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BENOÎT HAMON, LA REVANCHE D'UN FRONDEUR

 

Comme François Fillon à droite, Benoît Hamon a réussi son hold-up sur la primaire de la gauche. Avec près de 60% des voix, la victoire de Benoît Hamon à la primaire de la Belle Alliance Populaire (#LaBAP) est claire et nette. Et les 2 millions de personnes qui se sont déplacées au second tour lui donne une légitimité et une dynamique incontestables. Seront-elles cependant suffisantes pour affronter ses deux concurrents, celui du centre-droit, Emmanuel Macron, et celui de la gauche alternative, Jean-Luc Mélenchon ? La bataille qui s’annonce, à l’intérieur comme à l’extérieur du Parti socialiste, pour la recomposition de la gauche, est passionnante. Elle fait écho aux bouleversements survenus depuis la crise de 2008 dans l’ensemble des sociales-démocraties européennes. Et l’élection présidentielle de 2017 qu’on imaginait écrite d’avance, avec un second tour opposant la droite à l’extrême-droite, parait aujourd’hui plus ouverte que prévu. 

« Oui, je voulais jouer un rôle au gouvernement. Je n’ai jamais postulé à être chef de minorité toute ma vie »

Son ascension. Tout a été longuement mûri. Même s’il a créé la surprise, le succès de Benoît Hamon ne doit rien au hasard. Il suffit de revisiter le parcours de cet éternel jeune homme, pour comprendre qu’il se prépare depuis de longues années à peser sur la ligne du Parti socialiste, voire à le diriger. Son parcours est en effet celui d’un homme d’appareil politique pur jus, sachant manœuvrer habilement dans le marigot de Solferino, entre coups bas et ambitions personnelles. Il fut longtemps celui qui organisait la claque pour les ténors, le leader d’une force d’appoint pour les congrès du parti. Il était lieutenant, mais il aspirait à plus depuis longtemps. Fils d’ouvrier, ce natif de Brest marque le point de départ de sa carrière politique avec son adhésion au Parti socialiste dans les années 80. Dans la foulée, sa participation aux évènements contre le projet de loi Devaquet, lui permet de se faire remarquer des rocardiens, qui l’aideront rapidement à gravir les échelons, jusqu’à le propulser à la présidence du Mouvement des jeunes socialistes (MJS), dont il obtient de Michel Rocard l’autonomie. À la tête de cette formation de 1993 à 1995, son aura ne faiblira pas au fil des générations, comme en témoigne le rôle prépondérant qu’ont joué les jeunes socialistes dans sa victoire. A regardé, à quelques exceptions près, l’équipe du candidat est composée de ses copains de ces années-là, d’anciens responsables du MJS et de l’Unef, avec lesquels il a tout fait. « Hamon est le seul de sa génération à avoir conservé ses bases dans le parti », souligne un pilier du PS. Mais à cette époque, la gauche de Benoît Hamon n’est déjà pas celle du président François Mitterrand, dont il critique les liens passés avec René Bousquet, secrétaire général de la police du régime de Vichy. Et en 1997, la gauche de Benoît Hamon n’est pas non plus celle du premier secrétaire du PS François Hollande et sa légendaire «synthèse» contre lequel, il bataille au côté de Martine Aubry. Cette dernière, le nomme porte-parole du Parti socialiste, quand elle en devient à son tour première secrétaire en 2008. Cette année-là, Benoît Hamon s’engage un peu plus et « gauchise » son discours. C’est le début d’une discrète mais longue ascension jusqu’au sommet. Dès lors, il veut écrire le socialisme à sa manière et, à la suite d’Henri Emmanuelli, il prend la tête d’une motion au congrès de Reims, intitulée « Un monde d’avance ». Résultat, le texte, qui dénonce le capitalisme financier, le diktat libéral et le « toujours moins d’État », obtient 18,5 % des suffrages des militants, et la candidature de Benoît Hamon au poste de premier secrétaire plus de 23 %. C’est à ce moment-là, à 41 ans, qu’il pose les fondations de son succès d’aujourd’hui. 

 

"Les primaires de la droite et de la gauche ont nettement démontré que les électeurs ne veulent plus de cette confusion des idées et des valeurs. Ils veulent le retour à des clivages clairs et précis"

 

La gauche de Benoît Hamon continue de se construire, d’abord au Parlement européen ou il est élu en 2004, avec ses combats contre les paradis fiscaux et le secret bancaire, puis avec le « non» au traité constitutionnel européen, en 2005. Quand Benoît Hamon entre au gouvernement à la suite de l’élection de François Hollande, elle se concrétise dans deux lois touchant le quotidien des Français, l’une protégeant les consommateurs, l’autre étendant l’économie sociale et solidaire. Et après avoir manœuvré avec Arnaud Montebourg pour propulser Manuel Valls à Matignon, celui que l’opinion commence à identifier comme l’aile gauche du gouvernement s’oppose aux choix politiques du premier ministre. D’autant que, chez ses proches, le soutien à Valls ne passe pas. En août 2014, sa sortie spectaculaire du gouvernement, sur une énième demande d’inflexion de la politique économique, le pousse à prendre la tête des « frondeurs » jusqu’aux rangs du Parlement, n’hésitant pas à apposer sa signature à la motion de censure, après le recours au 49-3 pour imposer la loi El Khomri. « Il est ministre de l’Éducation, le plus beau poste pour un socialiste qui veut transformer la société… et il préfère sortir du gouvernement ! », s’indigne François Hollande. Mais, ce dernier ne pouvait pas rester car ces ambitions étaient plus grandes et que pour lui rester, c’était se couper de ses troupes. « Oui, je voulais jouer un rôle au gouvernement. Je n’ai jamais postulé à être chef de minorité toute ma vie », s’explique-t-il. Reprenant son siège de député, Benoît Hamon pose peu à peu les pierres de sa dissidence.

 

 

Dans les coulisses, il s’affaire à peaufiner sa quête en axant sa stratégie autour de deux objectifs : renouer avec les frondeurs et repositionner le parti sur sa gauche. Vainqueur de ce double défi, il est désormais le candidat de la gauche à l’élection présidentielle, après François Mitterrand, Lionel Jospin, Ségolène Royal et François Hollande. Celui que Solferino surnommait jusqu’ici « Petit Benoît » a réussi à ringardiser ses principaux adversaires, à créer en quelques mois une véritable dynamique politique autour de son projet et à incarner un vote identitaire à gauche. La confrontation avec Manuel Valls, entre deux visions du socialisme et deux projets de société, sur la place du travail et de la laïcité, a ainsi tourné à son avantage. Son intuition gagnante a été de sortir du débat de curseur qui a empoisonné la gauche pendant tout le quinquennat. Sa victoire est celle d’une génération qui, de poste d’attaché parlementaire en rôle de conseiller en cabinet, a fait profession de la politique depuis ses plus jeunes années. Cette réussite fort symbolique correspond également à deux phénomènes : le premier, pour reprendre une expression poujadiste, correspond à la logique de « sortir les sortants ». Le deuxième phénomène, c’est le fait de revenir à une position claire du point de vue idéologique, avec une droite qui est une ‘’vraie’’ droite, et une gauche qui est une ‘’vraie’’ gauche. Cette victoire est en effet un réflexe de survie pour le PS. Il revient aux valeurs fondatrices de la gauche, avec des positions idéalistes, qui projettent les électeurs vers l’avenir. C’est une chance pour le PS. C’est d’ailleurs sa seule chance : revenir à ce qu’il est vraiment, un parti conçu pour ‘’changer la vie’’, et non un parti de gestionnaires ou de comptables. Et lorsque la presse internationale évoque Benoît Hamon, au lendemain de sa victoire à la primaire de la gauche le 29 janvier, c’est surtout pour en faire le symbole de la fracture du parti socialiste. «Figure de proue» de la fronde pour The Guardian, Benoit Hamon est sans cesse rattaché à son passé de frondeur, en opposition à son rival malheureux Manuel Valls. Plus largement, il incarne la rupture face à la politique menée par François Hollande, accusé à de nombreuses reprises de trahir les valeurs du Parti Socialiste. « La victoire de Mr Hamon est le signe évident que les électeurs de la gauche veulent une rupture avec la politique du président François Hollande », analyse ainsi le New York Times. Ainsi, après deux quinquennats de triangulation avec des présidents qui ont délibérément occupé le terrain politique de leurs adversaires. Les primaires de la droite et de la gauche ont nettement démontré que les électeurs ne veulent plus de cette confusion des idées et des valeurs. Ils veulent le retour à des clivages clairs et précis.

 

 

À lire : LE DÉFI DE LA GAUCHE, FACE AUX HAMONISTES…

 

 

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