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MOONLIGTH, LE SACRE D'UNE AMÉRIQUE...

 

Loin du faste des productions hollywoodiennes, du tumulte et du culte de la polémique, Moonlight est la surprise venue des État-Unis que personne n’avait vu venir. Profondément pudique, juste et charnel, ce film sublime une notion beaucoup trop souvent négligée au cinéma : l’expérience humaine.  Adapté de la pièce de théâtre Black Boys Look Blue de Tarell Alvin McCraney, le film nous fait suivre à travers trois étapes d’une vie le destin tragique de Chiron, un jeune enfant, ado et adulte de la banlieue pauvre de Miami. Pourtant, le prêchi-prêcha moralisateur et le misérabilisme n’ont ici pas droit de cité. À la place, le spectateur est comme invité à partager la vie du protagoniste, à accompagner une trajectoire de vie, qui sans avoir nécessairement de portée universaliste déborde d’un vrai humanisme aussi tendre que tragique. Ancré dans une réalité plus contemporaine que jamais, Moonlight touche à des questions de sexualité, de masculinité, de relation mère-fils et d’identité afro-américiane. Le tout avec une pudeur et une élégance qui manquent à nombre de faiseurs de morale actuelle.

 

 

"Moonlight touche à des questions de sexualité, de masculinité, de relation mère-fils et d’identité afro-américiane. "

 

À l’écran, Barry Jenkins, le réalisateur, suit le héros de près. Filmée en plans rapprochés, chaque action est montrée pour nous immerger dans la vie de Chiron. L’indissociable trio d’acteurs qui interprète le héros (Alex R. Hibbert, Ashton Sanders et Trevante Rhodes), par sa déclamation timide mais surtout ses regards et ses silences, donne une humanité et une véracité folle au personnage. Et si les 3 changements d’acteurs qui s’opèrent ne nuisent pas à la qualité du récit, c’est bien sûr grâce à une direction et un jeu d’acteur maîtrisé, mais surtout grâce à une écriture remarquable qui donne au protagoniste et aux situations qu’il vit une impression de réel véritablement palpable. Une force qui se retrouve aussi dans les autres personnages du film, de la mère instable (Naomie Harris) à la mère adoptive (Janelle Monáe) ainsi que dans celui de Kevin, le seul ami de Chiron lui aussi interprété par 3 acteurs différents (Jaden Piner, Jharrel Jerome et André Holland). Illuminant l’écran avec son charisme mais surtout avec ses fêlures diablement humaines, Mahershala Ali dans le rôle d’un père de substitution est quant à lui éblouissant de justesse. En quelques inflexions de voix et d’yeux baissés, il parvient lors d’une scène avec le jeune Chiron à en dire plus sur son personnage, son histoire et ses tourments intérieurs que n’importe quelle ligne de dialogue. Pourtant, les dialogues eux aussi bénéficient de la même qualité et de la même justesse. Utilisés avec parcimonie, ils permettent également de tisser des liens forts entre les personnages et donnent lieu à de véritables moments de grâce, aussi simples que touchants. Enveloppé par la photo de James Laxton, le film bénéficie en plus d’une image presque charnelle, qui par un jeu de lumière met en avant la couleur de peau de ses protagonistes. Un rendu très sensoriel qui ne manque jamais de lisibilité, même quand l’objectif tremble ou joue sur les effets de flou.

 

 

Au fond, parler de Moonlight est un exercice compliqué tant le film ne repose pas sur un scénario mais sur une atmosphère. Un éloge de la lenteur, de l’observation et du non-dit qui relèvent plus de l’expérience sensorielle intime. Mais au fond, qu’y a-t-il de plus cinématographique que de passer deux heures dans la vie de quelqu’un d’autre, et de ressentir depuis le fauteuil d’une salle obscure une connexion humaine réelle avec un personnage de fiction ? Et cela, en plus de l’avoir compris, Barry Jenkins l’applique avec une force silencieuse et bouleversante. Moonlight a – entre autre – remporté l’Oscar du meilleur film. Une première historique pour un long-métrage centré sur l’homosexualité.

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