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HELEN OYEYEMI, BOY, SNOW, BIRD

26/06/2016

Toute l’œuvre d’Helen Oyeyemi peut se lire comme un palimpseste. Depuis son premier roman, The Icarus Girl (Bloomsbury, 2005, non traduit), composé dans sa dernière année de lycée à Londres et unanimement salué par la critique, la romancière britannique, née en 1984 au Nigeria, n’a cessé de réécrire les histoires qui la fascinent. Ainsi, c’est en lisant The Jumper Tree, de la Britannique Barbara Comyns Carr (Methuen, 1985, non traduit), une variation sur le thème du Conte du genévrier des frères Grimm, qu’Helen Oyeyemi a eu envie d’écrire Boy, Snow, Bird, son troisième roman publié en France. Le conte original met en scène deux enfants dont l’un, « vermeil comme le sang et blanc comme la neige », devient le souffre-douleur de sa belle-mère qui finit par le décapiter. « J’avais hâte d’ajouter ma propre page à ce grand livre que forment toutes les histoires de marâtre », confie Helen Oyeyemi. Dans le premier chapitre de Boy, Snow, Bird, une femme, Boy Novak, nous raconte comment elle a grandi seule à New-York, avec son père, un sordide chasseur de rats. Et comment elle fui cette ville à 20 ans. Longtemps obsédée par els codes du gothique qu’elle manie avec brio dans Le Blanc va aux sorcières, son premier roman traduit en France (Galaade, 2011), Helen Oyeyemi s’amuse à les mêler à ses autres influences. Le résultat, d’autant plus jouissif, se lit comme un jeu de piste, où l’on suit l’héroïne arrivant de nuit à Flax Hill, une petite ville de la Nouvelle-Angleterre.Pour écrire le personnage de Boy, Oyeyemi s’est inspirée de l’actrice Kim Novak, une blonde dont la part sombre fascine. Futée et déterminée, elle séduit aisément Arturo Whitman, un joaillier. L’aime-t-elle ? L’heureux élu n’a qu’un rôle décoratif ? Ce qui nous intéresse, c’est qu’il est veuf et père d’une petite fille, Snow.

 

Chez Oyeyemi, les prénoms sont jamais donnés au hasard et, si l’on ne comprend le sens du prénom Boy que dans le retournement final, le lecteur saisit vite que Snow évoque Blanche-Neige. La première apparition de Snow, dans le salon des Whitman, est teintée d’étrangeté. Elle est décrite comme un « enfant cygne médiévale, à ceci près qu’elle avait les cheveux les plus noirs et lèvres les plus roses possible». Surdouée et secrète, comme toutes les héroïnes d’Oyeyemi, sa blancheur fascine la famille d’Arturo Whitman – composée exclusivement de femmes. « Ce que j’aime dans les histoires de marâtres, explique Oyeyemi, c’est comment la belle-mère questionne les valeurs mises en jeu dans le conte. Blanche-Neige est appréciée parce qu’elle est gentille, blanche et pure. La marâtre a pour mission de la détruire. » Quand Bird, le bébé qu’elle met au monde, se révèle être aussi sombre que Snow est pâle, Boy devient hostile à sa belle-fille. Boy a-t-elle trompé son époux ? Les Whitman mentent-ils sur leurs origines ? La belle-mère décide d’éloigner Snow du foyer conjugal. Moment marquant de l’exil de Snow, la scène où elle ne voit pas sont reflet dans le miroir, manière pour l’écrivaine de sonder l’instabilité de l’identité. Le thème du regard traverse toute la dernière partie du roman écrite dans une veine plus réaliste. Celui que les femmes portent les unes sur les autres, mais aussi celui avec lequel la société américaines façonne les personnages. Bird a al peau foncée et, elle, personne ne veut la regarder. On apprendra que la famille d’Arturo fait partie de ces centaines de milliers de Noirs-Américains qui ont pu se faire passer pour des Blancs au début du XXe siècle. Très clairs de peau, ils ont été considérés comme tels lors de la grande migration des Afro-Américains, du Sud esclavagiste vers le Nord. Constatant qu’il était accepté à l’entrée d’un club de golf, le père d’Aruto a laissé croire. Il n’a jamais revendiqué sa blancheur, mais les autres ont décidé pour lui. Ce silence sur ces origines fait-il de lui un menteur ? L’héritage, l’identité, sont-ils affaire de sang ? Les personnages d’Helen Oyeyemi brûlent d’un seul désir : celui d’être leur propre invention. Jouant des codes, brouillant les pistes, ils ne veulent « venir » que d’eux mêmes.

 

| BOY, SNOW, BIRD, d’Helen Oyeyemi traduit de l’anglais par Guillaume Villeneuve, ed. Galaade 308 pages, 24 €.

 

 

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