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HASHTAG, BALANCE TON PORC

 

« Sur la toile, c’est un déferlement de laideurs et de douleurs. Des femmes vomissent le poids qui pesait sur leur poitrine, l’étau qui enserrait leur gorge, la nausée qui tenaillait et vrillait leurs tripes tout ce temps ».

 

Fameux infâmes. Polanski. Cantat. Allen. DSK. Weinstein. Cosby. Trump. Ces noms vous évoquent forcément des sensations extrêmes. Passions du 7ème Art! Du génie. Des fous-rire et de l’adrénaline. De la fascination ! Et … du dégoût! Devenus synonymes de déviances et de perversité, ils affichent des palmarès à coups d’incestes, d’attouchements, de harcèlement sexuel, de groping, de viols et d’injures en tout genre. « When you’re a star they let you do it » (Quand vous êtes une star elles vous laissent faire) déclarait le Président Trump. Cette seule phrase traduit l’état d’esprit de nombreux hommes célèbres. Qu’ils soient des dinosaures ou des dandys du politique, du Commerce international ou de la Finance, des super étoiles hollywoodiennes, tout leur est permis, car ils ont pouvoir, sex appeal (corollaire de la richesse en vrai) et puissance politique (même le monde du cinéma est politique !). Leur pouvoir et leur influence sont au fondement de toutes les formes de violences qu’ils ont pu imposer. C’est jouissif, comme le sentiment d’impunité que leur procure leur position de dominant est incontestablement addictif. On met la main au panier, mais on dirige une nation. On tue sa femme à mains nues mais on fait les couvertures de magazine. Walk of Shame et Walk of Fame, c’est kiff-kiff. La déviance relève du sensationnel, le moche divertit et fait bander la presse et la jeunesse (et pas que, les vieux aussi). Le vil excitant assouvit la soif de voyeurismes en tous genres. Oui, car le voyeur c’est vous, c’est nous, c’est tous. Épier, observer, taguer, et commenter l’autre. Il faut de la chair, fraiche ou putride, c’est selon. C’est idem. C’est bon. On transfère, on fait circuler, on se gosse, on y va de son analyse. Dans ce contexte de délabrement moral, des mouvements s’organisent et prennent chair dans le virtuel, pour déchouker le mâle, arracher le mal par la racine. Tout commence avec l’affaire Weinstein, et depuis c’est l’avalanche. Depuis quelques semaines, des noms tombent comme des fruits qui attendaient d’être cueillis. Principe de réalité est justice tout de même, non?! Ça ne pouvait pas continuer comme ça, sans séquelles ni conséquences. Des noms s’égrainent au fur et à mesure que les langues se délient pour laisser couler le jus de l’opprobre. Ils avaient un peu trop la gaule facile ces lascars ; alors, elles, femmes, donzelles, sextoys, se saisissent de leur grande gaule pour secouer et déloger ces fruits blets, ces fruits véreux forgés dans le capitalisme puant que la société engendre. Quand vous êtes une star elles vous laissent faire. Non, plus maintenant. Le glas sonne, et les Porcs tremblent et crient ne sachant pas à quelle sauce ils vont être mangés à Noël. C’est samedi ! Et chaque cochon doit se présenter pour payer le tribut du couperet. Les stars balancent leur porc ! La quidam de la rue, les femmes ordinaires, balancent aussi ! Elles se sentent autorisées enfin à les ‘donner’… Une délation salvatrice contre un bourreau trop longtemps jouisseur. Hashtag, BalanceTonPorc.

 

   

 

 

Tague en Recours Collectif ! Sur la toile, c’est un déferlement de laideurs et de douleurs. Des femmes vomissent le poids qui pesait sur leur poitrine, l’étau qui enserrait leur gorge, la nausée qui tenaillait et vrillait leurs tripes tout ce temps. Dans le purgatoire de la respectabilité et de la honte. Anecdotes après anecdotes, on découvre l’ampleur d’un phénomène à travers le mot-dièse – oui c’est la traduction française non utilisée – «BalanceTonPorc ». Et quel phénomène ! Parce qu’a priori, on ne savait pas. Aujourd’hui, en effet, le Hashtag est l’outil incontournable pour le développement d’un mouvement, planétaire. Des actions contestataires et révolutionnaires commencent dans la rue et s’inventent un mot-dièse pour donner de l’amplitude à leur voix, en s’adjoignant celles d’autres, d’elles, d’eux, de tou.te.s. Ils sont les porte-voix d’un procès sociopolitique qui se joue en audience publique, et tous les supporters ou les témoins qui font leurs cette lutte se constituent en recours collectif. Un procès dans les nouvelles règles de l’art : le huis clos de la salle du tribunal est obsolète ; maintenant est venu le temps de la crucifixion publique. On expose vos méfaits, et adieux diffamation et confidentialité, clauses et contrats de non-divulgation. La puissance du hashtag est incontestable. C’est la nouvelle arme d’information et de mobilisation massive : slogan, étendard, cheval de bataille, mode de vie. Il est créé, puis lâché sur la toile via twitter (berceau du mot-dièse) et contamine toute la toile. C’est le but recherché. Ils sont plus que des étiquettes de métadonnées – en quête d’informations – mais une espèce de mot-stickers en contexte. Il sert un objectif précis, d’où l’efficacité de sa concision. Il est «ad hoc, incontrôlé, dynamique, et sert une tendance symbolico-politique». #OccupyWallStreet #BringBackOurGirls #BlackGirlsMagic #BlackGirlsRock #IslandGirlsRock #MillionWomenMarch #BlackLivesMatter #OuvrirLaVoix (Excuse my French ! Oui, je cite ceux qui me parlent le plus, of course). Et ils sont suffisamment forts pour dépasser leurs cercles d’origine. Et ne nous leurrons pas l’internet n’est pas un espace de libre circulation. On peut rencontrer l’autre, dépasser la frontière, sauf quand les grands manitous derrière leur petit écran décident qu’il faut payer pour dépasser ta zone French. Bref, autre, vaste sujet. Donc le hashtag est puissant. Il contamine positivement : il libère les voix.  Beaucoup de ces hashtags nous ont mobilisé.e.s et motivé.e.s jusqu’à créer des avatars français des mouvements étatsuniens. L’impact est bien réel. 

Solidaires #BalanceTonPorc, à l’inverse, nait sur la toile. Du #MyHarveyWeinstein, la journaliste Sandra Muller traduit #BalanceTonPorc et appelle aux témoignages via la plateforme twitter « toi aussi raconte en donnant le nom et les détails un harcèlement sexuel que tu as connu dans ton boulot. Je vous attends ». C’était le 13 octobre 2017. Il était 8:06AM, à Manhattan. 533 likes, 377 partages, 83 commentaires. Elle raconte elle-même – donnant le La – sa mésaventure : « Tu as de gros seins. Tu es mon type de femme. Je vais et faire jouir toute la nuit ». Le ton est donné. Et plus tard, le flux. Ça saigne. Nombreuses, elles livrent leur #MyHarveyWeinstein : Angelina, Lupita, Gwyneth, Cara, Rosana, Paz de la Huerta…et elles sont presque 50 à raconter leur Harvey. Célébrités, Célébrités ! New York, New York ! C’est Glam non ? Les nombreuses séries faites pour la ménagère en mal de sensations fortes ne sont-elles pas l’illustration parfaite que le sordide plait (oui, là je pense à Brooke Logan-Spencer-Forrester). Oui le sordide, le sexy, le romantique des vies de stars. Le public s’en repait. Et pour cause, un site est né, à peine un mois après les premières révélations sur Harvey (je le tutoie, on peut lui retirer toute déférence due à son ancien rang). 

Balancetonporc.com est une invitation à laisser ton témoignage et se vend comme étant le « seul site qui permet aux victimes de harcèlement sexuel, d’agression sexuelle ou de vol de poster anonymement leu témoignage et d’échanger ensemble ». On y trouve une succession d’anecdotes classées par rubriques circonstancielles documentant la géographie du mal : cercle familial, au travail, milieu médical, etc. Où et quand? Comment ? Mon amant, ce porc. Un crocodile à l’université. La grande porcherie. Médecin peloteur. Le clergé…. Et j’en passe et des meilleures…C’est une invitation également à se délecter de ce que d’autres voient comme de l’impudeur. On surfe sur cette déferlante mi-safari de l’abject, mi-montagnes-russes des mœurs, et on a le tournis, la nausée, l’envie de vomir. Mais combien d’autres se moquent, rétorquent, attaquent, et toc ! Au regard des commentaires, on comprend que les haters sont là, les femmes hyper-machistes, et des victimes qui parfois n’en sont pas… 

 

 

 

Déballer son sac et après ? #BalanceTonPorc a eu le mérite – avalisé par le prime-hashtag #MyHarveyWeinstein et les voix de femmes célèbres –  d’ouvrir la voix de milliers d’anonymes en France. C’est tout de même merveilleux que les femmes se sentent le droit soudainement de tout dire. #BalanceTonPorc a eu le mérite de démontrer l’étendue du phénomène qui ne connaît aucune frontière : éthique, familiale, déontologique, filiale, maritale, morale, légale... #BalanceTonPorc a eu le mérite de révéler notre hypocrisie face à la prédation masculine. Combien d’entre nous préfèrent ignorer une telle situation de peur de se retrouver mêlé.e.s à de l’inextricable violence ? Combien d’entre nous jugent les femmes violentées ? Combien d’entre nous questionnent leur légitimité à se plaindre d’un assaillant proche ? Combien d’entre nous préfèrent préserver la quiétude du statu quo, parce que … c’est plus simple, ou a pa zòt ki voyé’y la ? Finalement, BalanceTonPorc fait-il de chacun.e un.e responsable de l’expérience singulière de la victime ? Cela changera-t-il concrètement les comportements délétères et phagocytaires du bien-être de tou.te.s ? Car accepter ou cautionner en ne se positionnant pas permet la reproduction séculaire, transgénérationnelle de ces comportements. Un mot-dièse suffit-il à réellement se positionner et à changer les comportements ? Combien ont-ils/elles de nouveau fermé les yeux après avoir posté leurs commentaires, mis un like, un cœur, commenté avec un peu de baume virtuel ? Combien de femmes ont fait que l’impunité demain sera reléguée au musée des Droits Humains. Ci-git l’impunité. Aucune. Anonymement signifie ni victime, ni agresseur à présenter à un tribunal. #BalanceTonPorc a croisé #MeToo, et l’amalgame est suffisant : Moi aussi, et j’ai vécu ça. Mais, je le laisse courir… Libre et assez heureux de jouir encore de son impunité. D’aucuns s’y sont reconnus et se sont gossés d’un « et alors ? Je peux aussi #BalancerMaTruie !». #BalanceTonPorc c’est une soupape de cocotte (hey-minute !) qui une fois toute la pression, relâchée, se retrouve ouverte révélant son nannan, son for intérieur, et le feu cuisant évaporé, dans la nature. Frais. 

     

Avocate du diable, certes. Pour fuir le binarisme, l’irresponsabilisation, l’ignorance et l’impuissance. L’impunité doit être morte et enterrée. Écrirons-nous son épitaphe ? Déballer et alors ? Si le hashtag a une grande capacité mobilisatrice, il ne devrait pas être un masque, mais un bouclier pour avancer à visage protégé mais découvert. Boxeuses sur le ring. L’internet offre une agora illimitée et anonyme, mais c’est aussi le balai de l’éthique. Impunité et internet rime par essence. C’est une arme fondamentale et nécessaire pour faire campagne. Mais c’est aussi le rempart des faibles (haters et pseudonymes !). Mais dans ce flow continu et incessant d’informations qui nous poussent aux posts en état d’ébriété (addiction quand tu nous tient), notre raison fait parfois défaut. C’est fantastique comme ce mot se répand ! Tiens, partage aussi et intègre un mouvement, positionne-toi. Moi aussi j’ai posté mon #MeToo, mais je n’ai raconté aucune anecdote, car celles-là, je les ai réglées : j’ai tantôt accepté ma responsabilité dans mon non-positionnement face à mon bourreau, tantôt j’ai été jusqu’au commissariat. Et heureusement, maman m’a appris cela. 

Sondage et revue de presse. Si certains bonshommes ont fait un mea culpa s’interrogeant sur leur éventuelle attitude porcine, les autres extrêmement plus nombreux s’en dédouanent et accusent leurs assaillantes.  #ParitéInversée #MoiAussi. Raconter ne suffit pas. Il faut nommer. Porter plainte. Aller au bout pour abattre l’impunité. Et là, on fera réellement bouger les lignes. Le tsunami communicationnel de l’internet aura tôt fait de balayer cet énième scandale. Qui se souvient encore de BokoHaram ? Le tremblement de terre ? Demain est un autre jour et comme dit Noam Chomsky (en gros, je résume) : la TV (ou l’internet) est un divertissement et vous empêche de voir les enjeux réels. Même sous prétexte de se battre, on passe à côté, car derrière des manettes, on ne fait que jouer à un jeu de TV réalité. Tu #OnBalanceDéjàPlusLesPorcs. Le nouvel hashtag a déjà remisé Bibi & Co aux oubliettes. Ah tiens ! On reste tout de même dans le thème =  #Moià11ans. Quand apprendras-tu à ta fille à posséder son corps et son NON et sa voix ? Si Weinstein a été privé de ses galons, trophées, et titres, il n’est pas encore en prison. Mais certaines d’entre elles ont porté plainte… pas toutes. Si la notoriété est à double tranchant, chez les gens ordinaires l’impunité semble plus grande encore… Hashtag, DansLaVraieVie. #LesLoisDuGenreEtNous.

 

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