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ANATOMIE, D'UN CRIME DE GENRE

 

Sang. Le corps est là. Il est encore chaud. Il ne refroidit jamais. La présence d’un cadavre ici est fort probable, car en la matière le crime paie trop souvent. Sous le vernis, il y a l’odeur de la charogne qui remonte à la surface : celle de la dignité des femmes en décomposition, et celle de certaines de ces femmes qui finalement passent à l’acte. Et de quel passage à l’acte s’agit-il ? De quel acte s’agit-il? 1. Fuir ; partir. Quitter l’enfer de cet autre, avec enfants, et quelques effets. 2. Tuer, voire exécuter, le bourreau. Bien trop souvent, le sang est la seule alternative. 

 

Une introduction violente, je le concède. Mais comment faire autrement quand on appréhende les violences faites aux femmes ? Lorsque l’on parle de sévices, de persécutions, de tortures psychologiques ? On aimerait que ce soit doux et sexy comme une campagne de sensibilisation au VIH ? On voudrait se voir épargner la substantifique moelle de la chair violentée, de l’esprit profané ? « Je n’ai rien fait à personne, moi ! Je ne me sens pas concerné.e ! ». Mais la violence dans une société est l’affaire de tou.te.s en vérité, car NOUS en sommes toutes et tous les légataires, les héritier.e.s, les vecteurs et les traits d’union.  À travers les lignes suivantes, nous allons procéder à un déchiffrage du crime de genre. Une autopsie du mal de l’humanité (non pas du siècle seulement non…) entre témoignages, points de vue philosophiques et analyse conceptuelle. Hastag « Bae ». Déclarer son amour en ligne est monnaie courante désormais. Sur la toile, clamer haut et fort son éternel engagement, poster des photos de mariage, des enfants sitôt sortis des entrailles de manman (ou presque), de son derrière coquin en train de parfaire sa dorure flattée par un soleil amoureux de ses courbes, est banalité tant sont repoussées les limites de l’intimité. Intimité? Kézako? Qu’est-ce que c’est ? On pourrait croire que la nudité sociale est tellement développée, s’érigeant en règle absolue (You have to show it all to slay ! Tu dois tout montrer pour assurer!), que rien, plus rien ne lui résiste. Et pourtant, il reste quelques domaines où on ne dévoile rien de rien, nada, niente. Le monde de la finance: ouii! Il reste encore des zones d’ombre... Quoiqu’après Wikileaks et ses fuites, on pourrait croire que ça et une fuite anale c’est pareil pour le commun des mortels. Personne ne s’insurge. « Indignez-vous ! » avait écrit Stéphane Hessel, en 2010, invitant les jeunes à trouver un motif d’indignation, car la pire des attitudes est le « je n’y peux rien, je me débrouille ». En gros, chacun.e sa merde, n’est-ce pas ? Fatalisme ou je-m’en-foutisme ? Le domaine où assurément les secrets sont bien gardés : les violences domestiques, les violences de genre. Croyez-le ou non, une femme meurt tous les deux jours sous les coups de son conjoint. En France, plus de cent personnes meurent victimes de leur (ex-)partenaire. Selon le Ministère de l’Intérieur, en 2016, 109 femmes sont tuées par leur conjoint, contre 29 hommes. Oui! Des hommes décèdent aussi. Dans une bien moindre mesure. Mais, par souci d’égalité, lorsque ce sera possible ou nécessaire nous tendions le miroir au genre, pour comprendre comment un même phénomène peut s’exprimer chez les hommes. Ce n’est pas que nous soyons ignorants, mais plutôt que nous agissons en mauvais ‘singes de la sagesse’ : « je ne vois rien, je n’entends rien, je ne dis rien ». Pour ce faire, explorons le phénomène. Et tout d’abord, cadrons. Qu’est-ce que la violence de genre? 

 

 

 

 

CERVEAU. VIOLENCE DE GENRE ? La violence de genre est la violence à l'égard des femmes et englobe tous les actes constituant une violation de leurs droits humains fondamentaux fondés sur le genre : dommages ou souffrances physiques, morales, sexuelles, psychologiques ou économiques,  contrainte ou privation arbitraire de liberté – ou la menace de se livrer à de tels actes. On compte parmi les violences de genre, des phénomènes tout aussi divers que la violence conjugale, le mariage et l'avortement forcés, la prostitution, les mutilations sexuelles et physiques, le viol, le viol conjugal, le viol collectif, l'immolation, les lapidations, les défigurations à l'acide et tout autre crime d'honneur, les attouchements et le harcèlement sexuels, la traite des femmes et les prostitutions. La première fois qu’un homme n’ait jamais essayé d’abuser de moi, il m’a poussée contre un bureau, m’a plaquée contre la table et a relevé ma robe. Il essayait de passer sa main dans ma culotte. J’ai crié et une maîtresse est venue à ma rescousse… J’avais probablement 8 ans. Il semblait être un gentil garçon toutes les fois où nous nous sommes souris sur les bancs de l’école… Il semblait gentil. Depuis, je ne souris plus aux hommes (Joëlle, 42 ans). Les violences de genre sont pléthoriques. Les énumérer, ou les décrire, ne donne qu’un aperçu bref et succinct à celui ou celle qui ne les a pas vécues. Cependant, face aux tressaillements de dégoût qu’elles peuvent provoquer, il est loisible de s’entendre dire que l’on n’a pas envie de porter une culpabilité ou une douleur qui appartiennent à d’autres. La cause féministe vise non seulement à équilibrer le curseur de la parité, mais aussi à dénoncer les diverses formes de violences dont souffrent les femmes, et ce tout au long de leur vie, conditionnant ainsi leur destin. Beaucoup font de la cause des femmes une abstraction, surtout lorsque l’on vit dans un pays où l’on peut jouir de ses droits fondamentaux: en tant que femme (noire), aujourd’hui je peux voter, avoir un compte en banque, travailler et toucher un salaire (les femmes caribéennes ont toujours travaillé ! Toucher un salaire c’est une autre question…), m’exprimer en mon nom propre, avoir des opinions politiques, etc. Il y a encore juste quelques décennies en France, une femme était considérée comme mineure et sous la tutelle de son époux. 

 

Women's rights is not only an abstraction, a cause; it is also a personal affair. It is not only about us; it is also about me and you. Just the two of us" (Toni Morrison). Toni Morrison dit : « Les droits des femmes ce n'est pas seulement une abstraction, une cause; c'est aussi une affaire personnelle. Ce n'est pas seulement à propos de nous. Il s'agit aussi de toi et moi. Juste nous deux ». S’il est vrai que les violences de genre constituent aujourd’hui  une cause – plus grande que chacun.e de nous –, il est aussi vrai que la racine de sa raison d’être (la violence) s’inscrit en chacun.e de nous également. Nous en sommes la jointure, le point d’achoppement et le vernaculaire (le vecteur de transmission, oral, physique). Cette phrase de Morrison fait la lumière sur l’essence même des violences de genre : la relation. Toi et moi, d’abord, avant le monde. La première sphère de socialisation qu'est la famille appartient à la société – participe de son système – puisqu’elle en pérennise les codes. Les schémas et les assignations de genre sociétaux s’ancrent à travers les générations, même quand elles changent sensiblement les (contre-)stéréotypes. Toutefois, ce peut aussi être un lieu de résistances. Au sein de la famille, des règles propres peuvent s’élaborer et contrevenir à la norme dominante. En somme, la racine du mal se situe d’abord dans le couple : toi et moi. C’est au cœur du foyer que se joue sans doute la majeure partie des conflits de sexe. Les joutes de pouvoir sont présentes dans le monde comme dans le couple. Explications. Finalement, le grand principe de protection – dirais-je de ‘protectorat’ – bien trop souvent mis en relief pour le continent africain est aussi valable en Europe et partout dans le monde. Lévirat (oblige la veuve à épouser le frère de son défunt mari pour continuer sa lignée), sororat (oblige le mari à épouser les sœurs cadettes de son épouse, vivante ou défunte), et autres formes de polygamies découlent du précepte qu’une femme doit absolument être protégée. Et quid de la polyandrie, me dira-t’on ? Rare. C’est le terme le plus usité à évoquer cette forme d’union de groupe. Les raisons qu’une femme ait plusieurs époux relèvent de circonstances particulières : vie pastorale, majorité d’hommes dans la population, les conditions économiques, etc. La filiation, elle aussi, s’organise de différentes manières : soit que les maris soient tous pères, ou le droit d’aînesse prévaut en la matière désignant le plus âgé comme père. En somme, les schémas matrimoniaux sont souvent tributaires des conditions socioéconomiques : protection, patrimoine, Ce sont l’évangélisation et l’islamisation, bien souvent, qui vont uniformiser la conception, la conformité et les modalités du mariage. La cause féministe a sa raison d’être partout dans le monde, car il n’est pas un pays où la situation des femmes ne soit pas perfectible, voire contestable. On embrasse la cause, comme on aborde cette problématique de manière globale. La globalisation semble magnifier – au sens de grossir à la loupe – les problématiques des femmes par le biais des réseaux d’information et des nouvelles technologies. Mais elle tend également à faire de cette question un générique : la violence de genre, un grand fourre-tout ? Ou une étiquette générique qui pourrait invisibiliser les réels contours des phénomènes concernés qui, s’ils procèdent du même fondement, se manifestent sous des traits tout à fait singuliers. Par exemple, concernant l’excision : dans quelle aire géographique, à quelle époque et dans quel contexte sociopolitique (Afrique du 20e siècle ? Europe du 19e siècle)? On ne chercherait pas ici à le justifier, mais à mettre en lumière les contours du phénomène. Sous-jacents, nous le disions quelques lignes plus haut : le même fondement. Quel est le fondement des violences (de genre) ?

 

 

 

« Il me faisait rire. Et je me sentais belle avec lui… Il me disait des jolies choses… Je me sentais importante. Enfin… Il me protégeait des autres personnes… jalouses de moi. Il m’a fait comprendre que je n’avais besoin que de lui… lui et moi pour la vie. Et puis, un jour, il a commencé à m’éviter… À ne pas répondre à mes sourires. À me dire, que je ne pouvais pas être heureuse quand lui ne l’était pas. Un jour, il était comme au début. Le suivant, je lisais un mépris non dissimulé sur son visage… je me sentais perdue et inutile. Pourquoi ? Qu’est-ce que j’ai fait ? Je le lui demandais. Il ne répondait pas… Le lendemain, il était de nouveau amoureux et doux. Pour de nouveau être indifférent, jusqu’à cassant… « Tu es nulle… regarde comment tu es habillée… » 

(Pauline, 30 ans).

CŒUR, VAGIN & CLITORIS. GÉOPOLITIQUE DE L’AMOUR. Décryptage. Trois concepts : pouvoir, pureté et violence.
En sociologie, certain.e.s auteur.e.s considèrent la violence comme un instrument ou comme une force structurante, impactant la réalité. Dans les conflits collectifs – sociaux, politiques, etc. – l’action « violente » menée de concert a  une fonction structurante puisque fédératrice d’un côté, et de l’autre côté, soulignant les divisions entre des groupes belligérants circonscrits selon des critères rigoureux et purs. Donc, la violence est l’instrument d’un pouvoir, dominant dans bien des cas, pour modeler le monde selon la conception qu’il sert. Il y a une différence ici entre pouvoir et violence : le premier impose l’autre. Le second sert le premier. Le pouvoir c’est, selon Hanna Arendt, l’ « habileté humaine (..) à agir de concert » (1969: 47) : la raison d’être des gouvernements et une fin en soi. Tandis que la violence “est par essence instrumentale ; et est un moyen qui nécessite un mode d’emploi et une justification à son utilisation, même pour servir un projet, à dessein, « pour atteindre le but qu’elle poursuit” (Arendt 1969: 55). Ramenons ce raisonnement à l’échelle conjugale.  Au cœur de la conjugalité, dans la relation de l’homme à la femme , le concept de pureté. Nous sommes tou.te.s pétri.e.s de valeurs judéo-chrétiennes – même lorsque déclaré.e.s athées ou non-pratiquantes. Effectivement, bien que ce mot ne soit pas utilisé nécessairement pour convoquer les représentations de la femme, de l’épouse, les injonctions y font fortement et profondément référence. « Je ne fais pas ça avec ma femme ». « C’est Ma Femme, je la respecte ». Ce sont quelques phrases entendues de la bouche d’hommes, trentenaires, à propos de certaines pratiques sexuelles non-opérantes. Une épouse doit rester respectable et donc ne peut subir des pro/positions trop alambiquées. Une maîtresse convient mieux à l’affaire. L’injonction à la respectabilité chez les femmes s’exprime au-delà du genre et des allégeances. En effet, subtile rencontre entre violence esthétique et violence psychologique, cette assignation permet une hiérarchisation des femmes sur une échelle de dignité de la figure de la catin à celle de la sainte : leur tempérance témoigne de leur fiabilité. L’idéologie de la femme immaculée traverse toutes les religions et les pratiques rituelles et culturelles. Ainsi, on retrouve dans l’organisation sociale et les comportements des manifestations de cette préservation de la pureté, à travers notamment l’exercice du pouvoir ségrégation spatiale axée sur le genre : pièces/lieux consacré.e.s aux femmes, les pratiques sexuelles matrimoniales visant à la procréation, ou encore l’excision et l’infibulation. 

I feel that God made my body perfect the way I was born. Then man robbed me, took away my power, and left me a cripple. My womanhood was stolen. If God had wanted those body parts missing, why did he create them (Waris Dirie). Une violence juste et indispensable pour permettre une bénédiction à travers la protection du mariage. C’est un cas particulièrement parlant : amputer une femme d’une partie de son sexe, puis l’infibuler ou lui coudre l’entrée du vagin afin de s’assurer qu’un seul homme – soit l’époux potentiel ou reconnu – ne ‘force’ l’entrée pour la nuit de noces, ou la procréation par la suite (la réitération de l’opération tout au long de la vie est à noter). La violence de l’acte sert deux ambitions : un, conserver la pureté de l’épouse de tout autre pénétration, ingérence ; et deux, préserver ce terreau fertile pour l’érection de sa seule lignée. Femme, terre fertile, possession, lieu occupé. 

 

FEMMES-TERRITOIRES. L’amour ici n’existera que parce que la femme satisfera aux attentes impératives de respectabilité : fiabilité, tempérance, et … honneur. Le mot est, par conséquent, dévoyé. On ne parle pas de sentiment, mais d’assentiment (acte par lequel on acquiesce expressément ou tacitement à une opinion, une proposition). Le romantisme n’a pas lieu, malgré les cérémonies déployant tous les artifices princiers possibles. Où se trouvent l’amour ? Les faits relatés semblent relater un monde particulier aux antipodes de celui que nous connaissons, nous occidentales/aux. Mais, n’est-ce pas pour nous couronner d’amour que nous cherchons à nous marier, à nous faire épouser ? Être aimé.e est essentiel à l’humain. Mais c’est surtout son absence qui apparaît comme une inadéquation ou une inadaptation sociale au regard des autres, de spairs. La respectabilité est une injonction qui mutile autant les femmes que les atteintes physiques qu’elles peuvent subir et qui en découlent. C’est pourquoi elle est combattue par les féministes aujourd’hui, tout comme les féministes se sont battues pour le droit à l’avortement. Le droit au refus de l’enfantement est évidemment un droit acquis au regard de la loi, mais pas au regard de la coutume. Voire de la croyance essentielle qu’une femme est d’abord une terre à féconder. Le berceau de sa propre lignée. Partout dans le monde.

 

UTÉRUS, & ESPRIT. AMPUTATIONS vs. KUNDALINI. Excisions. Waris Dirie, Top Model, excisé, et porte-parole pour l’ONU pour la lutte contre les mutilations sexuelles, dit : « Pour moi, Dieu a fait mon corps parfait tel que je suis née. Puis, un homme m’a volé, m’a enlevé mon pouvoir, et m’a laissée mutilée. Ma féminité m’a été volée. Si Dieu avait voulu que ces parties de mon corps manquent, pourquoi les a-t’il crées ». Cette contradiction sans appel d’une justification religieuse de ces mutilations, démontre la nécessaire manipulation idéologique pour favoriser l’imposition de la domination, de la violence. FEMMES-TERRITOIRES. La violence sert le pouvoir de l’homme à travers le prétexte assumé de la pureté, de la protection. Le pouvoir n’est-il pas également de vaincre les ravages du temps et surtout son pouvoir d’oblitération. Le lignage donc. D’un côté, la fertilité (la bréhaigne est hautement décriée) des femmes attestent de leur fonctionnalité. Une ‘vraie’ femme s’accomplit, trouve sa complétude dans l’enfantement. De l’autre, un homme affirme sa puissance virile également à travers sa nombreuse descendance.

 

 

 

« Elle était très jolie. Et en vrai, je ne me sentais pas à la hauteur. Tous mes potes étaient plus massifs que moi, et sûrement mieux ‘faits’… Chaque fois que j’ai dû me confronter à cette première fois entre des draps, j’ai flippé intérieurement. Mais, il fallait me la jouer viril… fort. J’aurais plus être plus tendre, mais l’essentiel est qu’elle s’en souvienne, et surtout que nos étreintes ne soient pas trop douces, pour qu’elle ne dise pas que je suis soft, crème… Il faut les bousculer un peu les meufs » 

(Marc, 22 ans)

 

Nota Bene : l’injonction à la fertilité affecte les deux sexes : une femme inféconde est inutile, mais un homme infertile est considéré ou peut se considérer comme impuissant. Il est donc affaibli dans sa virilité. On dit de manière très imagée qu’un homme « tire à blanc ». Il n’atteint pas sa cible. Performance zéro. Combien d’hommes useront de subterfuges pour maintenir une image forte aux yeux de ses pairs et de ses conquêtes ? Pour ne pas pâtir du regard réprobateur de la société mixte face à son handicap.

 

Elsa, Dessine-moi un mouton… Elsa, princesse des glaces, déclarée célibataire, trônant seule en reine de la banquise révolutionne l’image de la princesse ; Nous avons toutes été élevées avec le mythe de Cendrillon et son prince sans nom (il avait juste cette fonction de prince sauveur) : le « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants » devenant un leitmotiv, un objectif, une fin en soi, une idée fixe, une cible sociale, le destin qui se dessinait et que maman voulait coûte que coûte. « Toi aussi tu trouveras ton prince ». Pour celles nées dans les sociétés postcoloniales, le schéma se complique : un prince charmant dans les contes de fées, un prince vacant dans la vie. Le Roi de maman est absent ou diabolisé : « Aïe ! Ne compte sur aucun homme. Il ne t’apportera rien. Nonm pa vo ayen !». La schizophrénie nous guette ! On veut le prince, mais chez nous c’est un anti-prince, l’anti-héros quoi ! Double-face..  Il est les deux. Messieurs la tâche devient rude pour se faire bien voir. La moindre faute et la pièce se retourne. Vous n’êtes plus Pile ce qu’elle cherche, car vous avez montré votre sale Face. Dans l’imaginaire proposé aux enfants – filles et garçons – la princesse n’a d’autre horizon qu’une petite fenêtre qui donne sur un bois (Raiponce) où apparaîtra son prince. Elle s’affaire à nettoyer, chanter de temps en temps et parler aux animaux (Blanche-Neige, la Belle au Bois dormant) ou à sa vaisselle (La Belle et la Bête). Elle attend d’être délivrée de son quotidien de fantasmes (mon prince viendra, mon prince viendra….) par celui qui grimpera au lierre, l’embrassera pour la réveiller d’un trop long sommeil, d’une vie en stand by quoi ! Bref ! Elle n’a pas de vie jusqu’à ce que le mec il lui donne une raison d’être et l’anime. Le prince lui n’a pas de nom. Enfin si : « Mon Prince ». Il est super beau, super fort, a une superbe phallus (long et tranchant) et il tue à tout va. Il délivre SA princesse et la féconde, et donne enfin ! Un sens à sa vie morne. Jusqu’à lui. Il n’a qu’une seule mission la protéger, faire montre de violence si elle court un danger, casser la gueule des monstres, et parfois tuer sa belle-mère (la marâtre). Wow ! Tout cela est super médiéval non ! Il faut souligner que ces contes de fée datent un peu du Moyen-âge, hein… Et jusqu’à notre génération de trentenaires, on lisait ces histoires à nos enfants, en disant que le prince un jour viendra jusqu’à son château… Incohérent dans l’Hexagone. En Europe. Mais alors ici, dans la Caraïbe francophone… Comment dire ? Dessine-moi un mouton qui nous ressemble… Le changement c’est maintenant non ?

 

 

« J’ai couchée avec une femme un jour… je l’aimais bien. Elle m’a dit que je bandais mou… Comme ça. Droit dans les yeux. Ta queue est molle. À quel point elle était insatisfaite… Jusque là je me pensais bien...  Une taille bien au-dessus de la moyenne. Et pourtant, il a suffi de cela pour que je perde confiance en moi… » 

(Roy, 34 ans)

L’ÉNERGIE SEXUELLE est le fondement de notre empouvoirment (oui j’utilise ce barbarisme en traduction directe du terme empowerment ou empoderamiento en espagnol. Je le francise). Il m’apparaît que si les violences déployées pour annihilier l’autre touchent irrémédiablement son sexe, sa sexualité, son ventre (pour les femmes) c’est indubitablement parce que c’est le fondement même du pouvoir créatif, créateur qui est profané. Je crois fondamentalement que viols et mutilations existent parce qu’ils touchent à la racine de l’être, de la vie.  Cela nous ramène-t-il à une condition par trop naturelle et limitante dans notre humanité ? Je crois – et cette approche paraît beaucoup moins scientifique – que tout est lié dans cette anatomie que nous maitrisons peu : sexe, esprit, cerveau, mental, spirituel. Pense chakras ! Pense orgasme ! Priver une femme de désir et de plaisir – l’excision par exemple- c’est la priver, d’une part, d’une conscientisation de son être et de son corps, et par là même, d’une affirmation de sa place dans la société. Le désir de jouir est global et transversal : Jouir dans son corps, dans son couple, dans la vie… Je suis sûre que cela pourrait sembler réducteur notamment quant à l’hypersexualisation et la réification des femmes. Est-ce que je fais l’apologie de notre hypersexualisation ? Au-delà du corps féminin perpétuellement en performance, en exposition, la femme peut aussi prendre le pouvoir sur son corps et assumer tout ce qu’elle en fait. L’empouvoirment est complétude. Et  même lorsque certaines artistes (Béyoncé, Nicki Minaj, etc.) adopte des attitudes tenant de la commodification (la transformation de biens, d’objets, d’idées ou de personnes comme objets commerciaux), elles expriment une entière liberté. My ass is sellable, so what, !

 

HORMONES. Le X, Y … Z du MACHISME. Règles. « T’as tes règles ou quoi ?! ».  Toutes les femmes occidentales se sont vues assaillies par cette petite phrase assassine, qui coupe court à tout échange construit, mais annihile aussi la crédibilité de la personne qu’elle vise. Les règles des femmes les disqualifient. Leurs hormones les disqualifient. Ainsi, ramener la femme à une dynamique fluctuante la déprécie totalement professionnellement : « tes hormones te travaillent ! ». Ces sentences discriminantes sont des relents de du mythe de la femme hystérique – inventée par la médecine occidentale et masculine pour dominer les femmes en désir d’émancipation et d’affirmation. « Elle était complètement hystérique ! », « Ne soyez pas hystérique », lorsqu’une femme exprime un peu de colère. Encore ce procès en tempérance, en mesure, en objectivité. Une femme se laisse toujours dirigée par ses hormones. La femme est fluide. L’homme est mécanique. L’émotion est féminine, l’action masculine. Les choses sont encore et toujours si manichéennes. Et dans l’esprit de tout le monde. Tou.te.s machistes et inconscient.e.s de l’être ! Il m’est apparu – à travers mon projet Clit Revowlution (espèce de consultation poético-sociologique et artistique qui a donné lieu à un recueil de témoignages de femmes d’horizons divers et de 15 toiles peintes par une plasticienne ivoirine, Dimbeng, mon acolyte) – que nous avions des préjugés mutuels, nous hommes et femmes. Effectivement, les femmes présentes et moi-même avions des idées bien arrêtées sur les hommes – connus ou prospects – réduisant le genre masculin à une mécanique bien huilée faites d’automatismes : érection, éjaculation, repos, érection, repos, éjaculation, érection… je caricature mais en gros, il leur en faut peu pour passer à l’acte. On a démystifié tout cela… Mais, Mesdames, messieurs, laissez-moi vous dire que nous sommes tou.te.s mécaniques et émotionnel.le.s. Les femmes sont guidées par leurs hormones ! Hey ! Wake up ! Le genre humain est influencé par les hormones : somatotropine (croissance), dopamine (plaisir), sérotonine et dopamine (bonheur), cortisol et ocytocine (stress), mélatonine (sommeil), adrénaline (sport), etc. Et les plus connues : pour la fertilité, fécondité, les hormones femelle telle que la progestérone et les oestrogènes ! Et nous ne sommes pas en reste pour les hommes avec les androgènes dont la plus connue, la testostérone (aussi chez les femmes !), pour les traits liés à la virilité en somme : développement des caractères mâles, l’esprit de compétition, l’agressivité ! Le désir aussi ! Bref ! Tou.te.s hormonales/aux ! Tou.te.s fluctuant.e.s ! Tous égaux !? Soupir… D’ailleurs, selon moi, le postulat selon lequel le monde serait mieux régi par les femmes est profondément erroné. Croyons-nous que la violence ne vient que de l’autre, le sexe opposé, l’étranger ? Le schéma classique homme versus femme est-il le seul en vigueur ? La société est machiste et chauviniste dans son ensemble. Ainsi, toutes ses composantes peuvent s’en trouver affectées ; soit les deux genres, les deux sexes… On dira, logiquement, que seul l’oppresseur peut exercer une domination et donc une violence sur l’autre. Biologiquement, par ailleurs, tout dépendra de ton taux de testostérone, Madame/Monsieur… entre autres choses. De plus, ce qui est intéressant est ce que dans les relations de couple, parfois, ce rôle peut passer de l’un à l’autre des protagonistes selon que les circonstances changent. Qui est porteur de la violence ? Qui commet la violence ? Celui/celle qui possède le pouvoir. C’est aussi prosaïque que cela. La violence est prosaïque et simpliste… Elle appartient à tou.te.s ! D’ailleurs, en Guadeloupe, ne rions-nous pas de ces petites violences domestiques sans scrupules ? Rigobè et Dèdète en est un exemple particulièrement flagrant. D’où viennent ces images de femmes persécutrices, violentes psychologiquement et verbalement ? Il me semble bien que dans la pièce « Moun Koubari » il y avait aussi une femme massive et agressive, qui persécutait son époux de brimades et cabèches. Aux Antilles, persistent les stéréotypes négatifs attachés aux femmes que l’on retrouve dans les imaginaires et les représentations de toute la diaspora africaine : la jezebel ou la doudou (femme séductrice, souvent claire de peau, attirée par le maître ou matérialiste), la Sapphire ou la Fanm Grenn (foncée de peau, en colère, rugissant et rouclant tout le temps), la Mammy ou Potomitan (maternelle, domestique, évangélisée, noire et souvent en surpoids ou obèse) et la Queen ou potomitan … Dèdète est incontestablement une figure persécutrice qui avalise l’idée que la femme violente existe : mi-Sapphire, mi-Mammy. On en rit et on s’empresserait de dire que ce n’est que pour rire, et que c’est son absurdité qui rend cette représentation drôle. Je crois qu’il y a plus de Rigobè qu’on en le croit. Et surtout, on entretient l’idée que les femmes noires (antillaises, caribéennes ou africaines-américaines) sont autoritaires et agressives...

 

 

 

 

Aujourd’hui, alors que les identités de genre (homme, femme, a-genre, cisgenre, etc.) et les identités sexuelles (transsexuel, cissexuel, bisexuel, pansexuel, asexuel, etc.) sont questionnées dans l’espace public, le procès de l’ordre phallocentré (le phallus au centre, l’homme donc) manichéen opposant la femme à lui ne peut résister au temps, à l’époque, aux nouvelles logiques. Et pourtant ; il persiste, puisque la majorité appartient aux personnes hétéronormées (c’est-à-dire normées selon les critères établis et reconnus conformes au dessein sociétal/national ou hétérosexuelles, cissexuelles, dans des formes d’union orthodoxes, etc.).  Aussi, cette société phallocentrée s’oppose donc toutes les autres identités de genre. La violence ne peut qu’être la réponse actuelle : protestations et agressions à l’encontre le mariage pour tous par exemple. Ou encore la pathologisation des autres pratiques sexuelles et identifications de genre. Je repose la question : qui commet la violence ? Qui la perpétue ? Les hommes érigés en dominants sur tout le globe (le fil de l’histoire ?), les femmes sont en infériorité. Mais pourquoi toutes les violences subies les reproduisent-elles de génération en génération ? Excision, écrasement des seins, violence conjugale ( on ne quitte pas son mari ! Qu’as-tu fait à ton mari pour qu’il et batte ?etc.). Évidemment, la première cause est le cycle de la violence qui les enferme dans une pathologisation de la transmission et de l’éducation. Ne sont-ce pas les mères qui dépossèdent trop souvent, tout le temps, leurs filles de leur corps ? (tu n’avorteras pas ! Tu te feras exciser ! etc.). Dans le cas de la violence conjugale, on voit que la femme se retrouve affaiblie par son partenaire oppresseur qui à force de petites attaques psychologiques, puis, dans certains cas, à force de coups et d’excuses l’entraîne dans le cercle vicieux de la dépréciation et l’incrimination de soi (ici l’inverse est totalement possible, madame devenant le bourreau). Il l’aime, la/le critique, l’honnit d’injures, la/le frappe, s’excuse, l’incrimine (si tu n’avais pas fait…), justifie sa violence, l’aime… et ainsi de suite à moyen ou long terme. Dans d’autres cas, la justification est divine (religion, croyances) et métaphysique. Donc plus durable. Ensuite, la seconde raison imbriquée dans la première, la croyance en un système qui « a fait ses preuves ( ?) » : « tu es une femme et ça fonctionne comme ça ? Les hommes sont comme ça »… Si on abrogeait le fatalisme ! La vraie question est la suivante : sommes-nous assez libres pour permettre aux autres de l’être ? Ma tolérance me permet-elle de permettre à l’autre une entière liberté ? D’exprimer son identité et sa vérité propre ?

 

« Il m’avait ramenée chez lui… c’était pas très bien agencé. Et pas très propre. Il essayait tout de même de mettre la forme. Un peu de galanterie. Un peu de douceur. Un sourire en demi-teinte. Cela faisait un mois ou deux que l’on sortait ensemble. J’avais déjà abrogé certaines valeurs fondamentales de mon éducation. J’avais menti à mes parents. J’avais séché les cours... renoncé à moi-même. Il me poussa sur le matelas posé à même le sol et entouré des déchets de quelques repas bon marché… un matelas sans draps. Défait. Il me prit sur ce matelas… sans amour. À la fin de cet acte désincarné, je sentais aussi abandonnée, défaite et usée que les restes de boîtes et d’emballages, et de bouffe… » 

(Paule, 20 ans)

ÂME. HELP ! Petit précis à l’usage des féministes en herbe. Voici cinq suggestions palliatives pour améliorer à son échelle individuelle les relations de couple, quelles qu’elles soient. Je n’en ferai pas une liste exhaustive. Venir au Festival Cri de femmes peut-être une solution pour en discuter au cas pas cas. Ou se rapprocher d’associations de prise en charge. 1. STOP aux Faux-combats. Ne pas faire la vaisselle ou refuser de cuisiner et penser que c’est un chemin vers plus de liberté est une aberration. Ce n’est, selon moi, pas féministe pour un sou. C’est un cache-sexe, surtout si on renonce à soi dans bien d’autres domaines. Partager un repas est un moment de sensualité dans un couple. Cela doit être une bénédiction, un cadeau. Il n’y a pas de servitude ici, sauf quand la gratitude disparaît. Je pense fondamentalement que le sentiment de servitude apparaît lorsque la gratification rencontrée dans le don de soi, et en face, l’étiolement de la reconnaissance apportée par les bienfaits dispensés par l’autre. Abrogeons ces assignations de genre ! Choisissons le modus operandi de nos relations. 2. (Im)Pose tes limites ? Mais respecte aussi les siennes ! Pour ce faire, il faut discerner ce qui nous fait du bien et ce qui nous affecte négativement. Apprendre à se connaître d’abord et ensuite, préciser à l’autre ce que l’on aime. Il ne faut pas avoir peur d’exprimer ce qu’on veut, mesdames et messieurs. Tout est affaire de négociations ! Établir ses frontières physiques et morales. Sexuelles et 3. « Je serai toujours là pour toi ». Si une personne de votre entourage ou voisinage subit des violences conjugales ou de genre, ne vous éloignez pas d’elle. Restez à distance – si elle le demande (isoler la victime fait partie du processus d’aliénation mis en place par le bourreau en usant de subterfuges comme la création de conflits avec les proches aux prétextes de jalousies, de désaccord sprofnds, etc.). Mais ne jouez pas son jeu ! N’oblitérez pas la relation que vous avez avec cette personne (ami.e, sœur/frère, voisin.e, etc.). Faites-lui savoir que vous serez toujours là ! Le jour où elle cherchera à s’en sortir, elle saura qu’elle peut revenir vers vous. Et puis, non ! si c’ets vous al victime : votre bourreau n’est pas le seul qui vous aime ! 4. Apprends à dire « NON ». Pour préserver l’estime de nos enfants, et surtout de nos filles, il faut leur apprendre à dire NON ! Un vrai non ! NON c’est NON ! Non, c’est mon corps. Ce qui est réellement émancipateur c’est l’affranchissement de l’assentiment des autres pour être aimé.e. Je m’aime. Je me préserve. Et j’accueille l’autre dans ma vie, mon corps, mon intimité en toute conscience et dans le CONSENTEMENT le plus total. Sans consentement, il y a toujours (un sentiment d’) agression,  abus… aussi minime qu’il puisse sembler. 5. Self-Love, before love. L’amour propre avant l’amour. L’un ne peut exister de manière cohérente sans l’autre. Mon leitmotiv. Ma règle d’or. À suivre… ?

 

 

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