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LUCIE LE RACONTE, SON CALVAIRE

 

La première fois qu’il m’a frappé, c’était un dimanche matin à l’heure du déjeuner. Il était assis sur le canapé, moi sur le tabouret dans le coin cuisine, avec la table bar qui nous séparait. Nous discutions de nos ambitions et là sans savoir comment, notre échange n’était concentré que sur mon incapacité à aller au bout de mes projets. Blessée par les propos d’Adrien, j’ai appelé mon meilleur ami pour qu’il discute avec lui. A la fin de leurs échanges, Adrien raccroche, se lève calmement, tout en continuant à me parler, il alla se servir son repas et alors que je lui donnais dos, il me donna une gifle sur la tête. Je bondis du tabouret et m’adressa à lui ; je lui ai dit de ne plus jamais laisser cela lui arriver. Mais, un homme qui frappe une fois est un homme qui frappe toujours : aujourd’hui je le sais. L’année 2016, fut la plus affreuse. À chaque fois que je partageais mes doutes et que je lui sommais de s’en aller, il commençait par des menaces puis sans crier garde se jetait sur moi. Une fois, il m’a étranglé. J’ai arrêté de me débattre pour qu’il cesse de lui-même et ça a fonctionné. Une autre fois, il a saisi sa ceinture, je l’ai supplié alors que j’étais couchée sur le canapé de ne pas me frapper et Dieu merci, il ne l’a pas fait. Deux autres fois, il m’a fait saigner : au nez et à l’arcade. Et à chaque fois, il a réussi à me convaincre que j’étais responsable de ses crises de nerfs. Il y a eu des moments de complicités et de tendresses, mais avec le recul, j’ai bien saisi que tout cela était un leurre. J’imagine la conclusion de beaucoup d’entre vous qui lisez mes confidences. Je sais que votre premier réflexe sera de me juger. Je sais que certaines disent que ça ne leur arrivera jamais. J’ai dit pareil. Et pourtant...

 

« Il a saisi sa ceinture, je l’ai supplié alors que j’étais couchée sur le canapé de ne pas me frapper et Dieu merci, il ne l’a pas fait. Deux autres fois, il m’a fait saigner : au nez et à l’arcade. Et à chaque fois, il a réussi à me convaincre que j’étais responsable de ses crises de nerfs.» 

J’ai pris la décision de le quitter en août 2016 alors qu’il était hors de la France. Il n’avait quasiment rien à mon domicile. Le seul détail à régler était mes clés, mais je me sentais tellement bien, en paix, que je lui ai dit de me faire signe une fois qu’il sera de retour. Le samedi 8 octobre 2016, je reçois un appel de sa part. Il est en pleurs et m’informe que son propriétaire semble l’avoir expulsé, car les serrures ont été changées. Il connaissait ma faiblesse : mon empathie. J’ai accepté de l’héberger. Un mois après, je lui ai demandé de s’en aller, car j’étouffais dans ma propre maison. Je me levais chaque matin pour aller travailler. Je suis encore incapable aujourd’hui de vous dire ce que faisait cet homme de ses journées. Il n’y a pas assez de pages pour partager avec vous les détails qui vous aideraient à comprendre comment cet homme, sournoisement, s’est installé dans ma tête. J’étais sous son emprise et je n’en suis consciente que depuis le 10 mars 2018. Je ne suis pas prête d’oublier ce jour où la honte et la culpabilité m’ont quitté. J’ai saisi un de ses nombreux téléphones, et là, j’ai fait face aux pires découvertes qui soient. Lui, qui se présentait comme père de deux enfants, en a cinq connus. J’insiste sur « connus », car étant donné tout ce que renfermait ce téléphone comme trésor, je pense qu’il y en a d’autres. Son dernier enfant est né le 23 mai 2017. Le même mois, j’apprenais que j’étais enceinte. Il m’a demandé d’avorter. Je n’ai pas eu à le faire car j’ai fait une fausse couche. Il mentait et ment encore comme un arracheur de dents. Il est intermittent du spectacle, artiste musicien et interprète. Il fait croire à d’autres artistes être en tournée alors que c’est faux. Il fréquentait plus de 5 femmes en même temps. J’ai appelé toutes celles qui m’auraient cru et auraient compris ma démarche. Elles m’ont remercié. Nous nous soutenons encore. J’ai trouvé des photos de femmes nues et de tout âge sur son téléphone; je ne les ai pas appelées. J’ai découvert à quel point sa relation avec sa mère était malsaine, ambiguë.

J’ai enfin déposé plainte. La justice suit son cours. Je souhaite partager avec vous les conseils que m’a donnés la gendarmerie. Si vous êtes victimes de violences, sachez que vous avez six ans pour faire valoir vos droits et qu’à défaut de vous adresser à la police, allez voir votre médecin ou un psychologue et faites leur constater votre état. Ils sont tenus au secret professionnel, en revanche, une fois que vous serez prêts(es) à laisser la honte et la culpabilité vous quittez, alors leurs attestations seront les clés pour votre guérison et vos démarches judiciaires. Lucie, 33 ans.

 

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