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"L’usage de « la primaire » est un viatique qui favorise la confrontation d’idées et les débats en prenant à témoin l’espace public qui sera convié à se prononcer. "

 

Depuis 2012, les « primaires » semblent s’imposer comme étant le meilleur moyen pour les partis politiques dits de gouvernement (Parti Socialiste – Les Républicains) de choisir leur candidat (e) à l’élection présidentielle. Le suffrage universel est alors invité à sceller le sort des appétits aigus divergents mus par la volonté d’exercice du pouvoir, en qualité de chef de l’Etat. Un double filtre citoyen est alors instauré : en amont au niveau des partis, et, en aval, pour l’ensemble de la communauté nationale en âge de voter. Les primaires constituent sans nul doute une nouveauté de la procédure d’accession au pouvoir présidentiel, tout en renforçant le rôle éminent que confère la Constitution aux partis politiques en tant que ferment fondamental de l’assise démocratique. En effet, l’article 4 de la Constitution lui est entièrement consacré : « Les partis et groupements politiques concourent à l’expression du suffrage. Ils se forment et exercent leur activité librement. Ils doivent respecter les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie. Ils contribuent à la mise en œuvre du principe énoncé au second alinéa de l’article 1er dans les conditions déterminées par la loi. La loi garantit les expressions pluralistes des opinions et la participation équitable des partis et groupements politiques à la vie démocratique de la Nation ». Il n’est pas insensé de saluer cette initiative prise par les partis politiques qui a le double mérite de favoriser le débat, partisan et public, et de faire reposer la légitimité du candidat à « la primaire » d’un parti sur le suffrage universel restreint. Au-delà des vertus dont on peut parer ce nouveau filtre civique de désignation du leader du parti en vue de l’élection présidentielle les avis ne convergent pas vers une position unanime. D’aucuns considèrent que les votants ne doivent intervenir qu’à partir du moment où la machine interne au parti à trouver son (sa) candidat (e). A cette première prise de position, d’autres vont objecter que les citoyens sont ceux qui sont les plus qualifiés pour désigner leurs représentants dans une démocratie représentative. Par ailleurs, la question de « la primaire » ouverte ou strictement fermée aux militants se pose avec acuité, si on s’en tient au fait que des électeurs du camp opposé peuvent venir troubler le jeu du parti qui organise sa primaire. On prête en effet, à un contingent qui n’est pas évalué avec précision d’avoir éconduit l’ancien Président de la République, Nicolas Sarkozy, le reléguant en troisième position après François Fillon le vainqueur et Alain Juppé, son challenger perdant. Si le modèle d’inspiration des primaires est bien celui des Etats-Unis d’Amérique, le mimétisme le plus fidèle conduira à préférer l’option de la « primaire fermée » des partis politiques, en estimant que l’ouverture concernant l’élection présidentielle repose sur le premier et le second tour, tel que prévu par la Constitution. De manière traditionnelle, au premier tour, les électeurs expriment leur conviction partisane et au deuxième tour ils peuvent tout à fait s’en détourner, surtout sur leur préférence de cœur et d’adhésion n’est plus en mesure de demeurer au second tour. En abordant les choses de cette manière, c’est-à-dire en glosant sur les modalité d’une pareille pratique, l’envie générale manifestée est plutôt celle de la conserver en l’améliorant, en sacrifiant alors ceux qui en sont les contempteurs.

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« La primaire » est dorénavant, une campagne électorale circonscrite.

 

Le recours à « la primaire », est-ce désormais une obligation ? Il serait péremptoire de l’affirmer et, ce d’autant plus qu’il n’y a pas d’obligation juridique. Pour autant les pages du grand livre d’histoire nationale sont tournées sans que les précédentes ne ressemblent à celles qui sont en train d’être écrites. Il faut vraisemblablement s’interroger sur l’absence de vrais leaders charismatiques et indiscutables dans les partis, emportant pour conséquence de départager la pluralité de candidats par la pratique de « la primaire ». Imagine-t-on Georges Pompidou, François Mitterrand ou Jacques Chirac dans « une primaire » ? Difficilement. Même si ce dernier, a été contesté par Edouard Balladur en 2002 car l’objet d’une duperie des sondeurs. Déjà ! Le PS (Parti Socialiste) était la chose de Mitterrand comme le RPR (Rassemblement Pour la République) a été la chose de Chirac. Ceci étant, le charisme peut être révélé par le rendez-vous annoncé de « la primaire ». Certains candidats vont démontrer leur capacité par l’art oratoire et surtout le contenu de leurs propositions, à démonter le ténor qui était destiné à s’imposer si on était resté dans un processus de désignation interne aux cadres du parti.  Au final, la désignation de François Fillon et de Benoît Hamon, respectivement pour Les Républicains et le Parti Socialiste révèle à quel point le choix de la classe ou caste médiatique, des sondeurs partisans, des « experts » affidés des hiérarques est magistralement contesté. Le citoyen se veut subversif en introduisant des ruptures de choc, car il va proposer des dénouements que l’on n’aurait pas imaginé si l’affaire avait été réglée dans les enceintes privées de ces seuls partis politiques. Cette subversion prenait jusque-là, soit la forme de l’abstention, soit la désertion durable de l’offre bipartisane (Parti Socialiste et Les Républicains) au profit de la montée en puissance depuis 30 ans du Front National. Ce sont bien les coups de boutoir subis par la chose publique en raison de la déliquescence de la vie politique (scandales privés et publics; corruption ; promesses non tenues ; hégémonisme de l’Union Européenne) qui ont créé une distance entre le citoyen et la politique. Les « primaires » apparaissent alors comme un moyen de susciter le débat avant la campagne officielle de l’élection présidentielle. C’est donc un moyen prometteur de tenter de réconcilier les citoyens avec les grands rendez-vous électoraux, notoirement l’élection présidentielle. On peut, toutefois, tout autant imaginer que dans les années futures, l’émergence d’une personnalité charismatique dans l’un ou l’autre parti soit un obstacle dirimant à l’organisation de « primaires», sauf à l’inscrire dans les statuts du parti, lui donnant alors une connotation normative. 

 

L’usage de « la primaire » est un viatique qui favorise la confrontation d’idées et les débats en prenant à témoin l’espace public qui sera convié à se prononcer. Cependant, il existe un risque de schisme à double détente. Tout d’abord, la voie toujours possible de candidatures à l’élection présidentielle en dehors du parti ou de son obédience de pensée (Exemples : Jean Luc Mélenchon; Emmanuel Macron ; Henri Guaino) ou encore le refus dissimulé ou ostensible de se rallier au candidat investi par le corps électoral de « la primaire ». En revanche, comment ne pas reconnaître à « la primaire », la vertu non pas de vouloir diviser mais de susciter le débat, d’alimenter les propositions, de faire intervenir les citoyens ainsi que les discours politiques de ceux qui sont injustement appelés les « petits candidats » ? « La primaire » est dorénavant, une campagne électorale circonscrite. Celle-ci précède la grande campagne officielle pour l’accès à la magistrature suprême, comme en témoigne le succès qu’il rencontre, même auprès d’autres partis que ceux dits de gouvernement. On pense à ce sujet, au cas d’« Europe Ecologie Les Verts » dont le résultat de sa « primaire » préfigurait ce qui allait se produire dans le camp de l’offre bipartisane. Le parti écologiste ayant pris le parti d’écarter Cécile Duflot, la promise de l’establishment, au profit de Yannick Jadot. Non seulement « la primaire » met en lumière le fait que la politique est de toute façon l’art de la communication. En particulier, parce que le système médiatique joue un rôle important, sans avoir forcément prise, sur l’esprit des votants. Mais, c’est surtout désormais un vrai et grand rendez-vous politique dans la vie publique française que n’avait pas subodoré les pères fondateurs de la Vème République.

 

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