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20 ANS APRÈS, LES MÉDIAS AUDIOVISUELS PÈSENT-ILS DANS LE DÉBAT POLITIQUE ?

 

Selon la formule traditionnelle, c’est en fouillant dans mon grenier que je suis tombé sur un peu par hasard sur une vraie bonne enquête consacrée au Paysage Audiovisuel Guadeloupéen (PAG) de l’époque.  Publié en décembre 1997 sous la plume de notre consœur   Marie-France Grugeaux   dans « Sept Magazine « (un hebdo qui a depuis sombré corps et biens,) ce long papier très exhaustif passait au crible notre PAG, mais était curieusement très silencieux, sur les rapports entre médias et politique en Guadeloupe. Près de 20 ans après comment le PAG a-t-il évolué ? Quel est le poids de ces médias dans le débat politique ?

 

1997 : Un paysage audiovisuel atone. En décembre 1997 quand paraît l’article cité en référence, 4 chaînes privée made in Guadeloupe se partagent l’audience. Archipel 4 qui appartient à Jacques Fahed, un Guadeloupéen d’origine libanaise ne recueille que 1,6 % de part d’audience. TV Eclair, qui deviendra plus tard ETV, fait 1 %. Canal1O, chaîne de Michel Rodriguez est créditée elle de 3,6 % d’audience. L’A1 chaîne d’un consortium de chefs d’entreprise guadeloupéens (Jasor, Gaddarkan…) domine le lot des privées et, rassemble 19 % et dépasse très largement à l’époque la chaîne cryptée française Canal Plus qui ne fait que 6,7 %, et même RFO 2 qui totalise 5,3%. Mais à l’époque déjà RFO 1 avec 56,6 % écrase toutes les concurrentes. Si l’on s’arrête un bref instant sur le paysage radiophonique, 8 ans après le passage d’Hugo, RCI avec 47,6 % de part d’audience, s’est envolée laissant RFO Radio Guadeloupe à 18,4 %. Loin devant NRJ (8 %), MFM (2,3 %) et Zouk Radio (3,4 %). Tous ces chiffres, faut-il le préciser, sont issus de l’étude d’audience de septembre 1997 fournis par Métridom/Médiamétrie, un organisme franco- français qui fait à l’époque déjà la pluie et le beau temps dans le secteur médiatique. 1997 : Lucette Michaux Chevry encore 7 ans de pouvoir ! Si au plan médiatique, l’atonie est totale, il convient alors de s’interroger sur le paysage politique guadeloupéen, d’avant le 21e siècle. Au plan politique, en 1997, la Guadeloupe est depuis 5 ans déjà sous la coupe de Lucette Michaux- Chevry (LMC). L’avocate Basse-Terrienne, on s’en souvient, en 1992 elle a très largement « bénéficié « de la querelle Fréderic Jalton / Dominique Larifla, deux leaders de la gauche réformiste, pour s’emparer de la présidence de la Région. L’histoire retiendra que Dominique Larifla n’aura pas été totalement étranger à la victoire de la « Dame de fer ». Fin 1997, soit un an avant les élections régionales, LMC s’apprête à rempiler pour encore six ans. En effet, en mars 1998, LMC est réélue dès le 1er tour avec 60 % des suffrages. Jacques Gillot, qui conduisait alors une liste de la gauche traditionnelle (GUSR, PPDG, PS) ne fait pas le poids, il ne totalisera que 9,76 % des voix. Le PCG (de Mona Cadoce) qui commence sérieusement à s’effriter arrivera tout juste à 5,29 % derrière le media -pitre Ibo Simon, qui lui fait tout de même 5,79 %. Enfin, Roland Thésauros, qui mène la liste des nationalistes-électoralistes de UPLG, ne rassemblera que 4,11 % des électeurs … Mais le poids politique de LMC peut expliquer cette atonie des médias. La présidente de la Région exerce en cette fin du 20e siècle un véritable pouvoir de… dissuasion sur une grande partie de la presse.  

 

Qui contrôlait les médias ? Depuis son arrivée à La Région, en mars 1992, LMC qui a  très vite compris l’importance et l’influence de la presse et des médias dans l’exercice du pouvoir politique, s’est attachée à les domestiquer. À Basse-Terre, ETV qui a été l’œuvre des frères Moradel, passe subrepticement sous le contrôle du clan Chevry. En effet, ETV change de braquet. Peu avant l’attribution d’une fréquence officielle par le CSA, le groupe Penchard (proche de LMC) entre puissamment dans le capital de la télévision Basse-Terrienne. Les Moradel sont désormais minoritaires dans leur propre chaîne. LMC est rassurée. L’A1TV chaîne privée dont le PDG n’est autre que José Gaddarkan, - un patron du BTP-  ne cache pas sa proximité avec LMC. Le groupe Gaddarkan prospère et se développe rapidement, car il est très présent sur les marchés des équipements construits par la Région. RCI qui va toujours dans le sens du vent, fait aussi corps avec la politique régionale. Il en est de même pour la presse écrite. « Sept Mag » que dirige l’excellent Jacques Canneval de l’époque, est dans la mouvance régionale et donc très proche de LMC. Le quotidien France Antilles est lui aussi d’un bon soutien à la politique régionale. Bref, LMC peu avant l’an 2000, a réussi à « verrouiller » les médias les plus importants de l’époque. Il n’y qu’à RFO qu’on trouve parfois quelques journalistes en résistance. Mais l’arrivée de l’euro, de l’internet va progressivement contribuer à changer la donne. Car en dépit du silence ou de la complicité objective des médias cités, sur la politique régionale, le second et dernier mandat de LMC sera celui de sa chute politique. Même en ayant la mainmise sur la presque -totalité des médias, LMC ne réussira plus à s’imposer politiquement : pourquoi ? 

 

2017 : Un paysage médiatique totalement bouleversé. 20 ans après. Les rapports entre médias et politique ont-ils alors vraiment changé ? Si on examine de très près le paysage médiatique guadeloupéen, force est de constater qu’il y a eu quelques « réaménagements ». Si Guadeloupe 1re ex RFO Guadeloupe, demeure en position dominante (53 % d’audience en Métridom avril/juin 2017). Il y a eu des bouleversements notables. Archipel 4 et l’A1TV ont disparu du PAG. GTV qui tentera de prendre la succession de l’ex A1TV ne fera pas non plus long feu. Victorin Lurel qui a succédé, en 2004 à LMC à La Région, après avoir assisté sans rien faire à l’agonie en live de l’A1TV de Gaddarkan, a lourdement soutenu et investi Guadeloupe Télévision (GTV en tentant d’en faire une chaine un media au service de la Région. Nouvel échec. Une fois de plus des investisseurs guadeloupéens, tout comme avant eux José Gaddarkan, sans grande expérience télévisuelle, ont voulu essayer, sur les cendres de l’A1TV de « faire » de la télé. Le résultat sera tout aussi catastrophique. GTV est liquidée en avril 2013, deux ans à peine après son lancement. On notera que depuis Felix Proto (Télé Caraïbe), LMC (A1TV) Lurel (GTV) les télés même soutenues et financées par la Région Guadeloupe ne tiennent jamais la route. C’est presque devenu une malédiction. Pourtant après une bataille politico-médiatique sans précédent et la disparition de GTV, la chaîne martiniquaise ATV, débarque en Guadeloupe en mars 2014. De son côté Victorin Lurel et ses proches, sans tenir compte des expériences antérieures, s’étaient remis à la manœuvre pour arracher au CSA une fréquence pour un projet qui s’appelait à l’époque Karukéra Télévision (KTV)

Quelques mois plus tard en novembre 2014 KTV accouche d’Alizés TV une nouvelle chaîne privée dirigée par Robert Moy, un ancien du service public... Depuis, Alizés vivote sans jamais avoir réussi à se faire une vraie place dans un PAG déjà encombré. Il est vrai qu’Alizés qui devait bénéficier d’une puissante aide régionale débarque dans le paysage médiatique, au moment précisément où Lurel se fait lui débarquer de son fauteuil à la Région. ETV qui a quitté le sud Basse-Terrien pour s’exporter à Jarry n’a pas non plus fait la percée espérée dans le PAG et ce en dépit de l’entrée dans son capital de Bruno Blandin (Pdt du MEDEF). C’est une fois de plus la confirmation que les chefs d’entreprise ne maîtrisent aucunement l’audiovisuel en Guadeloupe. ATV (3,9 % d’audience) la chaîne martiniquaise installée en Guadeloupe, et diffusée sur le Sat bien que dirigée par Jacques Canneval, un business -journaliste d’expérience, stagne au même niveau d’audience que Canal 10 (3,8%). Très loin derrière, la chaîne de service public, qui a fait un bon mercato, avec l’arrivée à la rédaction en chef de Michel Reinette (ex France 3). On susurre même ici et là, que Reinette pourrait, peut-être, succéder à Sylvie Gengoul, dont le départ à France 0 a été souvent annoncé…

 

Médias, politiques et réseaux sociaux. L’arrivée à la Région d’Ary Chalus a presque coïncidé avec la montée en puissance des réseaux sociaux et du net, cela au détriment de la presse écrite. Le quotidien France -Antilles qui fut dans le passé un serviteur fidèle et le relais obligé des pouvoirs en place, (Etat/région) n’est plus, en 2017, ce qu’il était. Le journal a connu de nombreuses crises, car faute d’innovation sur le plan rédactionnel, le quotidien cinquantenaire a perdu plus de la moitié de ses lecteurs et pas que… La plupart de ses cadres historiques ont quitté le navire : son rédacteur en chef, Pascal Le Moal, son second Martin Laventure, mais aussi Marcel Gervelas parmi les plus emblématiques… France -Antilles qui a été racheté est donc en état de survie. Les dernières élections régionales ont prouvé si besoin était que l’Internet avait pris une part très importante dans la communication et le débat d’idées. Facebook qui est souvent le siège de « fake news» et d’infos non vérifiées a malgré tout beaucoup pesé. Les médias traditionnels sont de plus en plus concurrencés par les sites internet d’actu, les pureplayers tels Médiaphore, ou Caribcreolenews diffusant l’info en temps réel vont aussi vite que la radio. Pas étonnant que RCI et Guadeloupe 1re les deux radios qui dominent le PAG aient décidé de se mettre, eux aussi, sur le net. La Guadeloupe vit à l’ère du transmedia. Mais derrière, les « deux grandes », il faut tout de même signaler la montée (relative) en puissance de Radio Haute Tension (RHT) ; une radio associative du sud Basse Terre.  Elle a fait son trou depuis quelle est devenue la 3e radio pour le cyclisme. RHT est à notre connaissance la seule radio associative à être très présente sur les tours cyclistes de Guadeloupe, de Martinique, de Guyane, un créneau en or qui a boosté son audience à certaines périodes.

 

Des pressions sur les médias ? On peut penser, que depuis que Lurel et LMC ont perdu leur poids politique, les médias et les journalistes semblent plus « apaisés » dans leur fonction. Les relations entre politiques et médias paraissent moins conflictuelles. Même si de temps à autre, tel responsable de com, ou tel dircab se sent obligé d’interpeller un journaliste pour un « papier » ou un reportage, mais il semble bien que les hommes politiques de la nouvelle génération, ont pour les médias et les journalistes beaucoup plus de respect. De plus, les journalistes ont depuis deux ans mis sur orbite leur bouclier. L’Union des Journalistes et des Médias Guadeloupéens, (UJMG) une institution, qui pèse dans le microcosme médiatique et qui donne effectivement du poids à la stature des médias et des journalistes. Faut-il dés lors penser qu’entre journalistes et classe politique le calumet de la paix a remplacé la hache de guerre ?  Faut-il croire qu’il est devenu moins pesant, pour un journaliste guadeloupéen, d’exercer en toute quiétude son job ? Rien n’est moins sûr, car nombre de nos confrères pratiquent, sans doute à l’insu de leur plein gré, une forme d’auto-censure, et n’osent pas quand il s’agit d’aller à contre-courant, de dire vraiment ce qu’ils ont dans le ventre. Mais attendons les prochaines régionales de 2020 pour vérifier si les choses ont vraiment changé.

 

 

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