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ELLES, RENAISSANCE WOMEN

Tout au long de l’histoire les femmes ont combattu pour conquérir leurs droits, pourtant depuis quelques années, de nouvelles formes de féminisme voient le jour. Leurs principes : allier provocation et atouts féminins en faveur des droits de la femme. Canada, Israël, Tunisie ou encore Ukraine, ces différents mouvements fleurissent un peu partout dans le monde afin de servir la cause des femmes. Mais qu’en est-il de la femme antillaise, celle qu’on aime à qualifier de Poto-mitan, de femme châtaigne : qui tombe et se relève?  Simone de Beauvoir pensait-elle si bien dire lorsqu’elle affirmait : « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devez rester vigilante votre vie durant » ? Pour y répondre, nous sommes partis à la rencontre de trois femmes d’influences. Des muses d’un jour ou de toujours, à la fois intelligentes et audacieuses, insoumises et libres dans leur art de vivre.

Stevy Mahy, vous êtes à l’origine du mouvement « Renaissance Woman », pouvez-vous nous expliquer le tenant de ce dernier ?

J’aime les différentes couches de compréhension contenues dans ce terme. Il y a l'allusion au courant des femmes de l'époque de la Renaissance qui étaient connues pour être polymathes, ayant une curiosité et des connaissances tournées vers de nombreux domaines. Et il y a également la compréhension la plus évidente qui est d'être une femme renaissante ou en renaissance. Accepter d'entrer dans le processus de deuil - à ce que l'on était, ce que l'on attendait de soi, des autres, de la vie…- pour pouvoir briser les cycles dans lesquels on ne veut plus demeurer et renaître. J'ai écrit mon nouvel album Renaissance Woman avec cette vision, d'abord malgré moi et puis ensuite en pleine conscience. Chacune de mes compostions correspond à un état émotionnel précis que l'on retrouve dans le cercle du changement. On passe alors en musique du deuil à l’éveil. 

 

« On ne naît pas femme, on le devient. », écrivait Simone de Beauvoir dans le ‘‘Deuxième sexe’’. Que vous inspire cette phrase ?

Karine Gatibelza. La Femme se construit au fil des années et au fil des expériences. Nous femmes devons d’abord nous affranchir des idées toutes faites qui déterminent ce qu’une femme peut et doit être. À mon sens, plusieurs étapes de la vie permettent à la femme de se sentir Femme. Je pense à un premier emploi, une création d’entreprise, une grossesse, un mariage ou encore un divorce. Ainsi, je dirais que la valeur d’une femme se construit et se prépare dès la naissance. Pour ma part, j’ai eu la chance d’avoir une mère qui m’a très tôt inculqué certaines valeurs qui m’ont rendu Femme. C’est dire combien l’éducation est déterminante dans la formation de la personnalité d’une femme et dans la détermination de sa condition sociale.

 

En tant que Femme avez-vous trouvé votre place dans une société où le débat de genre est omniprésent ?

Nadine Ramin. Je n’ai pas trouvé ma place, je me la suis faite...

Je constate que la société évolue certes, les femmes en intègrent toutes les couches, voir les fonctions les plus importantes, mais restent victimes de nombreux tabous et préjugés. Il faut donc avancer, sans se préoccuper de la place que l’on veut bien nous impartir.

Stevy Mahy. Oui, j’ai trouvé ma place, même si je dois constamment la redéfinir mais finalement cela passe par l’acceptation et l’affirmation de soi .

 

"Nous femmes devons d'abord nous affranchir des idées toutes faites qui déterminent ce qu’une femme peut et doit être.’’

Karine Gatibelza, et vous en tant que chef d’entreprise ? 

Être chef d’entreprise c’est avant tout faire face à de nombreuses difficultés. Et y trouver sa place en tant que Femme s’avère très compliqué, dans la mesure où nous devons constamment nous battre contre certains stéréotypes et nous affirmer avec d’avantage de force qu’un homme. Je dis souvent qu’il faut arrêter d’être victime et cela est aussi valable en tant que femme. Ainsi, je me refuse de me positionner en tant que tel. Mais pour ma part, je pense avoir trouvé ma place dans cette société, de part mon métier qui est aussi une passion et ma position d’entrepreneure. Je parle souvent de dévotion, car au-delà de sa fonction dite d’outil de séduction le maquillage est pour moi un remède. Il s’agit de remettre de l’ordre, de l’harmonie, de recomposer un visage. Il y a dans cette démarche le désir de rétablir de manière visible une identité qui nous échappe. C’est ce qui me fait dire qu’en se maquillant, on se cherche. Ce n’est pas un hasard si en prison ou dans les unités de soins palliatifs, on propose aujourd’hui des cours de maquillage. On voit bien qu’il y a là quelque chose qui touche à l’être et au désir. Désir de vivre ou de revenir à la vie. Il sert à faire émerger des identités profondes – surtout quand elles ont été mises à mal par la maladie, la prison ou la dépression – et à les socialiser. Ce n’est pas futile, c’est essentiel : l’essence de l’être cherche à s’exprimer, à se montrer, à triompher du chaos. C’est pour tout cela que je considère avoir trouver ma place aujourd’hui, pour le bien d’autrui et le plaisir de découvrir un sourire sur un visage après une exécution.

 

Quels sont les femmes qui vous ont permis de vous construire et qui vous inspire encore aujourd’hui ?

Nadine Ramin. Ma grand-mère, ma mère, Oprah Winfrey, de nombreuses femmes avec qui j’ai eu le plaisir de travailler sur des événements, au sein de médias, et dont la force de travail et la ténacité m’ont toujours parlé et inspiré, que ce soit en Afrique, à Paris ou aux Antilles. Beaucoup d’entre elles sont mamans « solos » et mènent de front une vie professionnelle accomplie et l’éducation de leurs enfants. Celles-ci me touchent encore plus.

Stevy Mahy. Les pionnières, les grandes penseuses et celles qui ont posé des actes portés par leurs convictions. Ma mère Gustavie Cham, Maya Angelou, Eartha Kitt... Nous avons la chance en Guadeloupe d’avoir inscrit dans notre inconscient collectif des femmes de pouvoir, influentes et au parcours singulier telles que La mulâtresse Solitude, Gerty Archimède, Lucette Michaux-Chevry ou Maryse Condé pour ne citer qu’elles. Je suis plus généralement inspirée par la femme, les femmes, celles qui ont appris à se relever après la chute.

Karine Gatibelza. Incontestablement ma mère dans un premier temps, car l’éducation que j’ai reçue d’elle a fait de moi celle que je suis aujourd’hui. D’ailleurs, happée par le quotidien je ne lui dis pas assez souvent mais MERCI MAMAN JE T’AIME. Elle est merveilleuse et d’ailleurs toutes les femmes de ma famille le sont, je les considère comme des warriors, et cela avec ou sans hommes à leurs côtés. J’ai aussi de la chance d’être entourée depuis des années de femmes qui m’inspirent tant par leur courage que par leur dévouement au travail. Je puise en chacune d’elles un peu plus d’énergie chaque jour.

 

‘‘ Nous avons la chance en Guadeloupe d’avoir inscrit dans notre inconscient collectif des femmes de pouvoir, influentes et au parcours singulier telles que La mulâtresse Solitude, Gerty Archimède, Lucette Michaux-Chevry ou Maryse Condé pour ne citer qu’elles.’’

Plus de quarante ans après la loi Veil autorisant l’avortement, les femmes se sont-elles réellement appropriées la maîtrise de leur fécondité ? 

Nadine Ramin. Je pense que oui. Celles qui ne le font pas, cela doit être dans l’urgence ou par méconnaissance. Mais donner la vie et assumer la responsabilité d’un enfant ne peut plus et ne doit plus être le fruit du hasard.

 

Aux yeux de certaines femmes, l’islam représente le paroxysme du sexisme. Ainsi, voyez-vous le port du voile comme une insulte à tous les combats des femmes, une forme de recul des libertés des femmes les plus touchées par les inégalités sociales ?

Stevy Mahy. Pour moi la vraie liberté est de donner à l’autre le choix.

Le port du voile quand il est posé comme un acte personnel ne pose en aucun cas un recul des libertés mais rentre dans le cadre de la liberté individuelle. Je pense qu’il faut faire attention à notre vision euro-centrée et parfois infantilisante, on parle trop souvent à la place de ces femmes. La question devrait être posée aux concernées, est ce qu’elles se sentent opprimées ?

Karine Gatibelza. Mon éducation m’a appris la tolérance et le respect des autres. On peut ne pas être en phase avec certaines pratiques sans les juger. Je ne suis pas une féministe dans l’âme. Je suis moi, avec mes forces et mes faiblesses. Et, je demande à ce que ce soit respecté, donc je respecte ceux des autres. Ainsi, dès lors que le port du voile est un choix, je n’y vois pas d’inconvénients. Je n’ai pas de connaissance du Coran et beaucoup trop d’observateurs s’engagent dans des analyses. Lesquelles sont vraies ? Lesquelles sont fausses ? Je ne sais point. Mon seul regret est que dans ces sociétés, l’inégalité homme femme est trop présente. Alors oui, sexisme à son paroxysme.

Nadine Ramin. Toute religion qui entend disposer du corps de la femme, lui dicter sa conduite, la soumettre, la punir, tandis que l'homme a tous les droits, me révulse. Concernant l'islam et le port du voile, je pense que la femme musulmane qui choisit librement de porter le voile, sans le faire sous la contrainte de son mari ou de sa famille, n'est en rien privée de liberté, tant que cela reste son choix personnel. Je ne pense pas du tout que l'islam soit le paroxysme du sexisme. Par contre l'extrémisme religieux sous toutes ses formes - y compris chez les catholiques et les protestants -, oui.

 

Aujourd’hui en France, nous assistons à une nouvelle forme de féminisme «l’afro-féminisme», tentant, enfin, de répondre à la fois au racisme et au sexisme. Est-il en effet difficile d’être femme et noire ? 

Stevy Mahy. Cela me fait sourire, ce prisme euro-centré teinte toutes nos réflexions. Si l’afro-féminisme est récent cela voudrait dire que nos mamans n’étaient pas concernées par leurs droits ? On parle d’afro féminisme déjà dans les années 70, Angela Davis en est l’une des figures emblématiques. On a c’est vrai beaucoup parlé du féminisme porté par les femmes blanches, cela ne veut pas dire que le combat féministe n’existe pas chez les non blanches depuis longtemps. Je trouve effectivement qu’il est compliqué d’être une femme et noire de surcroît.

Nadine Ramin. Difficile, je ne pense pas. À partir du moment où on se connaît, on s’accepte et on s’aime telle que l’on est, tout est possible. L’histoire de la femme noire n’a pas été tendre. Que ce soit pendant l’esclavage, mais encore aujourd’hui où son corps est parfois brutalisé, souillé et utilisé comme arme de guerre. Mais je pense que nous nous réapproprions, notre beauté naturelle (mouvement nappy), notre fierté que ce soit dans le monde du travail ou de la société, et nous refusons de courber l’échine sous le poids des préjugés que l’on veut nous imposer.

 

 

Existe-t-il en Guadeloupe une force féministe ?

Nadine Ramin. Sans doute. Je pense spontanément à Lucette Michaux-Chevry. Cette dame était la figure politique qui a bercé ma jeunesse et incarne un tempérament incroyable. Marie-Josée Pérec, Laura Flessel, de nombreuses chefs d’entreprises ou organisatrices d’événements que j’ai eu le plaisir de rencontrer ces dernières années, incarnent à mon sens un féminisme positif qui veut construire et non revendiquer.

 

La solitude est-elle le prix à payer pour être une femme libre ?

Stevy Mahy. C’est le mythe de la femme libre, mais seule avec ses chats. La liberté peut faire peur à certains et plaire à d’autres. La liberté attire un nouveau type de personnes, on est peut-être moins entouré mais mieux. 

Nadine Ramin. Honnêtement ? Je pense que oui. J’aime les hommes forts et charismatiques. Mais je m’aperçois que peu d’hommes noirs assument une femme forte, ayant de l’aura et qui se réalise à leur côté. Il faut souvent qu’elle soit loin derrière. Ou alors, qu’à un moment, elle soit juste totalement à leur service ou à leurs dépends... Nous les femmes pardonnons tant aux hommes leurs erreurs, tromperies et autres. Mais à l’inverse, on ne nous passe pas la moindre faute. C’est tellement dommage. J’aime à croire que les hommes comme Barack Obama, Will Smith ou Denzel Washington, sachant s’engager et faire équipe avec leur femme en les valorisant, n’existent pas qu’aux États-Unis. En tout cas, je l’espère.

Karine Gatibelza. À chacun de trouver son ou ses alliés. Être entourée ne signifie pas être prisonnière. La détermination et les rêves doivent être partagés dès lors qu’on s’assure d’être entourées des bonnes personnes.

 

Pourquoi est-ce si important que les femmes et les hommes soient sur un pied d’égalité?

Karine Gatibelza. Il y a d’abord une réponse éthique : c’est une question de droits fondamentaux, celui de ne pas dépendre de quelqu’un. Et puis il y a également une réponse utilitariste. Si l’on veut parvenir au développement socio-économique d’un pays voire d’un territoire, il faut que les femmes y prennent toute leur place.

 

Le féminisme du 20ème siècle s’est beaucoup battu pour la liberté individuelle ou l’égalité devant la loi. Puisque cette bataille est en grande partie gagnée, à quoi ressemble le féminisme du 21ème siècle ? Quelles sont ses revendications ?

Stevy Mahy. On reste encore dans une société dont les règles et usages ont été érigés par des hommes, il y a forcément des restes, des diktats. Je pense que le combat d’aujourd’hui est d’assumer qui on est peu importe son genre.

Nadine Ramin. Le féminisme du 21e siècle serait pour l’égalité sentimentale... Dans le monde du travail, les choses bougent, sur le plan légal aussi. Pour moi, la meilleure des revendications féministes envers nos « chers » hommes serait : « traitez-nous comme vous auriez aimé être traité en retour », et tout sera très simple...Car au fond, le féminisme est une utopie. Il n’y a pas lieu de faire des clans mais plutôt de fonctionner en symbiose. 

 

Crédits photos : Focus-fwi

 

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