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UN PRÉSIDENT À PART

23/11/2016

 

 

« M. Barack Obama est le résultat à peu près miraculeux, mais si vivant, d'un processus dont les diverses opinions publiques et les consciences du monde ont jusqu'ici refusé de tenir compte: la créolisation des sociétés modernes [...] »

L’arrivée de Barack OBAMA à la Présidence des Etats-Unis d’Amérique fut en 2008 la promesse, l’un des premiers frémissements, brillant et éclatant à l’échelle mondiale, «d’une intraitable beauté du monde ». Ce monde de la diversité des espèces, des cultures, des civilisations, des paysages terrestres et célestes, entre la terre et la mer, les plaines et les océans dans le magma du feu et le charroiement du vent, cette multitude est la plus belle beauté de notre monde, ici là et « isidan ». Comme l’écrit si justement Edouard Glissant, l’élection de Barack OBAMA à la Présidence des Etats-Unis est « le résultat à peu près miraculeux, mais si vivant d’un processus dont les diverses opinions publiques et les consciences du Monde ont jusqu’ici refusé de tenir compte : la créolisation des sociétés modernes. » En 2016, cette Présidence prend fin après l’exercice de deux mandats. Tout naturellement, chaque parcelle de ce tout monde est convoquée à apprécier, comparer, critiquer et juger l’action et l’exercice du pouvoir de Barack OBAMA au regard du capharnaüm des cris et des silences de l’état du monde. 

 

 

Tout d’abord, avant d’émettre quelques sentiments et opinions sur la présidence de Barack OBAMA, rappelons-nous ce que sont les Etats-Unis d’Amérique ? C’est d’abord un Etat démocratique dans sa structure avec ses règles  propres de  fonctionnement et de gouvernement, dans lequel le  Président ne peut faire fi des normes constitutionnelles et de la Politique du Congrès. Or, les Républicains, le parti majoritaire de cette assemblée, sont et sont restés virulents, glaciales  et hostiles à  toute la politique économique et sociale de Barack OBAMA. De même, l’Amérique est un peuple de conquérants, avec une tradition du Far West où a longtemps dominé « la passion de domination raciale ». Or la fin de cette ségrégation ne se décrète pas comme cela, du jour au lendemain ; un décret, une loi, un vote ne suffisent pas à changer de pauvres mentalités. Une loi, un homme, un symbole ne peuvent effacer les conséquences de quatre cents ans d’histoire dans une société dont la mentalité structurale est enracinée dans un imaginaire profondément inégalitaire. De plus, la démocratie américaine est une démocratie foncièrement libérale qui exprime peu d’empathie pour le pauvre, le malade et   le faible. Enfin, à l’échelle du monde, les Etats-Unis exercent une domination certaine sur le plan territorial, financier, économique et stratégique. Longtemps cette Amérique est apparue impérialiste imposant son mode de vie, ses pensées, ses idées par sa force et sa rigidité sans prendre en compte l’opinion des peuples. Longtemps elle avait cette outrecuidance de savoir le sens du bien de tous ces peuples sans en écouter les tremblements, les espoirs et les inquiétudes alors que le monde est d’une complexité grandissante tant dans son corps social que politique. Il nous faut accepter ce monde et sa complexité, ce monde et sa diversité, ce monde et sa cruauté. Si l’arrivée de Barack OBAMA à la Présidence des Etats-Unis est une indéniable photo d’une intraitable beauté du monde, qu’en-est-il de l’exercice du pouvoir de celui-ci à l’aune de cette marche imprévisible, imprédictible et irrésistible de la créolisation de nos sociétés modernes ? Lorsqu’on interroge la communauté noire, celle-ci semble souffrir d’un bilan contrasté de la politique d’Obama. Cette dernière trouve qu’il n’a pas fait assez d’autant plus que cette communauté souffre depuis des décennies quotidiennement de la violence policière. Or, derrière ce voile de mécontentement se cache une autre interrogation fondamentale : la nécessité absolue de chercher et trouver le héros de ces peuples noirs. Nous attendons cet Homme aux qualités exceptionnelles et supérieures comme si ces qualités étaient extérieures à nous même, comme s’il fallait l’opposer à une communauté blanche. Comme l’a exprimé Barack Obama le 28 septembre 2010 avec des électeurs du Nouveau Mexique dans un échange inhabituel « Dieu est dans chaque homme et la force de l’Amérique réside dans la coexistence des nombreuses cultures et religions différentes ».  Nous devons donc attendre tous de nous-même car nous sommes tous des héros en puissance, peut être aujourd’hui en manque de confiance. De même, je trouve qu’il est préjudiciable d’enfermer Barack OBAMA à sa seule et simple couleur de peau car il est bien plus que cela. Il est africain, hawaïn et américain. Il est pratiquant chrétien avec un père formellement de confession musulmane. Il est le miroir de nos lendemains, le chemin d’un ailleurs heureux possible. Il est bien plus que cela. Il est beau, d’une élégante intelligence, brillant de charisme avec une femme « doubout » à ses côtés. Lorsque  nous voyons la misère intellectuelle et idéologique qui nous est proposé pour les prochaines élections américaines, avec un Donald TRUMP dans une radicalité haineuse pleine de mauvais ressentiments et d’une Hillary CLINTON, une oligarque, pas toujours transparente d’honnêteté, je m’interroge sur  l’utilité et le bien-fondé de ces critiques acerbes,   décalés par rapport à la politique de Barack OBAMA. 

 

 

À la tête de l’administration américaine pendant ces huit années, Barack OBAMA n’a pas cessé de mettre en scène, en acte et en discours,  une poétique de la Relation. À cet effet, nous pouvons retenir de son mandat trois points pour apprécier l’apport de sa politique dans  les sociétés du monde moderne et de l’Amérique : son rapport au monde et à l’islam, l’Obamacare et la problématique de la vente des armes aux États-Unis. Dans une Amérique postérieure au  11 septembre 2001, et  un monde en proie aux fondamentalismes religieux, Barack OBAMA  a prononcé un discours d’ouverture au dialogue le 4 juin 2009 à l’Université du Caire, lieu connu pour son activisme anti-américain durant la guerre d’Irak. Ce discours diffusé exprime la volonté de ce nouveau Président de réconcilier l’Amérique avec le monde musulman et de « chercher un nouveau départ » de relation afin de sortir « du cycle de la méfiance et de la discorde » explicitant clairement que « Les États-Unis ne sont jamais en guerre contre l’Islam ». De même, il reconnaît l’apport et la contribution de la culture musulmane à la renaissance occidentale et que ces deux mondes ont des intérêts mutuels et communs tels la Justice, la tolérance, le progrès et la dignité humaine. Ces paroles vont se confirmer en acte, d’une part en décembre 2011 avec le retrait des dernières troupes en Irak, d’autre part en juillet 2015 avec l’accord sur le nucléaire iranien. En effet, ce texte garantit la nature pacifique du programme nucléaire iranien et ouvre surtout la voie à une normalisation des relations économiques et diplomatiques de Téhéran avec la communauté internationale, le tout-monde. En outre, il a refusé une intervention en 2013 en Lybie à la surprise générale et fait part de soumettre cette décision à un vote du Congrès. Il exprime aujourd’hui sa fierté par le fait qu’il a pu être capable de s’abstraire « de la pression immédiate et de réfléchir à ce qui était dans l’intérêt de l’Amérique, pas seulement par rapport à la Syrie mais par rapport à notre démocratie » et que cela « a été l’une des décisions les plus difficiles qui soit » ; et il regrette sur ce point le manque de suivi de la France et du Royaume-Uni. La poétique de relation est aussi l’obstination à ne rien imposer par la force dans une détermination à trouver des solutions inattendues. Aujourd’hui la Russie a offert une porte de sortie en proposant de placer l’arsenal chimique Syrien sous le contrôle international. Enfin, à Cuba, Barack OBAMA s’adresse aux Cubains en déclarant « Nous sommes tous des Américains ». Aussi il renoue les relations diplomatiques ternies par l’opération de 1961 de la Baie des Cochons. Washington lève l’embargo cubain. En relation « la force n’est pas puissance ». La relation est écoute, échange, partage, mélange  et nécessairement un lieu de compromis et d’entente.  Ainsi, il ne convient pas de combattre le monde, mais de combattre avec le monde.  

 

Ensuite, l’Obamacare est la réforme sociale emblématique des deux mandats de Barack OBAMA, promulguée après la grave crise économique de 2008. Elle instaure une assurance santé universelle. Ce n’est certes pas un système de santé publique mais un système où l’État subventionne les familles modestes qui n’ont pas accès aux soins du privé. En ce sens, l’Obamacare est une mise en abyme, en relation par la voie légale de la société américaine avec sa population pauvre et malade, le champ d’un demain possible qui permet à chaque citoyen sans distinction de pouvoir se soigner. Cette réforme était attendue depuis plus de 40 ans, John Fitzgerald KENNEDY et Bill CLINTON s’étaient initiés sur cette voie mais avaient tous deux échoué face à l’hostilité aveuglante des Républicains. OBAMA did it. Enfin, que dire de la relation qu’entretient l’Amérique avec ses armes à feu ? Pendant ses deux mandats, une quinzaine de tueries ont eu cours sur le sol américain. Chaque année 30 000 personnes trouvent la mort par armes à feu aux États-Unis. Cette Amérique à l’accent traditionnel du Far West, de l’argent, des lobbies et du réflexe œil pour œil dent pour dent, protège constitutionnellement le droit de porter une arme. Pour mettre fin « à cette routine » selon l’expression de Barack OBAMA, il va passer outre l’opposition du Congrès et promulguer des décrets qui prévoient la généralisation des contrôles des antécédents judiciaire et psychiatrique d’un futur possesseur d’arme. 

 

Barack OBAMA laissera incontestablement une trace, un sillon, une image sous le limon traversé par les changements, les mutations, les errements et la nécessité de trouver des voies du dépassement, des lieux de rencontres et de délibérations pour que nous saisissions par quelques jaillissements le sentiment de la beauté.

 

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