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LES EXTRÊMES... ET NOUS.

 

La campagne des présidentielles est terminée et un nouveau messie est à la tête de la République française. A voir l’engouement que suscite le marcheur en chef, nul doute qu’il a entièrement raison de se qualifier lui-même de Jupitérien (si, si, je demande au lecteur curieux de rechercher par lui-même ce qu’Emmanuel Macron entend par là). Quoiqu’il en soit, les électeurs, à la recherche d’un nouveau souffle, souhaitant donner une leçon aux vieux politiques et en même temps dans l’attente d’un homme providentiel ont validé au second tour de la présidentielle le bulletin de vote du nouvel Obama. Il est vrai que la victoire a été rendue facile au nouveau venu : le candidat des Républicains, très largement choisi lors des primaires de son parti, a fait en sorte, en se maintenant malgré des affaires, SES affaires d’affaiblir considérablement son parti ; le président sortant, François Hollande ne s’est pas représenté ; les primaires de la belle alliance ont consacré Benoit Hamon, honni (puis lâché) par la gauche gouvernementale. S’essuyant sur le pacte le liant à son parti, Manuel Valls a publiquement annoncé qu’il votait Valls dès le 1er tour : le fameux « vote utile » était alors la règle. D’autres, sans l’avoir annoncé publiquement, en on fait de même. Le président sortant fut de ceux-ci. Et puis il est beauuuuuu <3. En conséquence, le benjamin de la compétition s’est retrouvé opposé au Front National et à sa présidente, Marine Le Pen. Marine Le Pen ? 

C'est vrai que nous avons connu un quinquennat Hollande au cours duquel les politiques (incompatibilité pour les Roms de s’intégrer en France selon Manuel Valls, déchéance de la nationalité par François Hollande, esclavage partage de civilisation selon Fillon) et les médias et leurs commentateurs (unes consacrées au péril islamiste, danger du communautarisme en France...) s’en sont donnés à cœur joie. Ça a si bien marché que tout le monde s’est habitué à la présence d’une Le Pen au 2nd tour de l’élection présidentielle. Beaucoup d’enquêtes d’opinion la plaçaient même en 1ère position sans que personne ne s’en émeuve outre mesure. Philippot, Alliot, les filles Le Pen, Collard étaient conviés à la table des médias pour être les idiots utiles du système. Mieux, les candidats de gauche étaient jugés au mieux candides ou naïfs, au pire extrémistes, aussi dangereux que le FN. Malérèzman, pour lui et ses supporters le FN n’a pas réussi à atteindre son objectif qui était de rassembler au moins 40% des suffrages au second tour. Ce score était tellement décevant qu’il a sans doute provoqué le retrait de Marion Maréchal Le Pen (vraisemblablement pour mieux revenir) et l’ire du père Le Pen. Il ne pouvait pas en être autrement de toutes façons : ce parti n’est en aucune façon prêt à gouverner, puisqu’il ne s’appuie pour prospérer que sur de la colère, du ressentiment. Le débat de l’entre 2 tours l’a illustré de façon caricaturale : le Front National, représenté par sa candidate (donc son meilleur élément, imajinéw si sété on dòt moun !) s’est tiré, comme prévu, une belle balle dans le pied. Les 16 millions de téléspectateurs se sont vite rendus compte de la vacuité programmatique de ce parti, mais également de sa non crédibilité à accéder à une quelconque responsabilité. Les vrais racistes et xénophobes de tout poil en sont pour leur compte : yo menm ki yo menm mèt yo ka douté. Ceux qui se sentent déclassés, mis sur le côté, rejetés à cause de ce monde qui va trop vite et qui ont voté FN pourront toujours regarder du côté d’une autre offre politique.

 

« En même temps » (l’expression est certes Jupitérienne, mais aussi consacrée), le parti a, malgré la mise à nue de son vide programmatique sidéral, réussi à coaliser 34% des votants... dont 25 % au second tour en Guadeloupe. Trente-trois mille (33 000 !) personnes inscrites sur les listes électorales en Guadeloupe ont donc, au 2nd tour, glissé un bulletin de vote FN dans une urne. Diantre ! On a donc assisté à une progression fulgurante, extraordinaire du FN. En décembre 2015, ce parti a magistralement obtenu...1,48 % des suffrages au 1er tour des élections régionales (avec un taux de participation flirtant avec les 50 %). Certes, d’autres idées tout aussi nauséabondes étaient présentes, puisque Henri Yoyotte a fait 1,5 % lors de ces mêmes élections. L’extrême droite a donc, au total, rassemblé moins de 3 % des votants, il y a seulement quelques mois sur l’élection locale majeure. Là, lors d’un scrutin national, avec moins de participation, cette même idéologie semble gangréner l’esprit de plus de 13 % de votants au récent 1er tour. 

 

 

Que s’est-il passé en 1,5 ans en Guadeloupe pour que le score de l’extrême droite y soit multiplié par 10, que celui de l’extrême droite soit multiplié par 4 ? Les votants sont-ils différents ? Ils ne voteraient donc pas lors des régionales, locales, mais pour les présidentielles ? Qui sont-ils donc? On pourrait penser que les électeurs guadeloupéens ont alors été touchés... par la disgrâce. Une autre hypothèse est que les mêmes propos nauséabonds, mais tenus par la papesse nationale, plus exposée, plus médiatique donc plus crédible aux yeux de certains ont davantage d’impact sur l’opinion publique locale. Et elle conserve cette crédibilité malgré l’inanité de ses propos que tout le monde, y compris ici a pu écouter. En d’autres termes, le vote LePéniste (mais on le savait peut-être déjà) n’est pas forcément une question d’adhésion au sérieux du programme, mais d’adhésion à la personnalité qu’incarne le Pen et/ou le FN. En passant, on serait curieux de voir le score qu’aurait réalisé ici la boutiquière du FN si elle était venue faire campagne chez nous. Ki vlé di, sé nonm doubout la ki té ka di dènyéman « Nou vlé pa Le Pen an Gwadloup » té ni rézon : plus on est exposé aux discours fétides (et faciles) tenus par ces extrémistes-là, plus certains d’entre nous se laissent enfumer par cette idéologie. C’est donc ici en maintenant que l’on doit s’interroger sur le score du FN en Guadeloupe lors des présidentielles. Car à l’évidence, ce n’est que lors de ce scrutin des présidentielles que les électeurs ont un besoin subit de pousser les feux de l’extrême droite. Je me souviens avec effroi d’une conversation d’avant le 1er tour avec des jeunes lycéennes de Baimbridge ne souffrant d’aucune exclusion : « (...),c’est la 1ère fois que nous allons voter, nous allons choisir Marine ! ». Après un bref passage aux urgences hospitalières je me suis empressé de leur demander la raison de leur choix : « c’est une femme et on comprend ce qu’elle dit ». Mésyé ! Il y a 30 ans, alors que j’étais en terminale, dans le même lycée, je déchirais consciencieusement les affiches de celui qui est brossé aujourd’hui comme un humaniste, mais qui avait eu le tort, à mes yeux, d’avoir parlé de « bruits et des odeurs » .... Pa menm té ni afich a le FN o péyi a lépòk la sa. Alors évidemment, on a le droit de woukler contre les politiques traditionnels, ceux qui se repassent le plat, ceux qui fragilisent toujours les plus faibles. Ceux qui servent leurs intérêts particuliers dans leurs fonctions tout en donnant dans des discours sentencieux (Maréchal nous voilà...). Mé kant menm ! L’offre politique est suffisamment large ! De Artaud, Poutou, Lassale à Mélenchon pour exprimer un besoin de davantage de justice sociale. Nou pa oblijé voté pou moun ki pa ka sipòté sa nou yé paskè nou nèg (afriken lèw vwè nou an Fwans), zendyen (SriLanké), chaben oben milat (arab...). Malik Oussékine n’est pas si loin et même si les followers excités du FN n’ont pas le monopole du racisme ou du rejet de l’autre, force est de constater que c’est chez eux que la parole est la plus libérée ... 

 

A moins que... A moins que les citoyens n’oublient quel est l’ADN du FN. A moins que ce parti, qui a le droit de cité bien évidemment ne soit exposé et considéré comme un autre parti. Là-dessus, la paresse des journalistes est criante. Ici comme ailleurs, sur les plateaux TV, dans la presse écrite, le FN est régulièrement invité à développer ses idées. Et pourquoi pas? Ici même un jeune Guadeloupéen a expliqué son choix du FN avec des arguments qui ne tiennent pas une seconde non pas face à un contradicteur, mais simplement à la lumière crue de la réalité des faits. Mais non, le jeune homme propre sur lui (et donc bankable) n’a jamais été challengé sur...les faits. Il manquerait donc, y compris à nos professionnels, une éducation à l’interview politique (à moins qu’il ne s’agisse de courage ?) afin que le souci d’objectivité n’empêche pas le questionnement. Et si le politainment démocratise la chose politique, il faut au moins en profiter pour que les sujets de fonds soient traités, en laissant un peu de temps aux débatteurs (hein Guadeloupe 1ère ? Un effort please !). A moins que la xénophobie (et non le racisme) continue de faire son lit ici lors des présidentielles. Tous nos malheurs viendraient des haïtiens, des dominiquais, des dominicains qui nous envahiraient (alors que notre pays se vide...). Assez bizarrement, cette xénophobie et/ou ce rejet de l’autre ne s’illustrerait dans les urnes que lors des présidentielles, et non lors des régionales qui connaissent, on l’a vu, un taux de participation plus élevé. A moins que le corps électoral s’exprimant lors de ces 2 scrutins ne soit légèrement différent, certains ne se déplaçant que pour les présidentielles, les scrutins locaux ne les intéressant pas. 

 

 

 

''Ki vlé di, sé nonm doubout la ki té ka di dènyéman « Nou vlé pa Le Pen an Gwadloup » té ni rézon : plus on est exposé aux discours fétides (et faciles) tenus par ces extrémistes-là, plus certains d’entre nous se laissent enfumer par cette idéologie.''

 

Si cette xénophobie prend ici, ce n’est que de notre responsabilité, collectivement. C’est pour cette raison que nous nous devons d’échanger, d’humaniser, de recréer du lien social, d’expliquer. Tout le temps. Pas simplement entre 2 tours d’élections. La challenge est rude : il y a une réelle détresse, il y a des citoyens intimement persuadés que le politique ne sert à rien, il y a des distractions télénovélisées... Pourtant, des pays proches du notre, dans la caraïbe, ne connaissent pas ces votes extrémistes. Est-ce parce que le fait de faire pays est un ciment assez fort pour permettre à leur population d’être suffisamment fière ou optimiste, est-ce parce qu’ils ont mis des moyens, beaucoup de moyens dans l’éducation, y compris populaire (le cas de la Barbade est assez intéressant à ce propos) ? Le fait est que ça marche! Et si nous regardions de ce côté-là, que nous nous faisions confiance, et que nous faisions confiance à l’avenir ? 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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