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LE PRÉLUDE

23/11/2016

 

Tout viendrait de là ! Dans son livre Les Grandes familles politiques de Guadeloupe (L’Harmattan), Jean-Claude Lefort, pose la problématique de l’hérédité en politique à savoir la transmission parentale d’un mandat électif, en d’autre terme le népotisme : le fait pour quelqu’un qui a du pouvoir, d’accorder des faveurs aux membres de sa famille, on parle également de favoritisme familial. L’auteur interroge ainsi un système qui selon lui incite à vouloir conquérir le pouvoir politique à des fins personnelles : Faudrait-il considérer ce pouvoir comme l’instrument idéal permettant d’assurer la promotion des enfants, des membres de la famille et des amis ? Qu’en est-il des compétences et mérites individuels ? Il y exprime également son questionnement sur la façon dont l’appartenance à une famille prestigieuse ou pas, pourrait attribuer une certification liée au droit d’être élu ou désigné dans une démocratie - dite républicaine -, comme la nôtre. En clair, acquiert-on ou pas des compétences à gérer la chose publique par héritage ou selon des dispositions congénitales ? Comme le résume si bien Fred Deshayes l’auteur de la préface, « Ce livre ouvre les portes d’un paradoxe qui remet en cause la puissance du dogme républicain en observant les manifestations dans la vie politique Guadeloupéenne. » Après avoir lu ce bel ouvrage, j’ai eu un sentiment identique à celui de l’auteur de la préface, manifestant sa soif naissante à la lecture des premières pages qui ne fut pas étanchée à la fin du livre. C’est sans doute cela, qui m’a poussé, par défaut professionnel ou simple curiosité, de vouloir réunir dans un même numéro trois de ces « héritiers » politiques : Éric Jalton, Jacques Bangou et Marie-Luce Penchard. Au début l’idée leur a semblé géniale, mais au fil des appels, e-mails et sms, les hommes se défilent pour diverses raisons, parfois politique ou personnelle. Ma chance fût que Marie-Luce Penchard maintienne notre rencontre. Au final, n’est-elle pas la fille de Lucette Michaux-Chevry, la mâle-femme, cette bête politique, celle que tout le monde appelait il fut un temps : l’impératrice de la Guadeloupe ou encore la dame de fer de la Caraïbe. Celle qui fut à tour de combat politique : Maire, la première femme de France à avoir été Président du Conseil Général puis Régional, Député, Sénateur et Ministre. Et surtout, celle qui aura marqué l’histoire politique de la Guadeloupe et qui continue à en tirer les ficelles. Qu’on la déteste ou qu’on l’admire, le lien qui unit les guadeloupéens à cette illustre Femme politique ne s’explique pas. Ces détracteurs, la présentent comme une femme tyrannique, autoritaire, sans-gêne, au caractère éruptif, mais n’en déplaise à certains, même eux, lui reconnaissent le courage, le travail et l’expérience. En vérité, ce qui dérange chez elle, c’est son omniprésence dans la vie politique et sa politique quasi militaire et dictatrice. « En politique, il n’y a pas de place pour les états d’âme. On trace un sillon et on y va. », aime-t-elle affirmer en permanence. Lucette Michaux-Chevry déteste la médiocrité, et elle ne se gêne pas pour le démontrer; d’ailleurs nombreux de ces collaborateurs ont eu l’occasion de recevoir les foudres de cette dernière. En effet, elle aime la perfection à l’image de ses tailleurs Chanel et Lanvin, la rigueur, le travail, le combat politique et surtout la famille. La famille, nous y voilà. S’il est une figure familiale qui lui tient à cœur c’est sans doute celle de sa mère, qui selon ses dires lui a inculqué la volonté de vaincre. Un enseignement qu’elle s’exige de transmettre à ses enfants et aux personnes qu’elle estime. Mère avant tout, puis femme politique, elle a toujours voulu protéger ses enfants, au vu de sa carrière et de ses frasques. Si son fils, a hérité de son goût de l’aventure et de la liberté le menant à une carrière dans l’aviation, sa fille Marie-Luce Penchard semble avoir hérité de son goût pour la politique. Et si en tant que matriarche de la droite locale, elle n’a pu trouver de successeur correspondant à ses critères, elle su voir en sa fille sa légitime héritière. Il n’y pas de hasard, le choix du prénom de cette dernière le démontre bien, Marie-Luce ou doit-on dire Petite Lucette : son sang, ses gênes… Et son talent ?

 

Comme si en son sein elle savait déjà quel serait l’avenir de sa fille : lui succéder. D’ailleurs, Marie-Luce affirme que c’est sa mère en grandissant qui lui a transmis le virus de la politique. Mais sa mère ne lui a pas simplement transmis ce gène de la politique, cette dernière lui a également offert une carrière. Et son parcours professionnel nous démontre bien l’omniprésence de la mère. En effet, durant les années brillantes de Lucette Michaux-Chevry, où rien ne lui résistait, Marie-Luce a pu occuper différents postes administratifs en Guadeloupe : Chargé des statistiques à l’ODT - Office de tourisme de la Guadeloupe - dirigé par Alex Rotin alors Conseiller régional et proche de la mère, Chef des affaires européennes au Conseil général présidé par maman. Arrivée en métropole son parcours fut aussi conduit sous la houlette de sa mère, qui a pu faire jouer de ses contacts au RPR – Rassemblement Pour la République, parti politique classé à droite, se revendiquant du gaullisme, créé en 1976 par Jacques Chirac ancien président de la République et fidèle ami de Lucette Michaux Chevry-, lui permettant ainsi de faire une carrière remarquable dans l’administration et cela jusqu’à son ascension à l’Élysée en qualité de Ministre des Outre-mer sous le gouvernement Fillon. Quelle fierté pour celle qui fut un temps socialiste, puis giscardienne et enfin chiraquienne, de voir le parcours brillant de sa fille. Mais sur le plan local, ce parcours est perçu comme un parjure mettant en cause la crédibilité de la fille, une réalité qui s’est traduite par un rejet aux deux tentatives électorales de cette dernière en Guadeloupe -aux régionales de 2010 et aux législatives de 2010. 

 

 

Après la défaite aux Présidentielles de Nicolas Sarkozy face à François Hollande en 2012, Marie-Luce Penchard de retour en Guadeloupe, en toute discrétion prépare son ascension - avec bien-sur l’aide de sa mère. Alors conseiller régional, elle devient l’opposante directe de l’ancien Président du Conseil Régional de la Guadeloupe Victorin Lurel. Et ce dernier ne lui fera pas de cadeaux. Mais dans sa quête du pouvoir, elle doit faire face au verbiage de la population à son encontre, car pour bon nombre elle serait bien pire que la mère : une femme autoritaire, avide de pouvoir, une fille à maman... Dans son livre Jean-Claude Lefort, se pose la question, à savoir si la mère laisserait les clés de la ville de Basse-Terre à sa fille en 2014. L’histoire à fait les choses, et après avoir succédé à sa mère dans un ministère, elle lui succède à la Mairie de Basse-Terre. Mère fondatrice, Fille récupératrice ? Néanmoins, l’opinion lui reprochera de ne pas avoir eu le courage de mener ce combat politique de façon démocratique. D’aucuns parleraient de supercherie ou d’insulte à la population, tandis que d’autre voit en cela un acte légitime. Pour son entourage, elle aurait la trajectoire, et le mérite requis pour assumer et succéder aux fonctions de la mère. Quoi de plus normal, pour une mère de guider et de tout faire pour aider son enfant. N’a-t-elle pas tous les droits d’action pour l’aider à devenir ce qu’elle veut être. Petite, comment ne pas admirer le cursus d’une mère au parcours politique exemplaire et ne pas vouloir lui ressembler ? En fait, c’est une tentation quasi génétique. Les parents se soucient toujours du devenir de leur progéniture. Mais dans une société démocratique, fondée sur l’égalité des citoyens et la promotion par le mérite, ce favoritisme n’est toléré que s’il est soit discret, soit validé par le suffrage universel. Outre la légitimité de Marie-Luce Penchard à vouloir marcher dans les pas politiques de sa mère et ainsi lui succéder, il est aussi pour elle question de faire perdurer l’entreprise de sa mère, ce patrimoine immatériel, ce savoir-faire politique, le travail accompli après plus de 40 ans de carrière politique. Garder le pouvoir par passion, habitude, pour exister et être content de soi. François Mitterrand, affirmait lors d’un entretien avec Franz-Olivier Giesbert, Le vieil homme et la mort, qu’il existe une forme d’addiction procurée par le pouvoir. « Ce qui intéresse l’homme politique, (…) ce n’est pas l’argent. C’est le pouvoir. Il ne pense qu’à ça tout le temps, jour et nuit. S’il passe ses dimanches à serrer des mains, écouter des raseurs ou faire de la route, c’est pour le pouvoir. S’il sacrifie tout, sa famille, sa santé, sa dignité, c’est toujours pour le pourvoir  ». Politique d’intérêt général ou personnel ? La nomination des « fils de » et « fille de » est une marque de pouvoir, une manière d’affirmer la longévité et l’invulnérabilité ; c’est la façon de s’imposer face à ses adversaires ou critiques, de leur enlever tout espoir de changement et d’alternance ; et, surtout, c’est la défense des intérêts du clan, de la tribu et de la famille.  

 

Bosseuse, tenace, tacticienne et la politique comme seul religion, Marie-Luce Penchard est aujourd’hui la femme politique la plus controversée du fait de sa filiation et l’une des figures les plus incontournables de la classe politique locale. Maire du Chef-Lieu et 2e Vice-Président du Conseil régional, son unique ambition est de tuer la mère politiquement, en d’autres termes, se faire sa place, son prénom ; réinventer les règles en imposant son style et sa différence et surtout réussir maintenant afin d’obtenir des résultats en faisant bouger les lignes. Notez, qu’elle ne parle jamais de celle qui l’a enfanté en utilisant le terme « Mère », mais Lucette Michaux-Chevry. Une façon là, sans doute de faire oublier son appartenance et de se désolidariser des frasques de sa mère. Si une chose est sûre, c’est que Marie-Luce Penchard trace son sillon, prend le risque du jeu politique en s’opposant parfois à celle qui lui a donné le lait. Mais comment exister face à une mère, omniprésente, qui hache et tranche, qui refuse la retraite en rêvant de vengeance électorale et de reconquête du pouvoir ? Clanisme, clientélisme, piston… Les néologismes ne manquent pas pour qualifier le népotisme, ce phénomène qui ronge notre société depuis la départementalisation. Ce dernier pose la question de la crédibilité de ses dirigeants, ainsi catapultés à la tête d’institution sans l’avoir mérité – et parfois sans même être compétents pour exercer de telle fonction. Non seulement le processus est injuste, mais il fait peser le risque d’une mauvaise gestion sur des organismes importants.  Tout projet démocratique crée forcément une élite. À nous d’introduire la variation nécessaire.

 

Le rendez-vous fut donné à 9h30 au Studio Make Up For Ever. Ma rencontre avec elle, fut des plus naturel, il faut dire que je n’étais pas à ma première fois, mais c’est la première où je mettais donné l’ordre de bousculer ses habitudes en lui proposant un autre look. Pari réussi, la femme que je trouvais inaccessible, parfois glacial, met soudainement apparu détendu, cool… Jeu politique, manipulation, ou est-ce simplement elle? Je ne saurai vous dire. Mais si j’ai pu bousculé ses codes vestimentaires, j’ai eu du mal à lui faire répondre  à certaines questions. Notamment sur son avenir politique, son soutien pour les prochaines présidentielles, le déficit de Basse-Terre… J’aurais dû m’en douter, elle m’avait déjà fait le coup en 2013 sur la déclaration de Basse-Terre. Rencontre avec Marie-Luce Penchard, « fille de » se revendiquant majeure.   

 

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