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LE PARI RÉUSSI DE DONALD TRUMP

 

À l’issue de l’élection de Donald Trump, l’amie d’enfance me confesse : « l’Amérique a montré son vrai visage ». Et pourtant avons-nous oublié que ce pays du monde présenté comme l’une des plus grandes démocraties du monde occidental a une histoire ruisselante de beaucoup de sang ? Le sang des millions d’indiens massacrés pour leur voler leur terre, le sang de ces millions d’africains déportés mis aux fers, « animalisés », méprisés, violés etc. A-t-on oublié que nombre d’Etats du Sud ont converti les arbres en potences destinés à accueillir les dépouilles d’individus simplement parce qu’ils étaient des nègres ? A-t-on oublié que des valeureux militants (es) nègres ont du faire œuvre de résistance active ou passive pour faire reconnaître leurs droits civiques ? A-t-on oublié que dans l’histoire récente du monde que la ségrégation raciale effective a été le fait de l’Afrique du Sud, mais aussi des Etats-Unis d’Amérique ? On peut comprendre que le réveil soit douloureux parce que ce grand pays avait eu l’outrecuidance, oui l’outrecuidance de désigner à sa tête un président d’origine africaine. On a cru à tort que l’élection de Barack Obama aurait balayé de quelques coups de gomme une histoire longue, caractérisée par une vision ethnocentriste. Or le soubassement même de la création des Etats-Unis d’Amérique ne procède pas d’une inspiration humanitaire mais d’une inspiration guerrière conduite par celui qui se dit civilisé et blanc, en considérant que tous les autres hommes sont beaucoup moins que lui. À certains égards, c’est précisément ce discours qui a été développé par le candidat Donald Trump, lui permettant de s’attirer les faveurs de l’insoutenable existence encore aujourd’hui, du Ku Klux Klan. Les « spin doctors » de Donald Trump ont bien compris que l’identité blanche menacée par la démographie véloce des nègres et des latinos devait être mise en évidence au cours de la campagne. Les déshérités blancs ainsi que les possédants blancs ont cherché en Donald Trump le réconfort dont ils ont besoin pour garantir une continuité historique de ce pays, commencé il y a quelques siècles, avec l’arrivée de l’homme blanc. Parallèlement, dans le cadre de l’entreprise de conquête du pouvoir la stratégie ne pouvait se contenter de séduire les seuls blancs.

‘‘Donald Trump a aussi mis en lumière le fait que pour gagner sur le terrain politique, il ne suffisait plus simplement de parler d’économie et de croissance, mais aussi d’une vision particulière de la société dont les racines sont enfouies dans le droit canonique, voire même dans les textes bibliques.’’ 

Aussi, fallait-il également produire et populariser un discours dit « conservateur » sur les valeurs morales qui obtiendrait une écoute qualitative et une adhésion des populations noires et latinos. En récusant l’avortement et le mariage homosexuel, Donald Trump a aussi mis en lumière le fait que pour gagner sur le terrain politique, il ne suffisait plus simplement de parler d’économie et de croissance, mais aussi d’une vision particulière de la société dont les racines sont enfouies dans le droit canonique, voire même dans les textes bibliques. En effet, le président élu des Etats-Unis d’Amérique ne prête-t-il pas serment la main posée sur la bible ? De même, comment peut-on répéter depuis des lustres : « que Dieu bénisse l’Amérique », et dans le même laps temps défier ce Dieu à qui on réclame la bénédiction céleste ? À moins que ce Dieu ne soit pas celui auquel font référence les chrétiens et les personnes d’obédience christiques. L’élection à la présidence, de Donald Trump, souligne l’importance de la dimension religieuse dans cette société qui ne rechigne pas à glorifier les « self-made man » qui sont devenus très riches, tout en valorisant le supra-terrestre confinant au divin, comme un élément structurant de son ordre social. Ceux qu’il est possible de désigner comme « les intégristes de la laïcité» et qui ont pignon sur rue désormais en France par exemple, ne semblent pas avoir d’homologues aussi nombreux dans la société « Etats-uniennes ». Il n’est alors pas inepte d’établir un rapprochement entre le nouveau réveil des thuriféraires de l’ordre moral en France et ailleurs, avec l’alternance finalement prévisible, qui vient de se produire aux États-Unis. Le monde privé de sens dans lequel nous vivons depuis quelques années, cupide, lubrique et décadent n’octroie pas le bonheur attendu par les hommes, qui du même coup, sont en quête d’un modèle politique, économique, social et moral différent. Car en effet, si on peut estimer que le conflit est consubstantiel à la condition humaine (« l’homme est un loup pour l’homme »), le désir de prospérité dans la pacification et la stabilité individuelle et familiale sont tout aussi ardents. Donald Trump a pris le parti d’un discours rassérénant sur la politique intérieure en ne jetant pas aux orties certains préceptes de la doctrine économique protectionniste honni par la globalisation des marchés domestiques.

 

 

On observe, avec une intensité qu’on a encore du mal à mesurer, le rejet d’une politique économique internationale caractérisée par le décloisonnement des frontières, provoquant des conséquences fâcheuses, parmi lesquelles des délocalisations au détriment des États-Unis et au profit de la Chine, de l’Inde, de l’Indonésie etc.  Donald Trump s’est mué, tout en étant candidat, en commandant en chef, se proposant de combattre avec force conviction le terrorisme qui a gagné le sol des États-Unis, non pas en prolongeant les occupations extérieures mais en rétablissant par exemple un dialogue plus fructueux avec la Russie blanche et orthodoxe. En ne considérant pas non plus, par ailleurs, que Bachar El Assad est un affreux dictateur mais avant tout comme un protecteur des chrétiens d’Orient, comme l’ont été en leur temps Saddam Hussein et Tarek Aziz. Les analystes ont très peu noté cette rupture du Parti Républicain dans la manière d’envisager désormais la politique diplomatique avec le monde arabe et perse. Il s’est aussi proposé d’être le défenseur de son territoire national menacé par une immigration, qui trop massive et mal contrôlé, risque de changer l’âme des États-Unis, tout en mettant au grand jour les faiblesses de l’appareil régalien dont le premier objectif est la protection de la patrie. La « Trump-isation » du monde prend la forme du retour d’un discours patriotique qui peut être tenu aussi bien par des modérés que des extrémistes. C’est d’une certaine manière le « come back » de l’État sans altérer l’autorégulation sociale qui conforte la liberté, notamment celle d’entreprendre. A la vérité on peut se demander si Donald Trump innove ou restaure-t-il tout simplement un modèle qu’on avait cru éculé avec la chute du mur de Berlin ? La deuxième emporte notre conviction nous conduisant à citer une nouvelle fois Paul Valéry : « si l’État est fort, il nous écrase, s’il est faible nous périssons ». Les États-Unis d’Amérique ont peut-être tout simplement voulu dire qu’ils ne souhaitent pas périr et leur pays avec !

 

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