduite par Stepahn Viennet devançait le PCG et l’UPLG avec 1,40 % des suffrages exprimés. Comment expliquez-vous cela ? 

Nous devons, plus que jamais, être vigilant à l'évolution de la situation du monde en général et de la France en particulier. Notre vigilance, quand à la défense des valeurs sur lesquelles se fondent notre société, doit être redoubler. Les responsables politiques doivent obtenir des résultats, cela devient urgent face aux sirènes qui semblent venir de partout et qui chantent le repli sur-soi et l'exclusion de l'autre.

 

En lisant votre programme on a le sentiment que vous balayez à coup de propositions toutes les problématiques de notre temps : l’agriculture, l’écologie, le tourisme, la formation, l’entrepreneuriat... Aujourd’hui, après le temps électoral avez-vous réellement les moyens de mettre en œuvre ces mesures ?

Lors d’une élection, il faut répondre aux attentes de la population. Pour prétendre à diriger l’exécutif régional, il fallait proposer un projet qui couvre le champ de compétence de la Région. Nous avons un mandat jusqu’en 2021 et nous aurons à voter plusieurs budgets. C’est vrai que par ailleurs, nous héritons d’un lourd passif, avec des engagements importants, parfois pris au dernier moment, juste avant le scrutin. Pour autant, nous engagerons tous les chantiers indiqués pendant la campagne. Je présenterai un bilan annuel à l’Assemblée régionale devant la population. Et enfin, en 2020, nous rendrons compte du bilan de notre mandat.

 

Un changement d’avenir pour la Guadeloupe, doit-il passer par une évolution statutaire ayant pour finalité une indépendance totale ? Ainsi, jugez-vous opportun comme Marie-Christine Mirre Quidal et Mona Cadoce, de rouvrir le débat sur l’indépendance de la Guadeloupe ?  

Cette question n’est pas au centre des réflexions des électeurs. La loi NOTRe à changé la donne en matière de responsabilité locale, appliquons-nous à en tirer le maximum pour la Guadeloupe.

 

Vous avez porté durant ces élections un projet de rupture. Au point que beaucoup vous qualifient d’utopiste et de démagogue. Vous définiriez-vous comme « thatchérien » : symbole de la relance économique britannique ?

Si ceux qui me qualifient d’utopiste étaient majoritaires je ne serais pas le Président de la Région. La population a trouvé notre projet crédible. Mieux, elle l’a trouvé plus crédible que les autres. Quant à la démagogie, elle consiste à dire qu’on continue la même politique, celle qui n’a pas marché, en affirmant que cette fois là, ça va marcher. Notre proposition repose sur trois piliers : Premièrement, sur une vision prospective qui repose sur l'innovation et l'audace pour sortir l’action publique de l’urgence et de la précarité. Deuxièmement, sur un modèle économique, qui met l'économie au service des guadeloupéens en agissant par exemple pour que la commande publique soit au service de l'emploi. Et enfin, transformer le "je" en "nous" pour permettre aux citoyens de prendre part à la décision au lieu de la subir.

 

 

Quelles sont les principales faiblesses de notre économie ?

Nos faiblesses on les connaît depuis plus d’un demi siècle. Un marché restreint, des sources d’approvisionnement lointaines, pas de matières premières stratégiques, du moins à première vue, des productions agricoles fortement concurrencées, une main d’œuvre coûteuse comparativement à certains de nos voisins et concurrents… etc...Une de nos faiblesses emblématiques, est l’insuffisante exploitation des secteurs traditionnels vitaux comme l’agriculture et la pêche. C’est précisément pour cela que nous croyons en l’avenir d’une croissance verte et bleue en Guadeloupe, source d’emplois durables, de sécurité alimentaire et d’un développement harmonieux respectueux de notre environnement.

 

La Guadeloupe possède-t-elle malgré tout des atouts ?

La Guadeloupe regorge d’atouts ! Sa jeunesse d’abord ; plutôt que de nous demander ce que nous pourrions faire pour la jeunesse, nous devrions plutôt nous intéresser à ce que notre jeunesse peut faire pour la Guadeloupe et accompagner leur ambition. Nous avons aussi basé notre projet de reconquête économique sur ce que nous avons appelé la croissance verte et bleue qui s’appuie sur notre biodiversité, notre caractère archipélagique et nos ressources énergétiques endogènes qui de surcroit sont renouvelables. Par exemple, la Guadeloupe a été une puissance agricole, elle peut le redevenir.

 

Vivement critiquer lors de la campagne et peu présenter durant cette dernière. Aujourd’hui, pouvez-vous nous définir clairement les tenants et les aboutissants de ce que vous qualifiez de nouveau modèle économique régional pour la Guadeloupe ?

Nous avons pourtant largement imprimé et distribué notre programme ! Donc nous avons amplement et clairement présenté ce nouveau modèle économique. Je note aussi que pratiquement partout dans le monde, surtout en Europe et en France, les responsables politiques en appellent à renouveler le modèle économique. Notre objectif, au travers de ce nouveau modèle économique, c’est mettre l’économie au service des guadeloupéens et agir de manière à ce que la commande publique soit au service de l'emploi. Nous aurions aimé entendre ceux qui ont fustigé notre proposition de changer notre modèle économique sur les taux de chômage, notamment celui des jeunes de l’île, qui eux, ravagent notre modèle social. Tout cela, dans un contexte de réduction de la dépense publique : 11 milliards d'euros d'économies imposées à toutes les collectivités dans les prochaines années ; ceci alors même que la demande sociale ne cesse de croître. Ces contraintes financières nous obligent à plus d’audace. Autrement l'action des élus se réduira à gérer la misère sociale ! L'épuisement de notre modèle économique met en péril notre modèle social, pouvions nous continuer avec ce dernier ? Notre programme économique consiste, dans un premier temps à investir sur celles et ceux qui créent les emplois. Car sans emploi, il n’y a pas de société dont on puisse garantir la cohésion. Notre avenir repose sur notre capacité à encourager la création de valeur et d’emploi. Miser sur l'innovation et la formation pour soutenir les entreprises fait partie de ce nouvel ordre économique : Ainsi, à travers ses fonds d'investissement, la Région prendra des participations en capital dans les entreprises stratégiques démontrant un potentiel de développement avéré. Aussi, en dimensionnant des fonds d'amorçage pour les primo- créateurs. Une des clés pour l’emploi et pour faire repartir l’ascenseur social est de rendre accessible la formation tout au long de la vie. C’est un droit pour l'épanouissement de chacun d'abord, mais c’est aussi une clef pour la création de richesses dans un monde où la compétence est la principale valeur ajoutée. Et enfin, promouvoir la recherche, c'est réussir la Guadeloupe de demain.

 

Le développement économique de la Guadeloupe peut-il s’inscrire sur le développement de la croissance verte et la croissance bleue ?

Notre développement ne peut que s'inscrire dans le cadre d'une croissance verte et bleue ! Lorsque l'on regarde notre archipel, ce sont ces couleurs qui dominent : notre développement, que nous souhaitons endogène pour qu'il contribue à l'épanouissement de tous les guadeloupéens, doit s'appuyer sur nos atouts ! Nos femmes et nos hommes de Guadeloupe bien-sûr. Notre jeunesse, qui bien formée, sera le principal vecteur de cette croissance verte et bleue. La croissance verte, qui s'appuiera sur notre agriculture, mettra à profit la fertilité de nos sols. Une agriculture saine, au service de la santé et de la sécurité alimentaire des guadeloupéens et qui contribue à tendre vers notre souveraineté alimentaire. C'est aussi accompagner les nouvelles TPE qui œuvrent dans l'agro-transformation et la recherche de produits à forte valeur ajoutée (cacao, fruits.....), La croissance verte encore, dans la valorisation de nos atouts naturels, nos énergies renouvelables à l'instar de la géothermie. L'utilisation raisonnée de la richesse de notre biodiversité pourrait nous assurer un véritable développement durable. Promouvoir la croissance bleue, c'est soutenir la pêche, les nouveaux métiers de la mer, la valorisation du littoral tout en préservant l'environnement. Notre littoral et notre espace maritime regorgent de trésors enviés par le monde entier.

"Sans emploi, il n'y a pas de société dont on puisse garantir la cohésion."

À vous entendre lors des élections régionales, il semblerait que le chômage persistant soit l’un des tombeaux de Victorin Lurel. Ainsi, diriez-vous que ce dernier n’ait rien fait pour lutter contre ce fléau ?  

En onze ans, des choses ont été faites bien entendu. Après, il faut analyser, en termes d’opportunité, de priorité ou de rapport coût efficacité. La lutte contre le chômage doit s’apprécier en fonction des résultats. De toute façon, c’est aux électeurs qu’il appartient de juger l’écart entre les promesses et les réalisations. Leur jugement à été clair et net.

 

Un chômage élevé, une classe moyenne devenue pauvre, un désintérêt marqué pour la politique, une disparité des richesses de plus en plus flagrante, un coût de la vie qui ne cesse d’augmenter... On a l’impression que toutes les données sont réunies pour assister à une véritable explosion sociale. Croyez-vous-en une révolution possible ? 

On annonce cette révolution sociale depuis un demi siècle. La situation sociale difficile que vous décrivez est très ancienne. Une poussée de fièvre est toujours possible comme ce fut le cas en 2009. Notre contribution, nous hommes politiques, consiste précisément à porter des améliorations à la situation pour plus d’équité, pour une société plus équilibrée.

 

Le président de la République a présenté, au mois de janvier dernier, des mesures visant à «inverser la courbe du chômage» avant 2017. Selon vous, le président peut-il réussir son pari? 

Le plan présenté par le Président de la République vise à atteindre, par des mesures d’offres de formation, 500 000 personnes sans emploi. Il faut espérer qu’il permettra d’aider ceux qui sont dans la détresse. Nous attendons d’entre connaître les détails pour en mesurer l’impact sur la Guadeloupe. Pour autant, nous n’avons pas attendu cette annonce pour faire de la formation tout au long de la vie, l’une de nos priorités.

 

De votre coté, quels sont les mesures que vous comptez mettre en place dans l’immédiat afin enrayer ce mal du XXIe siècle ? 

La meilleure arme contre le chômage, c’est la création d’emploi. La mission de la Région consiste à améliorer l‘environnement dans lequel évoluent les entreprises. C’est ce programme que la population a validé qui contribuera au développement économique et à la lutte pour promouvoir l’emploi.

 

Il existe en France « un apartheid territorial, social, ethnique » ce sont les mots employés par Manuel Valls lors de ses vœux à la presse en 2015. Considérez-vous que cette situation d’apartheid décrite par Valls corresponde particulièrement aux Outre-Mer plus précisément en Guadeloupe comme a pu le faire l’historien Pascal Blanchard ?

Si les mots ont un sens, l‘apartheid correspond à une situation de discrimination inscrite dans la loi. Rien de tel ici. En revanche, il s’agit de dérive, d’une situation dans laquelle les handicaps ont tendance à se concentrer dans des zones géographiques, c’est un phénomène que nous observons avec gravité et qui menace de s’étendre.

 

Peut-on également parler de fracture coloniale ?

Les déclarations du Premier ministre que vous avez évoqués visaient des quartiers de villes en France hexagonale. Elles concernent la période actuelle. Toutefois, il est vrai que certaines situations en Guadeloupe étaient déjà connues avant la départementalisation. Il y a fracture sociale, économique voire culturelle. Le fait qu’elles soient anciennes est un motif supplémentaire pour s’atteler à les combattre.

 

Comment envisagez -vous le rééquilibrage territorial ?

C’est l’une des missions de la Région, notamment à travers l’élaboration du schéma d’aménagement régional. Nous connaissons déjà certains objectifs à atteindre car nous connaissons les zones en retard de développement, à commencer par nos îles, Marie Galante, les Saintes et La Désirade. Cela passe par des projets spécifiques aux zones défavorisées ou encore par la qualité du transport. Le rééquilibrage est à organiser avec les collectivités concernées et les communautés d’agglomération.

 

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