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IMPACT DU CHLORDECONE SUR LES MILIEUX AQUATIQUES.

 

La présence de pesticides dans les cours d'eau de Guadeloupe a été découverte au début des années 2000. D'une utilisation passée ou présente, ces pesticides se retrouvent dans l'eau de nos rivières après avoir été épandus sur nos cultures et lessivés par les pluies tropicales. Ces molécules transitent ainsi du sol à la rivière. Trois de ces molécules se retrouvent régulièrement dans les analyses d'eau effectuées par l'Office de l'eau Guadeloupe dans des concentrations supérieures à la concentration autorisée au titre de la directive cadre sur l'eau1. Il s'agit de la dieldrine, du lindane et du chlordécone. Toutes ses substances appartiennent à la famille des pesticides de type organochlorés. Toutes ses molécules sont toxiques pour les organismes aquatiques et très persistantes dans le milieu. Le chlordécone est le produit le plus rémanent et sûrement le plus dangereux pour les poissons et crustacés de nos rivières.  Utilisé en grande quantité dans les plantations bananières pendant une vingtaine d'année, c'est environ 300 tonnes de produit qui ont été déversés sur les sols antillais. Contrairement aux autres pesticides qui polluent les milieux naturels et qui sont progressivement éliminés, le chlordécone se caractérise par un très faible degré de dégradation biotique et abiotique. Ceci est du à sa grande stabilité physique et chimique : il est peu soluble dans l'eau et très faiblement volatile. Il préfère donc se stocker dans des endroits qu'il affectionne comme les matières organiques des sols ou les sédiments des rivières. Cette stabilité physique de la molécule rend compte de sa persistance dans les sols des Antilles. Un modèle d'élution du chlordécone établi en 2004 met en évidence que trois kilos de chlordécone épandus par hectare et par an ne s'éliminent totalement qu'au bout de 7 siècles.

 

Le chlordécone s'élimine donc très lentement des sols, et la concentration dans l'eau y est 10 000 à 200 000 fois moins élevée, mais il n'en reste pas moins présent. Comme ce produit est hydrophobe, il va préférer se stocker dans les chairs, les graisses et le foie des animaux aquatiques. Plusieurs études ont mises en évidence cette biocontamination, c'est à dire les capacités du vivant à retenir les éléments polluants dans son organisme. La biocontamination par le chlordécone est importante. Cette molécule, peu dégradée par l'animal, se retrouve progressivement accumulée à des valeurs dépassant de beaucoup les valeurs de concentration dans l'eau. En fonction de l'espèce, de son régime alimentaire et des caractéristiques de son habitat, la concentration en chlordécone peut être jusqu'à 16 000 fois supérieure à la concentration dans l'eau. Cette biocontamination est accentuée par le cycle biologique particulier des espèces aquatiques des Antilles. Nos poissons et nos crevettes sont des espèces migratrices au même titre que l'anguille. C'est à dire qu'ils ont autant besoin d'eau douce que d'eau salée pour permettre le renouvellement des générations. En général, les adultes vont pondre leurs œufs en haut des rivières, proche de la source. Ces œufs vont descendre le cours d'eau avec le courant pour atteindre au bout de quelques heures à quelques jours l'embouchure. Le plus souvent, Ils atteignent le bas de la rivière sous forme de larves et vont y trouver la nourriture nécessaire à leur croissance : le zooplancton. Après plus d'une dizaine de stade larvaire, le juvénile remontera le cours d'eau jusqu'à la source. Il passera ainsi plusieurs semaines à plusieurs mois en aval de la rivière où la concentration dans l'eau de chlordécone est la plus importante et où sa source primaire de nourriture est également contaminée. C'est à ce stade de leur vie, pendant leur développement, que les individus vont accumuler le plus la molécule.

Prélèvements de pattes de Macrobrachium carcinus par un agent du Parc national pour une étude de l'Université des Antilles sur le chlordécone dans les populations de ouassous de Guadeloupe.  

Une étude récente (2016) démontre l'effet de la chlordécone sur le système hormonal d'une crevette commerciale Macrobrachium rosenbergii, espèce cousine des ouassous des rivières. L'augmentation du chlordécone induit une diminution de l'hormone stéroïdienne déclenchant les mues chez les crustacés et entraîne ainsi une inhibition de l'activité de l'enzyme permettant la dégradation du squelette extérieur des crevettes. Connaître le mécanisme de cette perturbation endocrinienne nécessitera des études supplémentaires mais cette étude prouve que le chlordécone a un bien impact réel sur la croissance des crustacés en bloquant les mues de celle-ci. Cette étude confirme les observations faites par les agents de terrain du Parc national de la Guadeloupe ou de l'Office de l'eau Guadeloupe lors des prélèvements en rivière,  où les femelles de crevette grainée (portant des œufs) sont de très petite taille , équivalente à celle d'un juvénile.

 

La biocontamination engendre un risque sanitaire pour les consommateurs de ces ressources aux Antilles. Pour limiter ce risque, un arrêté interministériel du 30 juin 2008 fixe la concentration maximale autorisée dans les parties comestibles des produits venus de pêche en eau douce à 0,02mg/kg. Cet arrêté est complété par un arrêté préfectoral interdisant la pêche en vue de la consommation humaine ou animales ainsi que la commercialisation en vue de ces mêmes fins sur un certain nombre de cours d'eau en Guadeloupe - renseignez vous auprès de votre mairie. 

 

 

 Illustrations Marie Robert et Axel Rousseau

 

 

 

 

 

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