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EN GUADELOUPE OSONS-NOUS LE FÉMINISME ?

Is Purple the New Black ? Une question pour interroger la teneur de l’engagement féministe en Guadeloupe. Le mauve a longtemps été la couleur des suffragettes en Angleterre. Et j’aime le film The Color Purple de Steven Spielberg qui adapta le livre d’Alice Walker, activiste, romancière et féministe africaine-américaine. La couleur pourpre où l’exploration de la domination, du genre et de la race… Bref ! We are in the thick of things ! (On est dans le vif du sujet !). Donc, est-ce que le mauve est la nouvelle couleur des Noir.e.s en Guadeloupe ? Tout ça pour dire, grosso modo, est-ce que les Guadeloupéennes sont féministes ? Que revendiquent-elles ? Au regard des représentations autour de la figure féminine (autoritaire, pilier de la famille, etc.), les Guadeloupéennes sont-elles des féministes qui s’ignorent ? 

Féminisme, Késako ? En deux mots, le féminisme a pour but d’abolir les inégalités entre hommes et femmes, inégalités dont les femmes sont victimes. Pour la France, il y eut trois phases : Une. « La femme a le droit de monter à l’échafaud, elle a aussi le droit de monter à la tribune ». Déclaration d’Olympes de Gouges qui écrit la ‘Déclaration de la Femme et de la Citoyenne’ en 1791(Révolution Française), Femme ‘libre’ (oui, elle avait des amants !) qui lutte pour le droit de vote déjà, comme pour exister sur les planches de la Comédie Française ! Deux. « La femme n’est victime d’aucune mystérieuse fatalité : il ne faut pas conclure que ses ovaires la condamnent à vivre éternellement à genoux». C’est Simone de Beauvoir auteure du « Deuxième Sexe » qui affirme cela. Ce sont les années 1960, la Libération sexuelle et le Mouvement de Libération des Femmes. On conceptualise patriarcat, sexisme, genre, avortement, contraception, sexualité, procréation, etc. Trois. Dès les années 1970, arrivent les féminismes ethnicisés développés par des groupes de femmes « racisées », avec les grandes vagues de migrations en provenance des anciennes colonies françaises. Guerre froide, Décolonisation et Tiers-mondisation : au milieu de tout ça, il y a le communisme. Intéressantes ces trois phases. Sauf qu’elles ne s’appliquent pas à la Caraïbe francophone ; d’aucuns aimeraient que la calque soit possible. Eh bien non ! Les Départements d’Outre-Mer sont des territoires très spécifiques avec des histoires singulières. Que vivaient les femmes au 18ème siècle ? L’Esclavage pardi ! Enfin, les afrodescendantes plus spécifiquement. Bêtes de somme, elles étaient loin d’être en mesure de revendiquer quelque droit que ce soit. Dans les années 1960, il y a la paupérisation de la population guadeloupéenne, le BUMIDOM, la prolétarisation et la conscientisation.

 

Caribéennes, Féministes et Communistes ! Le féminisme des femmes caribéennes – globalement – est très souvent ancré dans le communisme ambiant. En effet, dans les années 1960-70, il y aura des réformes agraires dans toute la Caraïbe, souvent après le déclin de l’industrie cannière (Cuba ou Guadeloupe) face à la betterave ou et on voit apparaître une mobilisation féminine-féministe d’ouvrières qui se battent pour leurs droits de travailleuses. La femme franco-caribéenne n’a connu que le travail, et n’a pas eu besoin de se battre pour l’obtenir (on l’a battait pour l’obtenir d’elle) : forcé, intensif, domestique, stigmatisant, mais aussi intellectuel ! Nom de Dieu, nous eûmes nombre de cols blancs dès les années 1930-40. Des femmes instruites il y en eut et deux exemples me viennent. Gerty et Gerty illustrent deux périodes féministes franco-caribéennes. Gerty Archimède (1909-1980) fut la première avocate du barreau de Guadeloupe en 1939 et pionnière du féminisme en Guadeloupe. En 1945, elle est élue conseillère générale sur la liste Entente Prolétarienne Sociale-Communiste, membre du PCF-Parti Communiste Français (1946-1951) et l’une des premières femmes députées avec Eugénie Éboué-Tell. En 1953, elle crée en Guadeloupe une fédération de l’Union des Femmes Françaises, affiliée au PCF, qui deviendra l’Union des Femmes Guadeloupéennes par la suite. Au travers de cette Union, elle lutte pour l’extension de droits sociaux à la classe des femmes : la sécurité sociale et le droit à la retraite.

 

En Métropole aussi, les Antillaises sont influencées par le communisme, et s’organisent face à un féminisme blanc et bourgeois qui ignorent leurs problématiques, de couleur, de classe, de race, de femmes racisées en somme. Gerty Dambury, militante de la première heure de la Coordination des Femmes Noires de dire : « Sur le BUMIDOM […], moi, j’ai fait partie d’organisation d’extrême gauche, j’étais carrément à « Révolution ». Je n’ai JAMAIS vumettre à l’ordre du jour la moindre question sur les Antilles. Alors que nous sommes, que nous étions à l’époque encore plus qu’aujourd’hui une colonie à l’intérieur de la République et que nous n’avions pas les mêmes droits […] Il y avait une méconnaissance totale des Antilles, et je dis même une indifférence dans le mouvement sur ces choses-là. » En d’autres termes – et pour faire court – les antillaises sont engagées dans ces années-là et elles sont révolutionnaires, internationalistes, panafricanistes, et pacifistes. Le féminisme a évolué sur deux fronts: la lutte révolutionnaire et au niveau théorique. Au niveau idéologique, les femmes guadeloupéennes s’illustrent pleinement. Les Guadeloupéennes s’impliquent beaucoup en politique. Elles briguent des postes-clés, ne se restreignant pas aux entournures étroites laissées par les hommes dans les petits bureaux de ce monde hyper-phallocrate. Parmi les plus reconnues, figurent : Lucette Michaux-Chevry, avocate de profession, conseillère générale socialiste, secrétaire d’Etat, sénatrice par deux fois (1995 et 2004). Gabrielle Louis-Carabin, d’abord adjointe au maire du Moule, puis mairesse en 1995, et membre du Conseil Régional à maintes reprises. Josette Borel-Lincertin Présidente du Conseil Régional (2012-2014) et aujourd’hui, Présidente du Conseil Départemental. Plus récemment, une autre femme se distingue : Mélina Seymour Gradel. Nous avons déjà cité une des pionnières en la personne de Gerty Archimède. Elle démontre que la jeunesse s’engage. Que les femmes poursuivent leur pénétration de la sphère des décideurs. Entrer en politique est indubitablement un acte féministe.

Potomitan & Féministe ? Simone de Beauvoir écrivit : « La femme est vouée à l’immoralité parce que la morale consiste pour elle à incarner une inhumaine entité : la femme forte, la mère admirable, l’honnête femme etc ».  Cette auteure est franco-française, et elle décrit parfaitement le sort, l’aura, imposée à la mère isolée en Guadeloupe. La mythe – c’est un fait matérialisé, tangible, avéré ! – de la femme « Potomitan », selon l’expression consacrée, sanctifie la mère-courage, isolée, esseulée, combattante. Un modèle que l’on se refuse à déconstruire. Mais, la guadeloupéenne, potomitan, est-elle féministe ? Les valeurs et vertus cardinales – ancrées dans la religion chrétienne qui imprègne la société guadeloupéenne – sont : tempérance, justice, fortitude, et prudence. Quelques-unes sont clairement identifiables dans le profilage de la femme Potomitan. Son ‘manque’ de tempérance sexuelle est entièrement occulté par sa ou ses maternité(s), puisqu’elle fait preuve de fortitude, incontestablement, en tant que femme sanctifiée dans la maternité. Pour les autres, ce sont sans doute des valeurs qu’on lui prête. Le père est absent, car démissionnaire ou démissionné dans le schéma matrifocal. Si la femme Potomitan est esseulée – non pas seule, car l’homme peut la visiter – elle n’en est pas moins soumise à un homme absent, qu’elle soit épouse ou maîtresse. Et l’enfant de cette union – fille ou garçon – héritera d’un schéma familial comme d’une attitude féminine dont la colonne vertébrale est la soumission au patriarcat, par l’acceptation des règles du jeu adultérin.  Rejeter le schéma de l’adultère serait un acte féministe et un pas incontournable pour notre société. La femme potomitan, endure la vie seule, mais n’est pas, selon toute vraisemblance, représentative d’une philosophie ou d’une idéologie visant à équilibrer les relations entre les sexes. 

 

Que revendiquent les femmes guadeloupéennes ? Aujourd’hui dans le paysage culturel et politique, il est possible de voir diverses actions se décliner : des débats et actions de sensibilisation de l’Union de Femmes de la Guadeloupe, dernièrement une mini-conférence par Jénès Gwadloup, des événements le 8 mars, des associations-plateformes d’informations pour les femmes victimes, etc. Oui, il y a des femmes qui produisent des événements qui ont une certaine fibre féministe en Guadeloupe depuis des décennies. Il y en a d’autres qui s’engagent, se mobilisent, sensibilisent, cherchent à réformer, à conscientiser les autres. Pourtant, le féminisme n’a pas pignon sur rue. On ne l’entend qu’en sourdine. Il n’est pas crié, quoique classiquement décrié. En tant que féministe décomplexée, je connais le « ka zo ka mandé anko ». Mais, je ne le vois nulle par faire rage : c’est discrètement dans des salons feutrés et des rencontres convenues que les femmes se rencontrent pour débattre. La révolution peut-elle se réduire à un entre-soi ? Pendant ce temps, en Hexagone, de jeunes afrodescendantes mènent un mouvement de libération sexuelle, de genre, et de race : les collectifs afroféministes MWASI ou les Assiégées (Paris), Les Peaux-Cibles (Rennes) s’illustrent battent le pavé, déclarent leur différence, font la distance de genre avec les hommes comme avec les Cis . Ce contraste est saisissant et résultat du territoire lui-même : la forte droitisation de la France comme le climat réactionnaire et xénophobe alimentent les volontés de différenciation de la part des communautés racisées. Ici, l’atmosphère est plus aux conflits sociaux-ethniques (Béké/Afrodescendants, Patronat/Prolétariat) qu’à amorcer des bouleversements d’ordre sexuel : orientation sexuelle, genre. Ce sont des problématiques qui ne doivent larver que la sphère privée. On ne parle que d’une larve…  L’Omerta est de mise, quand bien même des signaux d’un morse incompréhensible nous aveuglent chez la jeunesse : leurs transgressions sexuelles sont pléthores. Chez les filles également. Mais, comme toute féministe le sait, le privé est politique. Reste à ce que les femmes en capacité de transmettre – grands-mères, mères, tantes, cousines, aînées, etc. – donnent les outils aux jeunes filles et garçons (car on ne peut réformer la société sans eux) afin que le respect de l’autre soit de mise entre tous. Il ne suffit pas de sensibiliser les femmes – même s’il faut s’en faire une priorité – pour que les relations soient plus équitables, et que la société dans son entier offre une égalité d’opportunités à tous les individus qui la constituent. 

 

 

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