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PATRICK SAINT-ÉLOI

01/02/2018

 

Parce qu’il est sans doute l’un des plus grands, des plus poétiques et humaniste. Patrick était ainsi fait: sensible, réservé, énigmatique, bienveillant et simple. Forcément émouvant et forcément dérangeant. Toute sa vie durant, il a voulu partager sa musique, ses textes et son envie d’aimer par sa tendresse, par cette sérénité qui lui était propre. Très prolifique, sa musique se déclame comme une poésie pour l’oreille. Des œuvres insaisissables et étonnantes, nourries de multiples influences, dont la beauté des textes rivalise avec celle des plus grands paroliers, ce qui en fait des créations ouvertes, de poésie pure. Berçant depuis les années 80 le monde de son inspiration et de son verbe poétique, PSE appartient à cette génération, qui au même titre que Jean-Philippe Marthely, a marqué une rupture drastique avec le Zouk antérieur en y introduisant une sensibilité, des mots créoles revêt d’une aura de noblesse, des mélodies d’alcôves susurrantes, inspirées de la soul nord-américaine qui, bien loin du « cuisse la » des Aiglons, apparaissent comme totalement nouvelle. Le passage d’une étape dans l’histoire du Zouk qui oscille entre le romantisme et la modernité poétique. Ainsi fut le Zouk Love, comme un idéal de clarté, un art poétique, un mouvement symboliste de la fin du XXe siècle. Une culture musicale hors des champs établis, brandie comme un étendard de l’amour ; la bande-son de notre époque. Auteur, compositeur d’exception, PSE a influencé tout un pan des musiciens qui l’ont côtoyé et tous ceux qui ont grandi en entendant ses mélodies pénétrantes et sa voix inspirée. 

 

« Je me rappellerai toujours de mon premier sentiment pour la musique: je voulais en faire, car j’aimais ça et pas parce que c’était un business. Bien sûr, je dois bien en vivre maintenant que j’en ai fait mon métier, mais c’est l’amour de la musique qui prime. Sans ça, on ne peut pas créer »

Il nous a quitté sûrement trop tôt, à l’âge de 52 ans. Hélas ! Il ne reviendra plus sur scène. Il ne reviendra plus nous donner tout ce qu’il avait : son talent, sa force, son élan, sa générosité, son amour. Il ne chantera plus « Darling », ni « Chiré »… Comme une étoile, il a tiré sa révérence par un silence, il a filé par un merci. Cette histoire, son histoire… commence en 1958, à Pointe-à-Pitre. C’est l’histoire d’un petit garçon anonyme, qui par la musique, sa musique, a su exister, partager et s’ouvrir au monde. Et que rien ne prédestinait à un tel destin.  « Je me rappellerai toujours de mon premier sentiment pour la musique: je voulais en faire, car j’aimais ça et pas parce que c’était un business. Bien sûr, je dois bien en vivre maintenant que j’en ai fait mon métier, mais c’est l’amour de la musique qui prime. Sans ça, on ne peut pas créer », avouait-il, en 2005, au magazine PililiboParti pour Paris, en 1975, à l’âge de dix-sept ans dans le dessein de tenter sa chance et de faire carrière dans sa passion, la musique. Des cours de chant le conduisent à la rencontre de Georges Décimus, bassiste et dénicheur de talent du groupe Kassav’. Un temps leader du groupe Venus One, il intègre, en 1982, la formation Kassav, appelée à inventer le Zouk, comme choriste et devient rapidement l’une des voix majeures du big-bang guadeloupéo-martiniquais dont le succès ne faiblira pas vingt ans durant. « Kassav’ pour moi ça été ma fac, mon université, j’ai appris le métier avec Kassav’. Ça a été la rencontre avec l’Afrique, l’Asie, la Russie...On a fait plusieurs fois le tour du monde, on a vécu des rencontres très enrichissantes pour nous comme artistes » avait confié Patrick Saint Eloi à Grioo.com, en 2007. Il s’y forge alors une image de crooner et lover, usant du registre sensuel pour faire passer la musique zouk à un large public. Kassav’ remplit plusieurs fois le Zénith de Paris et multiplie les disques d’or. En 1985, le chanteur enregistre son premier album solo Mizik Sé Lanmou avec le tube « West Indies ». D’autres albums suivent, dévoilant peu à peu une personnalité plus riche et profonde de l’artiste : A La Demande en 1990, Bizouk en 1992, Zoukamine en 1994 puis Lovtans en 1998. Son premier Olympia donne lieu à une parution live en 2000, suivie de Swing Karaïb en 2002. À partir de cette date, il quitte définitivement Kassav’, de fait la métropole, et se concentre sur sa carrière solo, sortant Plézi, en 2005 et collaborant avec Gilberto Gil. Sa popularité allant grandissant, il remplit le Zénith de Paris en mai 2007 et sort la compilation Zoukolexion. L’année suivante sort un deuxième volume, Zoukolexion Vol. 2. Patrick Saint-Eloi, durant sa carrière n’a jamais cessé de se lancer dans de nouvelles aventures musicales. Car si l’amour, avec un grand A et son angoisse mélancolique, revenaient comme une antienne, il lui arrivait aussi de sortir de ses champs et d’aborder des sujets de société, comme avec les titres « Inceste » et « Réhabilitation ».

« É mwen osi bizwen en ti pôz pou souflé »… Gageons que le temps de cette pause, que notre histoire avec lui ne se termine jamais… « Jòdi-la, mémwa ka nouri lespwa (…) Lespwa sé sa ka rété nou. Lè nou ped on zanmi, on frè, on lanmou. Rann chimen-la tibwen pli dou. Pou atann nou rouvwè on jou » (…) « Chak fwa, on nonm ka kité nou. Chagren é larm koulé pou vou. Pas ou sav, pas ou sav, sa ki ni pli lwen. Lavi ka fini é sav bien, nou ké rouvwè dèmen. » Woulo l’artiste !

 

 

 

« Patrick est très important pour moi, il m’a beaucoup conseillé et épaulé. (…) Je l’ai connu quand j’étais plus jeune. (…) Plusieurs choses nous ont liés très tôt, et cela, bien au-delà de la musique. Pour souvenir, tous les jours, en allant à l’école, je le voyais sur son balcon, et de fil en aiguille nous avons très vite sympathisé. Il faut dire que sa famille connaissait très bien mon père qui travaillait, à l’époque, non loin de chez lui, chez les sapeurs-pompiers. (…) Quelques années plus tard, nous nous retrouvions dans des groupes de chœurs chez Henry Debs et Liso Musique. (…) Je me rappelle qu’avec Willy Salzedo et Christian Joseph Lockel, nous avions eu la chance d’entendre «Fabiola» jouée à la guitare par Patrick sur son balcon. (…) Je garde en souvenir un homme gentil, un peu énigmatique parce qu’il était très timide. On a d’ailleurs très vite compris qu’il était quelqu’un de très réservé, (…) qui, avant de parler ou encore de prendre une décision, réfléchissait beaucoup. (…) J’ai beaucoup aimé la chanson « West Indies », en revanche « You and Me » était l’une de ses chansons préférées. (…) Par sa musique, Patrick a su amener une autre vision de la femme en y apportant de la poésie. Avec lui, la femme n’a jamais été aussi sublimée. (…) Je garde un profond respect pour Patrick, de très bon souvenir. (…) Aujourd’hui, je pense que ses chansons devraient entrer dans notre patrimoine culturel, car il a apporté beaucoup de choses à notre musique. Avec Patrick, on s’est senti fier d’être créole. Fière d’être femme créole, aimée et chantée comme il l’a fait, c’était magnifique ».

Tanya St Val

 

 

 

 

« J’ai vraiment connu Patrick en intégrant Kassav’. Je l’avais rencontré avant sans trop faire attention car je répétais dans une cave dont les frères Décimus étaient responsables, ils en avaient la clef. Patrick jouait dans le groupe de Georges avec César Durcin, et il paraît qu’ils assistaient à nos répétitions… en partie sans doute, car je m’en souviendrais. Etant timide et pas très sure de moi, il paraît que je frimais un peu à l’époque. C’est donc avec Kassav’ que j’ai appris à le connaître et l’apprécier. Je suis arrivée après lui. Mon premier contact avec Kassav’ était en 1980 pour faire les chœurs du deuxième album, mais je n’ai rejoins le groupe qu’en 83, et il était déjà là. J’adorais son premier album « Mizik sé lanmou », « Kriyé », composé par Georges était mon titre préféré à l’époque. Mais « West Indies » n’était pas en reste et est un classique que j’adore. Les chanteurs de Kassav’ se complétaient. Chacun avec un style. Chacun, donc Patrick a pris sa place sans problème. Jean Philippe, avec

« Bel Kréati » a initié le zouk-love et Patrick sur son deuxième album l’a confirmé avec « Balad Kréol ». Les deux amis-frères ont partagé 15 ans le même appartement et ont partagé deux albums, comme Georges et Jacob. 

Le style de Patrick était particulier. Mais là encore, tous les compositeurs de Kassav’ ont leur couleur propre. Le but était de faire de belles choses, de belles mélodies et de beaux textes. Donc il a apporté sa sensibilité, son regard sur le monde dans ses textes, et des mélodies riches, agréables ou énergiques qu’on a envie de fredonner, ou simplement envie d’entendre car elles vous touchent. Il avait une manière de chanter qui en inspire plus d’un aujourd’hui encore, une voix aux sonorités particulières qui a aussi fait des adeptes.Je n’ai pas d’anecdote amusantes comme pourraient l’avoir Jean Philippe ou Georges. Les hommes du groupe étaient plus souvent entre eux ou avec leur femme et mes souvenirs sont professionnels ou des moments lors  des tournées du groupe comme une ballade tous les deux dans une petite Méhari autour de St Barthélémy ou nous avons bien rigolé Patrick et moi. Mais ce qui me touchait le plus : il savait de temps en temps dire de gentils mots lorsqu’il sentait que c’était nécessaire, ou qu’on n’avait pas le moral. 

Nous avons accepté sans discuter son désir de stopper la folle vie de Kassav’ nous menant sans cesse autour du monde. Il m’en avait parlé un an avant, il voulait avoir le temps de rester un peu plus près de sa famille. Le groupe a toujours laissé à chacun sa liberté. Ce fut un choc et après son départ le groupe était comme une main à laquelle il manque un doigt. Il a fallu s’habituer, réarranger notre façon d’évoluer en scène. Personnellement je suis attachée à tous les membres du groupe. Ce sont mes frères. Et nous avons toujours eu du bonheur à nous revoir. Il est venu nous voir en scène lorsque c’était possible et nous avons aussi été le voir.  J’ai fortement espéré qu’il débarque pour le Stade de France en 2009 parce qu’il avait sa place avec nous, personne ne peut la prendre. Son grand départ en 2010 a été bien plus douloureux…»

Jocelyne Béroard

 

 

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